1243 – Shut Up And Take My Money

Si vous m’avez sur Twitter ou Facebook, vous aurez remarqué que j’ai passé la dernière semaine à hurler que j’adorais Rayman Origins. J’ai gesticulé car ce jeu magnifique, chatoyant, doux, qui sauve les ours polaires et guérit la lèpre, ne se vend pas très bien. Enfin, ça va, mais ce n’est pas non plus la montagne de pognon méritée. Le développement chaotique de ce Rayman, d’abord annoncé en kit dématérialisé, puis en boîte, n’a pas du aider. Le marketing et la distribution n’étaient pas trop sûrs de quoi en faire. On risque encore d’en conclure que les jeux de plateforme 2D à l’ancienne n’ont plus leur place en 2012, à l’ère des shooters maronnasses. Ou alors chez Nintendo, avec Donkey Kong Country Returns (BUY IT NOW). Parce que vous n’avez pas acheté Rayman, les décideurs sont toujours aussi frileux à l’idée de faire du jeu video comme avant, qu’il s’agisse de plateformers ou de jeux d’aventure à la Grim Fandago.

C’est alors que le grand Tim Schafer débarque sur Kickstarter.

Schafer, c’est un mec qui a bossé chez Lucas Arts, sur les cultissimes Full Trotthle, Monkey Island et autres Days Of The Tentacle. Depuis, il a créé son propre studio, Double Fine, qui a produit d’autres perles comme le foiré mais génial Brütal Legend ou Stacking. Tim et son crew en avaient marre des gamers qui disaient « hé, refaites un jeu d’aventure à l’ancienne, moi je serais prêt à payer ! » et ont ouvert mercredi une page sur le site de financement collaboratif Kickstarter. Ils voulaient 400 000 $ pour lancer le développement d’un jeu indépendant et la réalisation d’un documentaire sur tout le processus. S’ils arrivaient à réunir la somme en un mois, alors ils se lanceraient dans l’aventure, créer un jeu point & click sous les yeux et avec l’avis de la communauté.

Les 400 000$ ont été atteint en moins de huit heures.

Techniquement c’est un peu comme si chaque fan ayant mis minimum 15$ dans l’aventure avait précommandé le jeu. Ceux qui voulaient mettre plus ont eu des goodies qu’on peut assimiler à une édition collector. C’est un cas typique de mettage de charrue avant les bœufs : on achète un jeu pas encore développé. Ici, non seulement cela fonctionne, mais c’est glorieux. Tim Schafer a si bonne réputation depuis 20 ans dans le jeu vidéo, a un CV tellement blindé de pépites, que les joueurs l’ont suivi. C’est aussi un moyen pour tous ceux qui en ont marre des suites annualisées, des grosses corporations, des DRM, des contenus supplémentaires payés, de dire à tout ce monde d’aller se faire bien foutre. Ce à coup de dollars, car peu de choses excitent plus les fanboys de se dire que les mecs en costard cravate ne vont pas toucher au pactole.

Surtout, l’aventure Double Fine sur Kickstarter marque le début de quelque chose de nouveau.

Bien sûr que la plateforme collaborative finance des dizaines de jeux chaque année. C’est simplement la première fois qu’un studio ayant travaillé sur consoles et PC sur des projets de grande envergure propose son projet à la communauté. Ils demandent plus d’argent, mais vont accoucher d’une plus grosse production. D’ailleurs chaque dollar supplémentaire va aller dans l’amélioration de la qualité technique du jeu, le portage sur Mac et iOS, la localisation dans un maximum de langues. Il reste plus de trente jours de financement mais la donne est déjà changée. D’ailleurs articles de la presse spécialisée commencent à pleuvoir, les interviews ne vont pas tarder.

Et parce que je veux suivre cela de l’intérieur, parce que j’admire la démarche, parce que je veux prouver que des jeux old school peuvent être viables, j’ai mis mes 15$ une demi-heure après le lancement de la page Kickstarter.

Puis je suis allé me coucher, et au réveil on avait gagné. Juste comme ça.

Le champ des possibles vient de s’élargir.