1122 – Book Review 178

Ben Brooks est un anglais de dix-huit ans. Il a le cheveu brun, la peau encore un peu grasse et bafouille quand on le place face à une caméra. Ben a plus ou moins publié (= autoédité + microédité) quatre romans et si j’avais assez d’argent pour me payer l’aller-retour en Eurostar j’irais sonner chez lui pour lui coller mon poing sur la gueule. Parce que Brooks est un petit con, qu’il écrit très bien et que je suis jaloux. Grow Up est son cinquième livre, le premier à sortir chez un éditeur reconnu en Angleterre. Preuve que la persévérance paie. Même si le bouquin est édité directement en poche, preuve que l’éditeur teste le lectorat, c’est ce qu’on appelle la consécration. Disponible aux UK début juillet, j’ai pu le lire (nettement) en avance.

Jasper est un adolescent anglais de 17 ans avec deux buts distincts dans la vie : sauter la plus jolie fille de son collège et prouver que son beau-père est un assassin. En attendant, il passe ses soirées sur Internet à tenter de convaincre des filles sur des sites de webcam de lui montrer un bout de téton sans payer. Quand il n’est pas en train d’être un sale connard prétentieux et égoïste, il essaie de remonter le moral de Tanaya, sa meilleure amie qui vient de se faire larguer. Avec elle, il s’incruste à des soirées, prend des drogues récréatives, complote dans le but d’avoir des rapports non protégé avec tout ce qui bouge avant d’envoyer des emails anonymes pour pousser un coup d’un soir boutonneux à avorter. En attendant de grandir pour de bon.

On ne va pas se mentir, Grow Up ressemble à un truc qu’on a tous lu mille fois : les pérégrinations d’un ado mal dans sa peau qui sniffe, baise et ment pour exister. Pourtant, cette fois, on se fait happer dès les premières lignes, car l’écriture confine au génie. Les phrases sont courtes, sèches, du point de vue de Jasper et de son esprit mal en point. Brooks saute d’une idée à l’autre, juxtapose des sujets qui n’ont rien à voir. Ou comment éclater de rire, seul, comme un demeuré, sur le quai du métro. La moitié du bouquin est hautement citable, et j’ai passé pas mal de temps à noter des répliques pour plus tard. J’ai rarement autant eu envie de traduire un roman tellement ce serait le pied. Là où les livres similaires se cassent les dents, c’est dans la structure. Et j’ai cru une bonne partie de ma lecture être face à un délire d’ado rédigé au fil de la plume. Jusqu’à que ce que les dernières pages viennent boucler la boucle à ma grand surprise. Respect.

Ben Brooks est un jeune auteur timide maladif qui écrit de courts bouquins agressifs et prétentieux. Mais à l’inverse de la plupart des autres, il fait ça bien. Il arrive à renouveler un genre éculé et je suis persuadé que si on écriture grandit avec lui, on entendra reparler de lui très vite. Sûrement sur un livre qui sortira sous une couverture cartonnée avec une belle jaquette.

D’ici là vous pouvez précommander Grow Up (pour 9€, pas assez cher), ça vous fera un beau cadeau surprise en juillet, quand vous aurez complètement oublié votre commande. C’est ça qui est bon.

949 – Tron 1.5

Disney s’est pris pour la Fox ce jeudi. Vous vous souvenez quand, cet été, toutes les salles IMAX du monde diffusaient une vingtaine de minutes d’Avatar gratuitement ? J’y étais, et ça restera de mon point de vue comme le meilleur outil à bouche à oreille de l’année. Gratos, à l’avance et démocratique (pas de traitement de faveur pour les journalistes), c’est super effective comme on dit ! Donc, Disney, qui lance la suite de leur film cheapos/culte Tron cet hiver, a décidé de faire pareil. Rendez-vous donc au Pathé Ivry, en début de zone industrielle, pour voir 23 minutes de Tron : Olivia Wilde En Combinaison Moulante Maquillée Comme Une Pute Pendant Deux Heures En 3D. Ca serait moi je mettrais ça comme titre sur l’affiche, au lieu de Tron : L’Héritage. Anyway. C’est sans parvenir à motiver qui que ce soit d’autre que j’ai posé mes fesses dans la salle FIMAX d’Ivry.

Une salle FIMAX, c’est une salle Faux-Imax. Cherchez pas, c’est de moi. En gros c’est quand tu prends une salle normale, que tu vires les trois premiers rangs pour rapprocher l’écran et créer l’illusion d’immensité, que tu colles un projo IMAX et que tu fais payer ça avec un surcout IMAX. C’est un demi-disneyland. C’est un plan cul avec un petit pénis. C’est le FIMAX. Donc un mec de Disney, genre vieux beau, débarque et nous vend le film. Vous êtes les premiers au monde à voir ce montage, exclu, ça sort en février, c’est les daft punks à la bande son, ça va être culte, kiffez bien. Il nous prévient que la première partie du montage est en « 2D relief ». Heu… okay. En vrai il voulait dire que les dix premières minutes se passaient dans le monde réel avec des vrais décors, mais que ça sera en 3D. Ou pas, en l’occurrence, parce que problème technique. Le mec avouera à la fin de la projection qu’il avait eue la bobine que quatre jours plus tôt et qu’il l’avait pas testée. Heu… okay ?

Le problème du montage de 23min, en plus de l’absence totale de 3D, c’était qu’il était super mauvais. Personne dans la salle n’était venu voir 10min d’exposition avec des personnages qui discutent en champ/contre-champ. Gâchis. Le doublage français était catastrophique, car sûrement rushé à la dernière minute pour l’évènement. Entre ça et le jeu d’acteur qui ne vend pas du rêve, je n’ai rien ressenti. Quand les lumières se sont rallumées, personne n’a applaudi. L’ambiance était morose. J’ai croisé un ami dans la salle, il était prêt à mettre le feu à une peluche de Mickey tellement il était dégouté. Comme je n’ai pas d’attachement particulier au premier Tron, et qu’Olivia Wilde en émo-pute sur grand écran me satisfait amplement, ça allait. Mais d’un point de vue marketing, en tout cas à cette séance d’Ivry, c’était un bel échec. Une suite de mauvais choix allant d’une absence totale de communication sur l’évènement (la salle à peine pleine) jusqu’à l’erreur technique grossière par manque de répétition.

Peut-être que monté correctement, en 3D et en VO, Tron Legacy ça enverra du bois. J’espère. Parce que si j’étais venu enthousiaste à la projection, j’en suis reparti beaucoup moins optimiste. L’effet contraire escompté par le marketing de Disney. Ooch. Quand on sait qu’en plus je suis le cœur de cible, c’est mal barré.

MUSIC VIDEO STAGE !!!