Depuis un an ou deux, je passe beaucoup de temps sur les sites créés par les disciples de Chuck Palahniuk. Je me retrouve dans leur sensibilité littéraire, leur façon d’appréhender le medium, les conseils et informations qu’ils partagent. Disons que cela compense un peu mon absence de crew dans la vraie vie (un jour, je ferai partie d’une bande avec qui je fumerai d’épais cigares en dissertant sur l’état du roman contemporain, ça sera cool). En attendant, j’ère sur ces sites et je vois régulièrement passer d’excellentes critiques à propos d’un memoir intitulé The Chronology Of Water. Je l’ai mis dans ma wishlist Amazon avant le retirer des mois plus tard, puis de l’y remettre dernièrement. Jusqu’à la semaine dernière, où j’ai fini par me jeter à l’eau, pour faire comme mes copains imaginaires des internets et me sentir proche d’eux.

Lidia Yuknavitch raconte quarante ans de sa vie, regroupés par thématiques plus que par ordre chronologique. Le livre s’ouvre sur l’accouchement de son enfant mort-né, et s’emploie ensuite à remonter le temps, avant de repartir sur le présent. Lidia a été la victime d’un père abusif et d’une mère alcoolique. Elle se réfugiait dans la natation, un sport dont elle aurait pu être championne. Mais se laissant porter par ses propres démons, pulsions sexuelles et narcotiques, Lidia se retrouvera étudiante en littérature, puis professeure d’écriture. Entre temps, elle se sera marié à plusieurs reprise, aura sauvé la vie de son père, exploré sa féminité, fait face à ses démons et vécu plus de victoires que de tragédies. Jusqu’à revenir en 2010, où elle aura fait d’une nouvelle d’adolescence son premier memoir.
Alors oui, The Chronology Of Water mérite tous les compliments que j’aurais pu lire à son sujet. Le livre est écrit comme si Lidia nous racontait sa vie, avec une certaine oralité. Les phrases sont courtes et percutantes, le langage parlé vient se mêler à des figures de style plus séduisantes et subtiles. Ça se lit comme du petit lait (si on pouvait lire du petit lait, enfin, vous voyez quoi). Surtout, le mémoire n’est pas misérabiliste, l’auteur choisissant de ne pas se complaire dans le pathos et l’exploitation de ses propres misères pour lecteur voyeur. Au lieu de cela, Lidia apparait flamboyante, tour à tout sportive et chétive, monstre d’appétit bisexuel et romantique amoureuse. Le livre est féministe, au sens le plus noble puisqu’il ne prêche pas, préfère encourager une force intérieure plutôt que de se vautrer dans des revendications maladroites.
J’ai envie de prêter ce livre aux filles mal dans leur peau, aux écrivains en panne de confiance en eux, à tous ceux qui auraient besoin d’un peu plus d’énergie. The Chronology Of Water se lit vite, avec le même plaisir que l’on ressent lorsque quelqu’un d’intéressant vous raconte sa vie, rien que pour vous, avec passion.
Ça valait le coup.
BUY STAGE !!!
Sur commande (le livre est assez indé) pour 12€ chez Amazon.

