Le problème, quand tu bosses (enfin quand tu stagiaires) comme Community Manager, c’est que tu passes ta journée entière sur Internet. Comme dans tous les autres boulots de bureau en somme, sauf que là t’es forcé, t’es obligé, c’est ton putain de job. Alors tu lis tous les commentaires de ton site, tu animes les forums, les facebooks, les comptes Twitter. Entre deux vrais morceaux de trucs utiles, tu vas lire du blog, du journalisme gratuit, les journaux intimes des gens. Parce que, ouais, t’es sur l’internet de toute façon, et que ton propre article du lendemain est déjà dans la boîte depuis onze heures du mat’ (première pause café). Et là tu te dis que finalement, t’es bombardé d’informations, tu absorbes de la matière toute la journée et que tu deviens de ce fait quelqu’un de meilleur, quelqu’un qui sait, quelqu’un qui a appris des choses. Sauf que sur l’internet, y’a pas grand chose, principalement le vide.

Je ne lis que très peu de blogs, pour la simple et bonne raison qu’il y en a bien peu qui sont dignes d’intérêt quand tu n’es pas « pote » avec la personne en face. La folie des blogs BD s’est calmée, il reste les bons, et finalement ça pèse pas bien lourd au milieu des énièmes clones de Penelope. J’ai l’impression de nager dans une gigantesque piscine de duplicate content, la copie d’une copie d’une autre copie. Le problème, c’est que la plupart des infos qui m’intéressent, je les chope à leur source, sur les sites « pros » qui publient les news au départ. Alors quand je vois le lien circuler sur Twitter, c’est trop tard, et quand je vois la news reprise, régurgitée de travers sans être comprise sur un blog, j’ai juste envie de me flinguer. Les gens qui utilisent leur compte twitter pour balancer du lien, faire suivre des articles et des retweets, comme s’ils étaient une succursale bas de gamme de l’AFP, s’étonnent que je ne les suive pas. Maintenant ils savent pourquoi.

Pendant ce temps on a des moches qui parlent de cul avec des gros mots pour susciter l’intérêt et exister. Au même moment les modasses-pouffiasses redoublent d’efforts pour ne pas être intéressantes, de peur que la part de gens pas d’accord avec leurs éventuelles prises de postions ne décroissent leurs précieuses statistiques. Miroir aux alouettes. Un peu comme le marketing sur les blogs. Avant, je refusais les billets sponsos parce que dans la majeure partie des cas je trouvais les opérations pathétiques. Maintenant je suis à peu près convaincu que les retombées concrètes pour le client sont quasi nulles, que ça ne sert à rien. Mais comme on a construit des entreprises autour, on continue à brasser du vent. Mieux vaut pomper et qu’il ne se passe rien plutôt que ne pas pomper et qu’il se passe quelque chose. Au moins dans l’espace, y’a de la matière noire au milieu du vide. Sur l’internet, y’a que du vide. Sinon, c’est le vrai monde dehors. Et le vrai monde, il va chez le coiffeur, déjà.

Je suis fatigué de faire le tri, de chercher la matière noire de l’internet. C’est épuisant. Beaucoup plus que d’essayer de participer constructivement (faire des articles avec des mots, qui ne parlent pas que de marketing, de cul ou de téléphone déjà dépassé, être sympa, ne pas mentir, ne pas comploter, être de la matière). Déjà que j’avais la flemme de me créer une personnalité web, un pseudonyme mystérieux, de jouer le jeu de dupe où l’on aurait collectivement halluciné que tout ça, c’est qualitatif, cool et hype. Vous savez ce qui est hype ? Le remake en HD de Earthworm Jim sur ma Xbox hier. Ca avait le goût de la nostalgie, le bling d’une peinture refaite à neuf et j’ai perdu, parce que le jeu est hardcore, il n’est pas prémaché, revomis en flash avec une difficulté de lopettes. Hier j’ai joué à Earthworm Jim HD, et j’avais coupé l’internet. En entier. Le temps d’une partie. Je me suis du coup demandé, pendant les temps de chargement, ce que j’allais faire dans le vrai monde. A part me couper les cheveux.
La bonne nouvelle, c’est que si vous êtes en train de lire cette fin d’article, c’est qu’avec un peu de chance j’aurais été quelques particules de matière noire au milieu du néant. Et c’est déjà pas mal. Entre ça et les belles rencontres, les quelques pépites, je crois que je vais rebrancher mon câble ethernet. Mais après ma partie d’Earthworm Jim.
ALTERNATE NOTE STAGE !!!
Sinon j’aurais pu économiser 750 mots en faisant une note de blog d’une ligne pour dire la même chose : “J’ai besoin de vacances”, mais ça aurait été moins marrant.





