1187 – Medium

Donc oui, le Kindle 4 a été annoncé, en même temps que le Kindle Touch et le Kindle Fire, la tablette d’Amazon qui va réduire le siège d’Apple en un amat de cendres encore fumantes. Ça va, on a compris, tous les médias high-tech étaient boucle dessus (et je vous en reparle vite). Mais tous les médias high-tech (et littéraires) ont loupé un petit bout d’info capitale lâché par Jeff Bezos, le boss d’Amazon. Pourtant, c’était difficile de le louper : il y avait une slide entière de powerpoint consacré au Kindle Singles.

Les Kindle Singles sont des textes courts, allant de quelques pages à quelques dizaines de pages, vendus à un prix modique. En gros, ce sont de longs articles de presse, des nouvelles, des novellas, des recueil de poésie etc…

C’est surtout tout ce qui N’EXISTE PAS (ou très peu) en papier.

Dans le monde réel, on a inventé le concept de recueil. C’est ce qui permet de justifier les coûts d’édition, d’impression, de distribution et de promotion du bouquin. C’est la théorie d’échelle : plus tu produits, moins ça coûte cher à l’unité. Une page d’un pavé de 600 revient moins chère vis-à-vis du prix total qu’une page d’un livre de 50. Alors quand un journaliste, un écrivain ou un poète veut vendre une œuvre dont la faible taille ne justifie pas les coûts de production, il n’a que deux solutions : produire plus et vendre plus cher un recueil, ou filer son texte (presque toujours gratuitement) à une revue.

Quand soudain, le numérique, et la destruction totale et absolue de tous les coûts d’impression, transport et stockage. Soudain, on peut proposer à la vente un texte d’un volume inférieur à celui qu’un roman. Soudain, le numérique se retrouve doté d’une offre que le monde réel et le papier ne peut pas reproduire.

Le mois dernier, j’ai acheté The Bathtub Spy, une nouvelle par l’auteur de Les Imperfectionnistes (que vous n’avez plus aucune raison de ne pas avoir lu depuis qu’il est sorti chez nous). Ca faisait une quinzaine de pages, ça m’a coûté 2$ et ça m’a occupé le temps d’un trajet de métro. Dans le même ordre d’idées, Stephen King propose Mile 81, une novella de 80 pages, pour 3$. Sinon j’ai acheté un long reportage sur le comicon de San Diego, ça m’a coûté 1$.
Dans tous les cas, il s’agit de textes que, sans le numérique, je n’aurais pu acheter à un prix aussi bas, sans avoir le double de contenu en rab autour pour justifier le coût du papier.

Or je suis certain que pas mal d’auteurs ont dans leurs cartons des grosses nouvelles, ou des réflexions, des débuts de quelque chose. Un tas de textes qui ne sont pas sorti parce qu’il leur manquait un support. Sans parler du petit bonus que de pourvoir être payé rapidement sur un travail qui n’aura pas pris deux ans à rédigé. Proposer des nouvelles entre chaque roman pourrait devenir à la fois un moyen de survivre financièrement pour un auteur, et de continuer à exister en dehors d’une sortie tous les deux ans.

Ca, notre ami Jeff le sait, tout comme il sait qu’en proposant du contenu unique, qui n’existe pas autrement, il va se faire un tas de consommateurs d’amis.

La bonne nouvelle pour nos amis éditeurs, c’est qu’on aura quand même besoin d’eux pour éditer le texte, le mettre en page et autres petites contrariétés administratives. Tout comme ça sera quand même drôlement plus pratique d’être déjà présent en librairie avec des « vrais » livres pour trouver un public sur le net au milieu de l’offre qui n’en finit plus d’exploser.

Toujours est-il que plus de textes, plus formats, plus d’accessibilité ne peuvent être que de bonnes choses. Le recueil n’existera plus que dans une vraie logique thématisée, tandis que le texte moyen ou court sera libre d’être vendu et apprécié pour ce qu’il est.

Vivement.

867 – Butterfly Burger

[Ce soir, je bosse mon mémoire ! SRSLY. Retour des pics demain.]

Quand j’étais môme je pensais que les papillons de nuit avaient pas de chance. Ceux qui vivent une seule nuit je veux dire. Déjà que quatre vingt balais pour un mec cool, c’est pas assez, alors quelques heures. Je m’étais pris d’affection pour ces bestioles, empathie et tout. Puis j’ai découvert le Big Mac. Parce qu’un Big Mac, en vrai, ça vit encore moins longtemps qu’un papillon de nuit. Déjà la naissance doit se faire en quelques dizaines de secondes chrono, sinon c’est que l’équipier/dieu fait mal son boulot. Cuire le truc, l’empiler dans l’ordre sans rien oublier et le glisser dans une boîte sans qu’il ne s’effondre dans l’opération. Respect. Seulement une fois dans le bac, le bin, le Big Mac, à l’instar de tous ses petits camarades n’a plus qu’une dizaine de minutes pour vivre. Dix fois soixante secondes avant d’être déclaré mort, et jeté dans la fosse commune.

Je m’attendais pas au système ricain quand j’ai débarqué à New-York. En fait j’ai même carrément rien compris la première fois au Burger King quand on m’a filé un ticket numéroté en me hurlant dessus d’aller attendre un peu plus loin. Là bas on te prépare ton burger à la commande. Forcément, tu attends un peu, bien que le système soit hyper rodé et qu’en presque moins de deux minutes tu récupères ton menu. L’avantage est que tu peux plus aisément customiser ton sandwich (c’est prévu sur la carte) et que tu repars avec un truc chaud. J’ai jamais réellement su pourquoi on a instauré le système de bin en France. Okay, c’est super pratique de pouvoir repartir directement avec ta commande sous le bras, mais c’est au prix d’un sandwich souvent froid. Puis il y a cette règle des dix minutes. Une limite au-delà de laquelle on considère que le burger n’est plus « frais » et doit, théoriquement, finir à la poubelle. Epic gâchis is epic.

Bon, on va pas se le cacher mais le nombre de DoMacs qui appliquent la règle des dix minutes est bien bas. Il est facile, quand on connait les codes des chiffres affichés au dessus, de calculer depuis combien de temps un burger est dans le bin. Ou alors, plus simple, tu chronomètre pendant la file d’attente. Une fois en caisse tu réalises trop souvent que si tu demandes un 280, tu vas avoir droit à celui dans la boîte qui est là depuis une demi-heure. Alors tu commandes autre chose, tu connais les codes couleurs des emballages, tu demandes celui qui n’est pas là. Au final je me retrouve à attendre sur le côté mon BigMac Pain Complet (ils n’en font quasi jamais d’avance) pour l’avoir chaud dans mes petites mimines. Quelque part c’est combattre le système tout en ayant un petit goût d’Amérique au fond du palais une fois à table. Seulement, des fois, je repense au papillon de nuit, et je sauve un abandonné.

Quand j’y pense, manger un BigMac mort c’est un peu de la nécrophagie, ou alors tu es optimiste et considère que tiède il n’est ni mort, ni vivant. Bon, tu bouffes un zombie quoi. Mais les papillons bordels. Ce dwich mérite d’être mangé, parce quelqu’un qui a conscience de son sort et pas le premier douchebag qui n’a aucune idée de ce qu’est la vie d’un BigMac dans le bin. La courte vie. Putain j’ai envie de pleurer.

827 – Exalted

Sur le site SecretMessageService (où des gens envoient des secrets par SMS), on trouve cette perle : « J’aime cette fusion brûlante de deux corps emportés par le désir de l’autre… ». Bon, passons le fait que ce ne soit pas un secret (fail de l’expéditeur du texto, fail de l’équipe qui l’a mis en ligne). Ce qui me choque c’est surtout à quel point c’est la périphrase de « j’aime les rapports sexuels ». Je suis poli dans ma traduction instantanée. Des conneries comme ça, j’appelle ça l’exaltation. Tout est là, adjectif romantico-niais pléonasmique (jusqu’à preuve du contraire la fusion à froid n’est pas encore possible), la dépersonnification (les corps ne sont que chiffons, irresponsables, emportés de désir) et les trois petits points pour ajouter de la profondeur (histoire de sombrer toujours plus bas). Si je vous décortique ça, c’est parce que j’ai une très très faible tolérance aux jeunes filles exaltées.

Une exaltée, c’est une damoiselle qui pense que la grandeur d’âme et la profondeur spirituelle se niche dans le vocabulaire et les phrases à rallonge. C’est quelqu’un qui parle dans la vraie vie comme sur son skyblog ou son journal intime de poèmes emos. L’exaltée est tellement terrifiée à l’idée d’être parfaitement normale, un sac à viande épicé aux hormones, qu’elle supplémente sa vie en remarques à deux balles. En tant que narratrice qui s’écoute parler de sa propre vie, l’anodin devient extraordinaire. Une meilleure amie qui déménage en banlieue et c’est la déchirure l’engueulade avec les parents est une scarification supplémentaire sur un cœur qui souffre pour battre. Ainsi de suite. Le résultat immédiat pour l’interlocuteur ou le prétendant, c’est la fatigue, immédiate, puis une légère migraine à force de subir le one-woman show en face (c’est pire si vous allez au cinéma, à une expo ou dans une librairie, tous les lieux où elle s’empressera de tenter de vous éblouir).

A titre personnel, j’ai le droit de dire de la merde en vrai. Je suis névrosé, dépressif et j’ai la licence poétique. C’est un peu comme le permis de tuer, mais pour les écrivains. Si je veux je peux sortir des phrases abscondes dans l’espoir de me sentir vivre plus que les autres, ange éthéré au milieu du troupeau morose. Sauf que je m’abstiens (sauf sur le blog, parce que c’est chez moi). La plupart des personnes intelligentes savent reconnaître leurs semblables. Pas besoin de leur jeter des fusées de détresse égotique au visage à longueur de phrases. Ca m’est arrivé d’aller à un rencard et de chercher la première excuse venue pour me tirer d’un tel traquenard. Tout comme je kick régulièrement de mon Facebook les spécimens à risques, ceux qui font un concours de statuts prétentieux. Pendant que sur Twitter les hypeurs cherchent la punchline la plus cynique, sur Facebook ça lutte pour imposer l’affirmation la plus kitsch du monde.

Mon premier Threadless. <3

Tyler avait raison vous n’êtes pas un petit flocon de neige unique et merveilleux. Même Pixar le dit « Si tout le monde est spécial, personne ne l’est » (en vrai le message est super couillu et dépressif si pris au premier degrès). Aussi, dans la vraie vie, soyez sympas et parlez moi avec des mots normaux d’être humain normal. Lâchez-vous sur votre skyblog ou sur votre carnet secret caché sous votre coussin si ça vous détend, au moins je ne suis pas forcé d’y lire.