860 – The Other List

[Fun fact: j'ai rédigé cette note AVANT d'être giga à cran et de m'embrouiller avec tout le monde ces derniers jours. Comme quoi. Le destin.]

L’argent ne change pas les gens, il dévoile juste qui ils sont quand ils n’ont plus à faire semblant. Je ne me souviens plus où j’ai lu ce truc, dans un bouquin ou sur un site internet. Mais sur le moment ça m’avait semblé super intelligent. Ca s’applique autant à l’argent qu’à la gloire ou ce qu’on veut. Dans la mesure où il est prouvé scientifiquement qu’on ne peut pas réellement changer son comportement (la marge de manœuvre est infime une fois la personnalité forgée). A partir de ce moment là, tout dépendrait de la liberté qu’on aurait de dire ce qu’on pense. Si je parle de ça c’est que j’ai réfléchi un poil à la question, à quel genre de mec je serais si j’avais plein de thune et ou de pouvoir. Est-ce que je serais encore plus un gros connard ? Force est de constater que je pourrais élargir ma shit list, en piochant allègrement dans une seconde liste, plus secrète.

La shit list, c’est simple comme concept. C’est la liste de toutes les personnes avec qui j’ai ouvertement un problème. Je suis la plupart du temps pas trop sournois donc si vous êtes sur ma shit list, vous êtes au courant. Mon côté Zack Snyder, quand je déterre la hache de guerre, je la soulève au ralenti dans une gerbe de terre qui vient vous gicler au visage. Bref, vous êtes au courant. A côté de ça j’ai une autre liste, plus secrète et plus politique. C’est un peu les gens que je ne peux prodigieusement pas blairer mais dont je ne peux pas me permettre de dire du mal en public, parce que, bah je ne peux pas me permettre (socialement, professionnellement) de me fâcher avec eux. En gros c’est le purgatoire de ma shit list, un car de personnes qui sont en transit, pas tout à fait vivant, mais pas totalement morts non plus.

Ce qui me ramène à la citation de départ. Pour chacun des sinistres individus sur ma seconde liste, je sais à peu près quel est le point de rupture, ce qui me faudrait pour me permettre de me lâcher et d’être honnête. Ca peut être un certain avancement pro, une reconfiguration amicale, avoir un max de thunes. Il est fort possible qu’à un moment où à un autre je puisse me lâcher. Et tant de frustration, ça ne se règlera pas avec une simple déclaration d’animosité. Je ne vais pas aller voir celui ou celle qui me les hache menu depuis des mois/années pour lui confier qu’en vrai, j’ai jamais pu le/la blairer. Non, ce sera une crucifixion en bonne et du forme, avec quatre vérités et lettre manuscrite qui va bien. A moins que ce ne soit une hate attaque en règle sur le net, pour que Google recrache pendant des années un article ordurier à la simple évocation de son nom.

Je m’emballe un peu. Mais je bouillonne beaucoup. C’est tellement ridicule, des gens qui pensent que je les estime, que je les respecte, que je les admire, que je leur suis fidèle, alors que j’aimerais rien de plus au monde qu’inscrire leurs initiales avec leur propre sang sur ma Shit List.

Un jour, j’aurais ma revanche. Réaction opposée contraire et égale. Vlan. En attendant, je vais continuer à mettre mon plus beau sourire. Faites moi penser de vous parler de ma théorie de la moutarde à l’occasion.

660 – Battle Axe, Unearthed

Cet été, un pote m’avait proposé de faire passer mon dernier manuscrit à William Rejault.

Blogueur influent, “journaliste” pour le post et surtout écrivain, franchement, ça pouvait valoir le coup. Dès le coup de téléphone, William balançait à mon pote qu’il voyait qui j’étais, “un mec qui écrit que pour lui, au style à au croisement de la lourdeur et de la branlette”. Joie. Bon joueur, j’ai quand même envoyé mon PDF, jamais eu de réponse, même un avis négatif ou un “j’ai pas le temps”. Okay.

Quelques mois plus tard, sur Twitter, je posais une question au bonhomme concernant le tirage de son dernier bouquin. Piqué au vif, comprenant sans doute à tort que je l’accusais d’être tiré à peu d’exemplaires il m’incendie et me crache dessus en public. J’en avais déjà fait une note. Soit. Jusqu’ici je n’avais rien dit ni fait à ce cher William. Puis hier je repasse lire les commentaires sur l’article positif qu’Eric Maillard m’a consacré. William Rejault y est de retour pour… dire du mal de moi (je n’écris que pour moi et pas pour les lecteurs) et de mon style (embourbé de scories). De toute façon, mon manuscrit (réécrit depuis), il l’a lu d’abord ! Première nouvelle, content de l’apprendre. Ensuite il est clairement pas au niveau et les éditeurs n’ont pas que ça a foutre de me corriger.

Okay.

Quand un type prend la peine d’aller me cracher dessus quand on dit du bien de moi, je finis par croire que c’est ma personnalité (supposée, vu que je ne l’ai jamais vu) qu’il ne peut pas blairer. Quand bien même ce serait mon style qui l’embête, en quoi ça l’empêche de la fermer ? Suis-je si insupportable qu’il se sente obligé de ne pas me parler avec un minimum de respect sur Twitter ou d’aller diminuer le moindre compliment qu’on peut me faire ?

Cher Will, tu as un problème. Avec moi je veux dire. Je pourrai t’expliquer une fois de plus ma vision de l’écriture, ma vision du style, la conscience que j’ai de certaines lacunes et l’avidité avec laquelle j’ai hâte de progresser encore et encore. Mais comme le souci que tu as est avec ma personne, je ne vois pas trop l’intérêt de m’épuiser. Et parce que je suis plus digne que toi, je vais le dire en public, sans détour et sur un plan purement humain : je te méprise. Si ça se trouve tes bouquins sont bons, sûrement que tu es sympa en vrai et sans doute que je t’agace réellement. Mais réagir comme ça à ton âge, avec ta calvitie, alors que tu joues le garant d’une pureté aussi imaginaire que subjective en matière d’être humain et de littérature, je trouve ça triste.

Et oui, méprisable.

Jusqu’ici je te laissais le bénéfice du doute, dans l’attente d’un verre partagé pour une réconciliation et un partage sympa. D’où mon silence jusqu’ici en public niveau rancœur que tu m’inspires.

Essaie de prouver que tu peux être aussi mature qu’un gamin de 23 ans en te taisant, en allant voir ailleurs, là où il y a de grandes chances que je ne sois pas.

Tu vois, je suis cool, je te demande même pas de me comprendre ou de me respecter, je te demande juste de te respecter toi, en agissant en adulte. Tu verras, c’est pas si mal.

650 – I Won’t Like Me When I’m Angry

L’autre soir j’étais au téléphone avec l’ex-femme de ma vie. On faisait l’inventaire des pitchs de romans que j’avais en tête sur les prochaines années. Les synopsis que j’irai tacler quand j’aurai du temps ou de la motivation, après Perfect Ten cette année. Un de ces projets touche un sujet qui l’irrite particulièrement, enfin sensible. Du coup elle m’a pressé pour en dire plus, pour essayer de développer ce qui pour l’instant n’existe qu’en résumé d’une page au fond de mon disque dur. Et plus ça allait plus le ton montait quand elle appréciait pas un point de détail que j’inventais au fur et à mesure pour tenter de préciser l’histoire. J’en arrivais à me faire attaquer pour quelque chose de pas figé, qui ne sera pas écrit avant deux à trois ans dans le meilleur des cas. Alors j’ai fini par crier de rage dans le téléphone, pour la couper : « Tais toi ! Tais toi ! Tais toi ! »

C’est allé un peu plus loin que la perte de sang froid puisque je me souviens lui avoir dit, textuellement, que je l’emmerdais. Forcément ça s’est un peu fini de travers. Mais quelque dizaines de minutes après avoir raccroché, je me souviens de m’être senti super con. Etre parti en live sur un point de détail hypothétique sur un projet hypothétique on ne peut plus lointain. Pourtant je le savais. Je veux dire, du départ j’ai dit « Ah nan mais ce roman je préfère qu’on en parle pas tous les deux. » C’est quelque chose que je fais pas mal depuis quelques temps, essayer d’éviter les sujets qui peuvent me sortir de mes gonds, en particulier avec certaines personnes qui ne lâchent jamais l’affaire. J’essaie de prévenir, non mais je préfère pas en parler okay ? Sauf que souvent, ça suffit pas. A noël, en plein repas de famille j’ai pété un plomb parce que ça s’est mis à parler d’Avatar n’importe comment, entre informations erronées et idées préconçues recrachées à l’aveugle.

Si je me rappelle le moment précis de ma vie où j’ai décidé de baisser les bras, de ne plus jamais argumenter avec des gens qui ne peuvent pas être convaincus, je ne me souviens pas exactement quand j’ai commencé à devenir agressif et impatient comme ça. Ces derniers mois je ne supporte plus de m’engueuler par textos ou MSN (vitesse de frappe trop lente par rapport à la vitesse de ce que je veux dire) ni par téléphone (toujours le risque de raccrochage au nez, manque le langage corporel). Je ne sais pas si c’est la fatigue de mon rythme de vie décousu, l’angoisse scolairo/professionnel, le manque affectif plus ou moins chronique ou la frustration artistique. Mais je suis moins patient, plus colérique, moins enclin à la discussion qu’avant. Et ça m’inquiète de plus en plus sérieusement. Non parce qu’idéalement j’aimerais pas devenir un vieux con. Vous savez quand on dit un truc genre « Oh tu sais ton père, quand je l’ai rencontré il était pas comme ça. »

Je réalise que ça peut paraître un peu jeune pour se poser se genre de considérations. Mais j’ai connu des grands pères bougons et des tonnes de pères bien relous (cf mes voisins) dont la compagne jurait qu’avant ils étaient bien plus gentils. La vie en général, le vécu et le contexte peuvent vous bouffer petit à petit. Et j’ai bien peur d’être dans une période comme ça ou je peux m’énerver pour un rien (y compris en lisant d’innocentes notes de blog de gens que pourtant j’aime bien). Ca m’agace. Je m’agace. Etre au courant du problème c’est déjà le résoudre à moitié. Maintenant si je pouvais trouver le moyen de m’occuper du reste, ça serait pas mal.

Respiratiooon !