1120 – Superpolitics

Avouez-le, on s’est tous demandé ce qu’on ferait si jamais on avait des super-pouvoirs. Bien sûr on s’en servirait pour impressionner les filles et se venger du connard qui nous piquait nos frites au MacDo en primaire. Mais au-delà de ça ? On commence par sauver des mecs pris dans des catastrophes naturelles, puis on va récupérer des otages au moyen orient et bim, on se retrouve à foutre la merde dans la géopolitique et la finance ! ON SAUVE LE MONDE PUTAIN !

Ce qui nous ramène aux vrais superhéros, enfin les faux, de papier. Ils passent leurs temps à se foutre sur la tronche avec des braqueurs de banque ou des tyrans galactiques. Mais où est le juste milieu ? Personne ne va botter le cul des banquiers, des politiques, des terroristes. Parce qu’on est dans un BD et parce qu’on ne change pas le monde dans une BD.

Oh, wait.

Coup d’Etat était un crossover de tous les héros Wildstorm durant lequel l’équipe de The Authority décidait de prendre le pouvoir aux Etats-Unis. Le gouvernement corrompu et incapable étant trop stupide pour protéger la planète et respecter ses citoyens, les super-héros prenaient d’assaut la maison blanche et devenaient le gouvernement. Fuck yeah. Forcément ça devenait rapidement le bordel entre l’armée US qui ne se laissait pas faire et les autres héros de l’univers Wildstorm qui trouvaient The Authority un peu fasciste sur les bords. Tout le monde n’est pas fan du despotisme éclairé. Je ne vous dis pas commet tout ça se résout, mais le status quo finit par reprendre ses droits. Les US of A sont démocratiques à nouveau. Mais pendant quelques mois, ce comic a tenté un truc, celui de jouer la carte du réalisme. Parce que ouais, si les super-héros existaient, ils feraient VRAIMENT le ménage.

Sauf si on les en empêche.

Le label Marvel Knights regroupe les héros un peu plus matures de l’écurie Marvel tels que le Punisher ou Daredevil. En 2006 débute Marvel Knight Spider-Man, une maxi série en douze épisode où Peter en prend plein la tronche. C’était très bien (Mark « kick-ass, authority » Millar au scénario, le couple Dodson au dessin) et étrangement ça a tenté d’expliquer le mystère de l’inaction politique de Spider-Man. A la fin de la série, on apprenait que le Bouffon Vert avait créé la plupart des ennemis de Spider-Man en leur conférant des pouvoirs pour le compte de groupuscules polito-financiers. Le but : occuper l’homme araignée, créer une diversion permanente pour que jamais il n’aille fourrer son nez dans les intérêts des puissants. D’ailleurs, c’est pour/comme ça que les trois quarts des super-vilains sont nés. Le concept était séduisant, mais trop ambitieux, trop voué à finir la tronche dans le mur. Alors deux mois plus tard, Millar quittait le titre.

On n’en reparla jamais plus.

Alors à défaut de s’attaquer à des cibles réelles, les héros de comics s’épanouissent dans la métaphore. Dans Authoritative Action, les quatre fantastiques renversent le tyran d’un petit pays des balkans et deviennent le gouvernement, s’opposant à l’ONU. C’est en Latvérie. Ca n’existe pas la Latvérie. C’est comme l’île de Genosha, paradis pour immigrés mutants chassés par leurs pays respectifs, offerte par les Nations Unies au peuple mutant. Isreal much ? Oui mais ça s’appelle Génosha. Lex Luthor se présente comme candidat aux élections présidentielles et bien que ce soit un sale connard les gens l’élisent. Oui mais Luthor est du parti heu… Luthorien. On va pas prendre le risque de se mettre à dos la moitié du lectorat. L’idée est là, dessous, ça compte ?

Oui, ça compte un peu. Les allégories sont assez transparentes pour être comprises. Et on ne s’attaque pas à des structures réelles, on arrête de justifier l’inaction des super héros, on tourne autour du pot. Ou alors on fait ça hors de DC et Marvel, là où on ne vend pas de figurines Batman articulées ou de boîtes à goûter Wolverine.

Sauf quand parfois, ça déborde un peu, comme dans un vieux numéro de Spider-Man oublié. Et au fond, ça me rassure un peu, de savoir que si Spider-Man ne nous sauve pas des politiques, des banquiers et de toute la raclure sans super pouvoirs, c’est simplement parce qu’on l’en empêche.

860 – The Other List

[Fun fact: j'ai rédigé cette note AVANT d'être giga à cran et de m'embrouiller avec tout le monde ces derniers jours. Comme quoi. Le destin.]

L’argent ne change pas les gens, il dévoile juste qui ils sont quand ils n’ont plus à faire semblant. Je ne me souviens plus où j’ai lu ce truc, dans un bouquin ou sur un site internet. Mais sur le moment ça m’avait semblé super intelligent. Ca s’applique autant à l’argent qu’à la gloire ou ce qu’on veut. Dans la mesure où il est prouvé scientifiquement qu’on ne peut pas réellement changer son comportement (la marge de manœuvre est infime une fois la personnalité forgée). A partir de ce moment là, tout dépendrait de la liberté qu’on aurait de dire ce qu’on pense. Si je parle de ça c’est que j’ai réfléchi un poil à la question, à quel genre de mec je serais si j’avais plein de thune et ou de pouvoir. Est-ce que je serais encore plus un gros connard ? Force est de constater que je pourrais élargir ma shit list, en piochant allègrement dans une seconde liste, plus secrète.

La shit list, c’est simple comme concept. C’est la liste de toutes les personnes avec qui j’ai ouvertement un problème. Je suis la plupart du temps pas trop sournois donc si vous êtes sur ma shit list, vous êtes au courant. Mon côté Zack Snyder, quand je déterre la hache de guerre, je la soulève au ralenti dans une gerbe de terre qui vient vous gicler au visage. Bref, vous êtes au courant. A côté de ça j’ai une autre liste, plus secrète et plus politique. C’est un peu les gens que je ne peux prodigieusement pas blairer mais dont je ne peux pas me permettre de dire du mal en public, parce que, bah je ne peux pas me permettre (socialement, professionnellement) de me fâcher avec eux. En gros c’est le purgatoire de ma shit list, un car de personnes qui sont en transit, pas tout à fait vivant, mais pas totalement morts non plus.

Ce qui me ramène à la citation de départ. Pour chacun des sinistres individus sur ma seconde liste, je sais à peu près quel est le point de rupture, ce qui me faudrait pour me permettre de me lâcher et d’être honnête. Ca peut être un certain avancement pro, une reconfiguration amicale, avoir un max de thunes. Il est fort possible qu’à un moment où à un autre je puisse me lâcher. Et tant de frustration, ça ne se règlera pas avec une simple déclaration d’animosité. Je ne vais pas aller voir celui ou celle qui me les hache menu depuis des mois/années pour lui confier qu’en vrai, j’ai jamais pu le/la blairer. Non, ce sera une crucifixion en bonne et du forme, avec quatre vérités et lettre manuscrite qui va bien. A moins que ce ne soit une hate attaque en règle sur le net, pour que Google recrache pendant des années un article ordurier à la simple évocation de son nom.

Je m’emballe un peu. Mais je bouillonne beaucoup. C’est tellement ridicule, des gens qui pensent que je les estime, que je les respecte, que je les admire, que je leur suis fidèle, alors que j’aimerais rien de plus au monde qu’inscrire leurs initiales avec leur propre sang sur ma Shit List.

Un jour, j’aurais ma revanche. Réaction opposée contraire et égale. Vlan. En attendant, je vais continuer à mettre mon plus beau sourire. Faites moi penser de vous parler de ma théorie de la moutarde à l’occasion.

846 – Book Review 141

J’aime pas les polars. Enfin, non. C’est pas que j’aime pas, mais j’en lis/regarde peu. A mes yeux c’est un genre qui peine à se suffire à lui-même. Un polar ça ne suffit pas à m’exciter. J’ai quelques arguments concrets pour détailler le truc, mais au final ce n’est qu’une question de goûts. C’est un club dans lequel j’ai peine à aller. Bien sûr des fois y’a des exceptions, des cas particuliers qui me font vraiment rêver. Mais la plupart du temps, il me faut une surcouche. Comme Altered Carbon, qui est un polar noir, dans un univers science fiction. Polar + Sci-Fi = double couche. Ce qui nous amène à la série des Joe Pitt, une série de polars, genre pulp, mais dans un univers de vampires à New-York. J’en avais entendu parler lors d’un énième top 10 de bouquins cools. Polar + Urban fantasy = ?

Joe Pitt est un des quatre mille vampires qui peuplent l’île de Manhattan. New-York est divisé en clans. Que ce soit les bourgeois de la Coalition (qui dirige les beaux quartiers), les anarchistes de la Société (plus au sud) ou les moines illuminés de l’Enclave, chaque clan possède son bout de territoire et tente de maintenir un certain équilibre. Pas Joe. Pitt est freelance, vampire à louer qui monnaye ses services contre une petite réserve personnelle de sang et l’assurance qu’on le laisse en paix, loin de la politique. Le problème c’est que quand la Coalition lui demande de retrouver une gosse de riche qui a fuguée chez les anarchistes, il ne peut refuser. Même si cela implique de suivre un piste faite de cadavres qui pourrait bien le mener à quelque chose de plus plus sinistre que prévu. Sachant que Joe doit en plus gérer Evie, sa petite copine séropo à qui il n’a pas avoué sa condition.

Déjà, niveau univers, y’a plein de trucs cools. A commencer par de la politique, j’aime bien ça moi la politique, un peu comme lire des histoires de vampires qui chassent des zombies (même si c’est court). Toute l’histoire d’amour est fun aussi, avec Evie qui refuse de coucher avec Joe de peur de lui filer le Sida et lui qui refuse de coucher avec elle de peur de lui filer le Vampyr (oui, le virus s’appelle comme ça). Pour le reste on est dans le pulp à fond : le héros qui accepte une affaire malgré lui, la femme fatale qui fait des avances, les riches qui se croient tout permis et plein de références au passé et aux allégeances troubles des protagonistes. Le tout saupoudré de dialogues badass dignes des meilleures séries B. Oh et c’est parfois bien gore ou vénère. Pour faire simple, j’ai adoré.

Charlie Huston est au auteur qui maîtrise son sujet mais qui surtout insuffle assez de backgroud à ses personnages et à son univers pour aller au-delà des codes habituels du genre. Already Dead, premier roman d’une série de cinq, pose des bases d’une série solide, que j’irai bien boulotter à l’occasion.

Sinon, pour le lol, la version française s’appelle « Le vampire de New-York ». Je lole.