805 – Enter The Void

Le problème, quand tu bosses (enfin quand tu stagiaires) comme Community Manager, c’est que tu passes ta journée entière sur Internet. Comme dans tous les autres boulots de bureau en somme, sauf que là t’es forcé, t’es obligé, c’est ton putain de job. Alors tu lis tous les commentaires de ton site, tu animes les forums, les facebooks, les comptes Twitter. Entre deux vrais morceaux de trucs utiles, tu vas lire du blog, du journalisme gratuit, les journaux intimes des gens. Parce que, ouais, t’es sur l’internet de toute façon, et que ton propre article du lendemain est déjà dans la boîte depuis onze heures du mat’ (première pause café). Et là tu te dis que finalement, t’es bombardé d’informations, tu absorbes de la matière toute la journée et que tu deviens de ce fait quelqu’un de meilleur, quelqu’un qui sait, quelqu’un qui a appris des choses. Sauf que sur l’internet, y’a pas grand chose, principalement le vide.

Je ne lis que très peu de blogs, pour la simple et bonne raison qu’il y en a bien peu qui sont dignes d’intérêt quand tu n’es pas « pote » avec la personne en face. La folie des blogs BD s’est calmée, il reste les bons, et finalement ça pèse pas bien lourd au milieu des énièmes clones de Penelope. J’ai l’impression de nager dans une gigantesque piscine de duplicate content, la copie d’une copie d’une autre copie. Le problème, c’est que la plupart des infos qui m’intéressent, je les chope à leur source, sur les sites « pros » qui publient les news au départ. Alors quand je vois le lien circuler sur Twitter, c’est trop tard, et quand je vois la news reprise, régurgitée de travers sans être comprise sur un blog, j’ai juste envie de me flinguer. Les gens qui utilisent leur compte twitter pour balancer du lien, faire suivre des articles et des retweets, comme s’ils étaient une succursale bas de gamme de l’AFP, s’étonnent que je ne les suive pas. Maintenant ils savent pourquoi.

Pendant ce temps on a des moches qui parlent de cul avec des gros mots pour susciter l’intérêt et exister. Au même moment les modasses-pouffiasses redoublent d’efforts pour ne pas être intéressantes, de peur que la part de gens pas d’accord avec leurs éventuelles prises de postions ne décroissent leurs précieuses statistiques. Miroir aux alouettes. Un peu comme le marketing sur les blogs. Avant, je refusais les billets sponsos parce que dans la majeure partie des cas je trouvais les opérations pathétiques. Maintenant je suis à peu près convaincu que les retombées concrètes pour le client sont quasi nulles, que ça ne sert à rien. Mais comme on a construit des entreprises autour, on continue à brasser du vent. Mieux vaut pomper et qu’il ne se passe rien plutôt que ne pas pomper et qu’il se passe quelque chose. Au moins dans l’espace, y’a de la matière noire au milieu du vide. Sur l’internet, y’a que du vide. Sinon, c’est le vrai monde dehors. Et le vrai monde, il va chez le coiffeur, déjà.

Je suis fatigué de faire le tri, de chercher la matière noire de l’internet. C’est épuisant. Beaucoup plus que d’essayer de participer constructivement (faire des articles avec des mots, qui ne parlent pas que de marketing, de cul ou de téléphone déjà dépassé, être sympa, ne pas mentir, ne pas comploter, être de la matière). Déjà que j’avais la flemme de me créer une personnalité web, un pseudonyme mystérieux, de jouer le jeu de dupe où l’on aurait collectivement halluciné que tout ça, c’est qualitatif, cool et hype. Vous savez ce qui est hype ? Le remake en HD de Earthworm Jim sur ma Xbox hier. Ca avait le goût de la nostalgie, le bling d’une peinture refaite à neuf et j’ai perdu, parce que le jeu est hardcore, il n’est pas prémaché, revomis en flash avec une difficulté de lopettes. Hier j’ai joué à Earthworm Jim HD, et j’avais coupé l’internet. En entier. Le temps d’une partie. Je me suis du coup demandé, pendant les temps de chargement, ce que j’allais faire dans le vrai monde. A part me couper les cheveux.

La bonne nouvelle, c’est que si vous êtes en train de lire cette fin d’article, c’est qu’avec un peu de chance j’aurais été quelques particules de matière noire au milieu du néant. Et c’est déjà pas mal. Entre ça et les belles rencontres, les quelques pépites, je crois que je vais rebrancher mon câble ethernet. Mais après ma partie d’Earthworm Jim.

ALTERNATE NOTE STAGE !!!

Sinon j’aurais pu économiser 750 mots en faisant une note de blog d’une ligne pour dire la même chose : “J’ai besoin de vacances”, mais ça aurait été moins marrant.

782 – Hi, My Name Is (What ?) (Who ?)

L’autre soir une fille m’appelait au milieu de la nuit, complètement éthylée. Et c’était plutôt drôle. D’autant plus que je l’ai jamais vue de ma vie, que j’ignore même jusqu’à son visage. Voilà qui m’apprendra à passer mon numéro à n’importe qui sur Twitter. Le truc drôle avec les gens de Twitter, c’est que pour la plupart ils ne me lisent pas ici, sur le blog. Ils m’ajoutent à la faveur d’un retweet ou je ne sais quelle recommandation. S’ils fonctionnent comme moi ils checkent vite fait le lien vers le blog et n’y repassent jamais. Tout ça pour en arriver au fait que cette fille m’invectivait en gueulant « Benjamiiiin ! ». Car oui, plein de gens sur Twitter pensent que je m’appelle vraiment Benjamin, que c’est mon prénom. Et à chaque fois c’est pareil, il me faut deux ou trois secondes pour faire le lien dans ma petite tête et répondre « Ouiiiii !!! ».

Remarquez, j’ai un ami de la vraie vie qui m’a pendant plusieurs années appelé « Ben ». A un moment j’ai cessé de le contredire et j’ai laissé filé, me retrouvant parfois à planter quelques instants avant de lui répondre à lui aussi. Parce qu’autant j’aime bien le concept du pseudo, d’avoir un alias sur le net, autant le même dans la vraie vie me stresse toujours un peu. On m’a déjà appelé BenReilly, Le Reilly, Ben ou Benjamin. Je m’y fais pas. On me retorquera que je peux toujours lâcher cette histoire de pseudo, garder juste ce bon vieux Matthias Jambon-Puillet. Après tout, c’est ce qu’il y aura de marqué sur la couverture si un jour je sors un bouquin. Ce ne serait que du recentrage d’image de marque, ça limiterait pas mal de confusions. Sauf que je l’aime bien mon petit pseudo, je le traine depuis tellement longtemps, j’aime l’écrire, jouer avec. Mon mien. C’est sentimental. Puis bon, mon vrai prénom marche moyen aussi.

Enfin, ce que je veux dire c’est que si vous m’appelez par mon prénom ça va immédiatement me stresser. Entendre « Matthias » me fait crisser les oreilles. Je fonctionne par surnoms affectueux ou feintes. Avec Pollux on est « Mec » ou « Dude » mais pas Pollux et Matthias. Avec mes copines je suis… des trucs honteux, mais des trucs. Les seules personnes qui utilisent mon vrai prénom sont les gens qui me connaissent encore peu, l’administration, les personnes qui veulent m’engueuler et mettent une distance ou celles qui tentent de me prendre de haut. C’est simple, si vous dégainez mon prénom, vous me mettez directement mal à l’aise, peut-être plus qu’en utilisant un de mes pseudos. Comme quoi, c’est étrange la force des choses, de se retrouver dépossédé de son prénom comme ça.

Dans le même ordre d’idée j’utilise très rarement les prénoms de mes interlocuteurs, je suis physiquement incapable de prononcer le prénom de ma partenaire sous une couette, c’est une névrose à deux sens. Je maintiens ma théorie sur le fait qu’on m’appelle Matthias (quasi) uniquement pour m’engueuler ou me prendre de haut et que c’est de là tout vient. Y’a sûrement moyen de trouver une autre explication de comptoir, mais ça c’est votre boulot.

Demain, roman presque SM mais en fait non (à part sur le prix).

734 – Book Review 122

Lorsque Joe Hill sort son premier bouquin il y a trois ans, les médias ne comprennent pas trop qui est ce type trop secret sur lequel on ne sait rien. Surtout que son roman, une histoire de fantômes, se vend vraiment bien chez un gros éditeur. Il faudra quelques mois à la presse spécialisée et l’interweb pour éventer la supercherie. Hill est le fils de Stephen King qui, a l’instar de son père à une époque, aura choisi de publier sous pseudonyme, principalement pour éviter de profiter de son nom. Sur le principe, ça se respecte. Mais quand j’ai découvert ça quelques mois plus tôt, j’ai passé précommande son second roman Horns, avec un pitch bien alléchant. Et comme je suis un nazi de la couverture, j’ai préféré l’édition anglaise avec son miroir intégré pour se regarder avec des cornes de Satan directement sur le bouquin. Marketing genius !

Ig s’est payé une bonne cuite. Il faut dire qu’un an plus tôt sa petite amie était retrouvée assassinée et violée dans les bois. Principal suspect, Ig ne doit sa liberté qu’à un incendie du commissariat qui aura détruit toutes les preuves. Le lendemain de l’anniversaire de la tragédie, le jeune homme se réveille avec une foutue gueule de bois et deux protubérances osseuses sur son front, des cornes. Très vite Ig s’aperçoit que ses nouveaux appendices lui confèrent d’étranges pouvoirs, comme faire confesser à ses interlocuteurs leurs pires pulsions ou bien visualiser les souvenirs d’une personne au moindre contact. D’abord paniqué, Ig finit par se demander si cette étrange malédiction ne pourrait pas l’aider à résoudre le viol et meurtre de sa petite amie, et lui permettre ainsi de se venger.

La première page de Horns est magistrale. Courte, bien menée et ultra stylée, elle donne le ton d’entrée de jeu. Les cinquante suivantes sont extraordinaires, vous prennent aux tripes comme un top model qui a décidé arbitrairement de vous chevaucher sans prévenir. Puis d’un coup elle se retire, vous laissant le désarroi à l’air, et décide de vous raconter l’histoire de sa vie avant de finir de baiser. C’est complètement dégouté que j’abordais le gros morceau du bouquin, un gigantesque flashback de la rencontre entre Ig et Merrin, sa promise. On suit leur adolescence, leur amitié avec Lee, le mec à la cool, et Terry, le grand frère d’Ig. C’était comme dans rentrer dans un second bouquin, sans fantastique ni dialogues bien vénères. Mais je me suis attaché à cette storyline, et j’ai eu le cœur vrillé dans les derniers instants du jeune couple, tellement les scènes et caractères ont su toucher juste.

La seconde moitié réserve bien d’autres surprises que le simple « kikilatué ». Toutes les interrogations se rejoignent avant la fin et j’en suis ressorti plus que contenté. Horns est étonnamment propre et bien construit, loin des délires parfois foutraques du papa King. Ce sont les personnages qui m’auront le plus soufflé, à me faire adopter leur point de vue ou à me convaincre qu’untel ou unetelle est une véritable ordure alors que non. Et inversement. Bien joué Joe Hill. Ca valait vraiment le coup.

Demain on parlera névrose du tee shirt.