1131 – Book Review 179

Mon fonctionnement est un peu pourrave. Pendant des années on m’a rabattu les oreilles à propos du Trône de Fer, la saga médiévale épique de Georges R R Martin. L’immensité de la tâche (quatre volumes de mille pages en moyenne) et mon apathie vis-à-vis de la fantasy on fait que je ne me suis jamais lancé. Ce qui ne m’a pas empêché de suivre avec attention la mise en route de l’adaptation TV diffusée actuellement sur HBO. Entre le budget de luxe et le casting classieux, je ne pouvais que regarder. Et donc me prendre la baffe annoncée par mes amis. Là où mon fonctionnement est pourrave, c’est que ma TV a plus d’influence que mes proches, vu que j’ai chopé le premier livre (sorti en deux tomes chez nous) histoire de le lire avant d’arriver au bout de la série.

Avance rapide trois semaines et 785 pages plus tard.

Sur le continent de Westeros, les saisons peuvent durer des années tandis que les rois défilent sur le Trône de fer. Le régent actuel, Robert Baratheon, vient de perdre sa Main, son plus fidèle conseiller. Il marche alors jusqu’au nord pour demander à son meilleur ami, Eddard Stark, de devenir sa nouvelle Main. Les Starks sont honorables et fiers, aussi Eddard n’a d’autre choix que d’accepter, quitte à laisser derrière lui le Mur, qui sépare les Septs Royaumes des monstruosités qui habitent les terres gelées du nord. Il se pourrait surtout que l’ancienne Main ait été assassinée par la Reine et son frère, tous deux issus de la maison des perfides Lannisters. Eddard doit enquêter, au risque d’être le prochain sur la liste.

Bon, là je vous l’ai fait simple, mais il y a une bonne demi-douzaine d’histoires parallèles dans le bouquin avec autant de personnages fascinants (big up au nain et au bâtard). Par exemple l’exil de la princesse déchue Daenerys ne croise à aucun moment directement l’intrigue principale. Oui parce que c’est une saga : A Song Of Fire And Ice. Et A Game Of Thrones n’en est que le premier volet. D’ailleurs le livre ne se termine même pas sur une résolution ou un suspense. Non. Les pions sont simplement mis en place pour la suite de la partie. L’auteur part du principe que le lecteur va lire la suite. C’est à la fois frustrant (tout ça pour ça) mais confère un côté homogène à l’ensemble (va lire le chapitre suivant). En ce qui me concerne, parce que j’ai envie de lire autre chose que A Song Of Fire And Ice jusqu’à septembre je crois que je vais m’accorder une pause, profiter déjà de la série TV.

Même si, forcément, l’adaptation qui me semblait si luxueuse et fouillée me paraît à présent cheap et expéditive.

Parce que le livre est effectivement exceptionnel. Je suis sidéré par tout le travail de worldbuilding, avec un historique détaillé et des dizaines de personnages qui vont et viennent. La tâche a dû être titanesque et en tant que lecteur je me suis parfois perdu. Martin se permet même quelques fulgurances de style par ci par là, donnant un cachet littéraire pas déplaisant à l’œuvre. Le seul point qui m’a parfois gêné, c’est que l’auteur adopte le point de vue d’un personnage différent (huit en tout) par chapitre, et quand le personnage en question ne m’intéresse que trop peu, le chapitre devient pénible à lire. Mais c’est vraiment histoire de râler un peu.

Je ne doute pas une seule seconde de mon futur achat de A Clash Of Kings. Sûrement l’année prochaine, avant la diffusion de la saison II sur HBO. Pour pouvoir râler que « pfff, ils ont trop viré des trucs importants tsé ».

BUY STAGE !!!

J’ai lu ressort la saga en version « intégrale », comprendre pas en kit. A Game Of Thrones est donc dispo pour 14.16€. Ca les vaut.

TV TRAILER STAGE !!!

1120 – Superpolitics

Avouez-le, on s’est tous demandé ce qu’on ferait si jamais on avait des super-pouvoirs. Bien sûr on s’en servirait pour impressionner les filles et se venger du connard qui nous piquait nos frites au MacDo en primaire. Mais au-delà de ça ? On commence par sauver des mecs pris dans des catastrophes naturelles, puis on va récupérer des otages au moyen orient et bim, on se retrouve à foutre la merde dans la géopolitique et la finance ! ON SAUVE LE MONDE PUTAIN !

Ce qui nous ramène aux vrais superhéros, enfin les faux, de papier. Ils passent leurs temps à se foutre sur la tronche avec des braqueurs de banque ou des tyrans galactiques. Mais où est le juste milieu ? Personne ne va botter le cul des banquiers, des politiques, des terroristes. Parce qu’on est dans un BD et parce qu’on ne change pas le monde dans une BD.

Oh, wait.

Coup d’Etat était un crossover de tous les héros Wildstorm durant lequel l’équipe de The Authority décidait de prendre le pouvoir aux Etats-Unis. Le gouvernement corrompu et incapable étant trop stupide pour protéger la planète et respecter ses citoyens, les super-héros prenaient d’assaut la maison blanche et devenaient le gouvernement. Fuck yeah. Forcément ça devenait rapidement le bordel entre l’armée US qui ne se laissait pas faire et les autres héros de l’univers Wildstorm qui trouvaient The Authority un peu fasciste sur les bords. Tout le monde n’est pas fan du despotisme éclairé. Je ne vous dis pas commet tout ça se résout, mais le status quo finit par reprendre ses droits. Les US of A sont démocratiques à nouveau. Mais pendant quelques mois, ce comic a tenté un truc, celui de jouer la carte du réalisme. Parce que ouais, si les super-héros existaient, ils feraient VRAIMENT le ménage.

Sauf si on les en empêche.

Le label Marvel Knights regroupe les héros un peu plus matures de l’écurie Marvel tels que le Punisher ou Daredevil. En 2006 débute Marvel Knight Spider-Man, une maxi série en douze épisode où Peter en prend plein la tronche. C’était très bien (Mark « kick-ass, authority » Millar au scénario, le couple Dodson au dessin) et étrangement ça a tenté d’expliquer le mystère de l’inaction politique de Spider-Man. A la fin de la série, on apprenait que le Bouffon Vert avait créé la plupart des ennemis de Spider-Man en leur conférant des pouvoirs pour le compte de groupuscules polito-financiers. Le but : occuper l’homme araignée, créer une diversion permanente pour que jamais il n’aille fourrer son nez dans les intérêts des puissants. D’ailleurs, c’est pour/comme ça que les trois quarts des super-vilains sont nés. Le concept était séduisant, mais trop ambitieux, trop voué à finir la tronche dans le mur. Alors deux mois plus tard, Millar quittait le titre.

On n’en reparla jamais plus.

Alors à défaut de s’attaquer à des cibles réelles, les héros de comics s’épanouissent dans la métaphore. Dans Authoritative Action, les quatre fantastiques renversent le tyran d’un petit pays des balkans et deviennent le gouvernement, s’opposant à l’ONU. C’est en Latvérie. Ca n’existe pas la Latvérie. C’est comme l’île de Genosha, paradis pour immigrés mutants chassés par leurs pays respectifs, offerte par les Nations Unies au peuple mutant. Isreal much ? Oui mais ça s’appelle Génosha. Lex Luthor se présente comme candidat aux élections présidentielles et bien que ce soit un sale connard les gens l’élisent. Oui mais Luthor est du parti heu… Luthorien. On va pas prendre le risque de se mettre à dos la moitié du lectorat. L’idée est là, dessous, ça compte ?

Oui, ça compte un peu. Les allégories sont assez transparentes pour être comprises. Et on ne s’attaque pas à des structures réelles, on arrête de justifier l’inaction des super héros, on tourne autour du pot. Ou alors on fait ça hors de DC et Marvel, là où on ne vend pas de figurines Batman articulées ou de boîtes à goûter Wolverine.

Sauf quand parfois, ça déborde un peu, comme dans un vieux numéro de Spider-Man oublié. Et au fond, ça me rassure un peu, de savoir que si Spider-Man ne nous sauve pas des politiques, des banquiers et de toute la raclure sans super pouvoirs, c’est simplement parce qu’on l’en empêche.

860 – The Other List

[Fun fact: j'ai rédigé cette note AVANT d'être giga à cran et de m'embrouiller avec tout le monde ces derniers jours. Comme quoi. Le destin.]

L’argent ne change pas les gens, il dévoile juste qui ils sont quand ils n’ont plus à faire semblant. Je ne me souviens plus où j’ai lu ce truc, dans un bouquin ou sur un site internet. Mais sur le moment ça m’avait semblé super intelligent. Ca s’applique autant à l’argent qu’à la gloire ou ce qu’on veut. Dans la mesure où il est prouvé scientifiquement qu’on ne peut pas réellement changer son comportement (la marge de manœuvre est infime une fois la personnalité forgée). A partir de ce moment là, tout dépendrait de la liberté qu’on aurait de dire ce qu’on pense. Si je parle de ça c’est que j’ai réfléchi un poil à la question, à quel genre de mec je serais si j’avais plein de thune et ou de pouvoir. Est-ce que je serais encore plus un gros connard ? Force est de constater que je pourrais élargir ma shit list, en piochant allègrement dans une seconde liste, plus secrète.

La shit list, c’est simple comme concept. C’est la liste de toutes les personnes avec qui j’ai ouvertement un problème. Je suis la plupart du temps pas trop sournois donc si vous êtes sur ma shit list, vous êtes au courant. Mon côté Zack Snyder, quand je déterre la hache de guerre, je la soulève au ralenti dans une gerbe de terre qui vient vous gicler au visage. Bref, vous êtes au courant. A côté de ça j’ai une autre liste, plus secrète et plus politique. C’est un peu les gens que je ne peux prodigieusement pas blairer mais dont je ne peux pas me permettre de dire du mal en public, parce que, bah je ne peux pas me permettre (socialement, professionnellement) de me fâcher avec eux. En gros c’est le purgatoire de ma shit list, un car de personnes qui sont en transit, pas tout à fait vivant, mais pas totalement morts non plus.

Ce qui me ramène à la citation de départ. Pour chacun des sinistres individus sur ma seconde liste, je sais à peu près quel est le point de rupture, ce qui me faudrait pour me permettre de me lâcher et d’être honnête. Ca peut être un certain avancement pro, une reconfiguration amicale, avoir un max de thunes. Il est fort possible qu’à un moment où à un autre je puisse me lâcher. Et tant de frustration, ça ne se règlera pas avec une simple déclaration d’animosité. Je ne vais pas aller voir celui ou celle qui me les hache menu depuis des mois/années pour lui confier qu’en vrai, j’ai jamais pu le/la blairer. Non, ce sera une crucifixion en bonne et du forme, avec quatre vérités et lettre manuscrite qui va bien. A moins que ce ne soit une hate attaque en règle sur le net, pour que Google recrache pendant des années un article ordurier à la simple évocation de son nom.

Je m’emballe un peu. Mais je bouillonne beaucoup. C’est tellement ridicule, des gens qui pensent que je les estime, que je les respecte, que je les admire, que je leur suis fidèle, alors que j’aimerais rien de plus au monde qu’inscrire leurs initiales avec leur propre sang sur ma Shit List.

Un jour, j’aurais ma revanche. Réaction opposée contraire et égale. Vlan. En attendant, je vais continuer à mettre mon plus beau sourire. Faites moi penser de vous parler de ma théorie de la moutarde à l’occasion.