452 – Book Review 68

Dans la grande liste des trucs que j’adore au MK2 Biblio, je me dois de mentionner leur librairie ouverte jusqu’à 22h et des poussières. Idéale pour attendre le début de sa séance ou errer un peu entre les nouveautés papier avant de rentrer chez soi. L’autre jour, où j’avais vu un de ces films français de merde où un tas de vrais gens se rencontrent par hasard et vivent des trucs trop forts pour leur petit cœur, j’errais. Rayon poche, je suis tombé sur une récente réédition de L’Ecume des jours, avec couverture satinée, flip book entre les pages, carnet d’illustrations inédites et petit coffret en carton. Je me souviens que beaucoup me l’avaient conseillé y’a quelques semaines. Pas de résumé derrière, un texte merdique à la place. J’ai payé mon exemplaire en fin de soirée sans même savoir de quoi ça parlait, parce que les achats impulsifs ont toujours un petit goût délicieux.

Colin est rentier, ou tout du moins il possède suffisamment d’argent pour ne point travailler et disposer des services d’un cuisinier, Nicolas. A sa façon il entretient son meilleur ami, Chick, travailleur pauvre car dilapidant jusqu’au dernier sou dans les livres de Jean-Sol Partre dont il est fan absolu. Chacun des trois garçons va finir par trouver une petite amie et en tomber éperdument amoureux. Mais Chloé, la fiancée de Colin, tombe malade. Le jeune homme va tout faire pour sauver sa dulcinée, quitte à accepter les pires travails pour éponger les dettes creusées par les soins coûteux. Pendant ce temps son meilleur ami perd de plus en plus la raison, délaissant sa belle pour sa collectionnite, risquant de sombrer pour de bon dans sa lubie.

A la lecture de L’Ecume des jours, je me suis senti trahi. C’est comme si l’on m’avait caché qu’il existait un putain de roman trop bien, sous mon nez depuis des décennies. Faut dire que l’on me l’avait mal vendu. Ce n’est pas un livre fondateur bla bla bla mon cul. Non, c’est juste une histoire d’amour tragique dans un univers à la croisée de Tex Avery et Lewis Carrol. Les souris y font le ménage, les tables se débarrassent à coup d’aspirateur et les plus beaux des nénuphars peuvent être mortels. La poésie, l’imaginaire, se cachent entre chaque lignes, proposant des visions magiques, parfois absurdes. Vian se joue du langage, mélange les mots, abuse de jeux de mots sans honte, sans jamais céder ne serais-ce qu’un pouce à la compréhension. D’une facilité de lecture déconcertante, j’ai dévoré l’Ecume des jours, qui pourrait presque me réconcilier avec la littérature française.

Le livre aura été boudé lors de sa sortie, progressant que lentement dans l’inconscient collectif avant d’atteindre le statut culte dont il jouit de nos jours. Pourtant comment ne pas être séduit par la beauté des sentiments, la critique de la religion, du travail ainsi que tous les autres thèmes qui émaillent le roman ? Romantique et politique, ce conte moderne n’a pas pris une ride. Putain de mensonge, m’avoir caché que ça tuait à ce point. J’en reste sur les fesses, et pense me le relire.
The show must go on. Demain on parlera de mon frangin et de mon ordi.

381 – Book Review 55

Grosse panique du bloggueur ! Hier aprem’ j’étais loin d’avoir fini l’un des trois livres que je boulotte en ce moment. La faut au taf’ qui est trop prêt. J’avais chopé le rythme de mes 80min de trajet quotidien pour l’école. Du coup, mission Lavomatic, plantage devant la machine et one shot de 135 pages d’une traite. Faut dire que le bouquin est pour le coup hyper bon. J’étais tombé dessus par la critique qu’en avait fait Nick Hornby, pour tomber sur moult autres critiques élogieuses. Il s’agit d’un livre qui s’est retrouvé sur un tas de listes des meilleurs romans de 2008. Et puis une histoire de loup garous qui arrive à bien se vendre c’est rare. Combo littéraire, c’est aussi écrit en vers libre. C’est un peu nerveux à l’idée de me taper de la poésie en VO sur 350 pages que je commandais Sharp Teeth de Toby Barlow.

Anthony est un mec un peu paumé qui bosse dans un chenil, où il est chargé de capturer des chiens errants. Il rencontre cette fille pour qui c’est le coup de foudre immédiat et réciproque. Ce qu’il ignore c’est que sa nouvelle copine est un loup-garou, échappée de la meute dont elle était la femelle (une fille par clan). Los Angeles abrite plusieurs gangs, plusieurs meutes de loups, capables de changer de forme à volonté et prêt à se battre pour conserver leur territoire. Alors que les meurtres violents s’accumulent, un détective est poussé à comprendre ce qu’il se passe. Une multitude de personnages qui vont se retrouver lors d’un final sanglant dont peu sortiront indemnes.
A la lecture du pitch, c’est clair qu’on a du mal à voir ce que viennent foutre des vers libres dans ce bordel de roman noir teinté de fantastique.

Un peu de théorie. Un vers libre c’est comme un vers normal sauf que ça se contrefout de la mesure, des calculs de syllabes. Subsistent les retours à la ligne, les effets sonores et autres joyeusetés stylistiques. Dans les faits, si on se concentre sur les retours à la ligne et qu’on lit lentement, on débusque un tas de trucs croustillants pour l’amateur de beau verbe. Mais si on lit d’une traite on peut tout aussi bien se croire dans un roman juste un peu excentrique. Tout ça pour dire que la lecture n’est pas du tout galère et s’adapte à ce qu’on veut bien y trouver. C’est d’autant plus bien joué que l’histoire est racontée avec une demi douzaine de points de vue et que jamais l’on ne se perd, aiguillé par des chapitres courts et bien construits. Une vraie réussite structurelle qui fait rêver le scénariste à l’intérieur de moi.

Niveau trame c’est encore une fois un sans faute avec une histoire noire, poisseuse et qui brasse un tas de thèmes comme la communauté, les liens du sang, l’amour, la rivalité et tous ces trucs qui font que quand t’as lu le livre t’en ressors pas sans rien. Puis y’a un tas de bonnes idées. Je ne peux que conseiller très très fort Sharp Teeth, y comprit dans sa traduction française qui, à priori, tiendrait sérieusement la route. La nouvelle génération littéraire existe, il suffit d’aller la chercher.
Demain on parlera thune.