1001 – Hellbound Pt.1

Ce que je préfère en enfer, c’est les plaines.

Immenses, qui peuvent recouvrir des centaines de kilomètres. J’aime défaire les lanières de mes épaisses chaussures et fouler l’herbe du bout des pieds. Ces étendues existent parce que les villes n’existent pas. En tout cas beaucoup moins que sur Terre. Les grands espaces sont aussi dus à la fabrique même de cet univers. Chaque brin d’herbe, chaque bouffée d’oxygène, tout est composé de fragments d’âmes. L’enfer c’est ça, pas une endroit abominable à la géographie volcanique, mais une terre cousue d’âmes. Chaque nouvel arrivant finira par alimenter l’existant, sera digéré de l’intérieur et converti en quelques centimètres carrées supplémentaires. Le domaine des enfers est en expansion permanente, et nous sommes les briques des futures plaines, forêts, montagnes et océans. Je range mes chausses dans mon grand sac à dos troué, si rempli qu’il pousse mon épaule à craquer à chaque fois que je le renfile. Puis, les doigts de pieds caressés par la brise, je reprends ma route.

Tout le monde arrive en bon état en enfer. Les braqueurs ont les trous dans l’abdomen recousus, les alcooliques qui battaient leurs femmes ont le nez blanc et les criminels de guerre nazis n’ont plus besoin de leur respirateur. Cela ressemble à une seconde chance, mais avec tout plein de petits caractères. S’il est impossible de mourir en enfer, on peut pourrir. Portrait de Dorian Gray vivant, le lieu vous déforme physiquement à chaque vice exercé. Battez vous et vos muscles se couvriront petit à petit de protubérances grotesques, jusqu’à ce que les bras s’allongent, deviennent des horreurs accrochées à un corps qui souffre. Le viol putréfie le sexe, le cannibalisme fait surgir de nouvelles rangées de dents et ainsi de suite. Voilà ce que l’on nomme des démons : ceux que leur vices ont déformés au point d’être méconnaissables. Ceux d’ont l’humanité et l’âme ont été pressées jusqu’à extraire la dernière goutte, contribuant à l’expansion territoriale de l’enfer.

La patron n’est sommes toute qu’un propriétaire terrien un peu trop gourmand qui se complaît dans un système bien huilé. Chaque vente d’âme en plus des “naturels” étend un peu plus son domaine, participe à la création de nouveaux brins d’herbe sous mes pieds. Les plus malins ont tenté de créer des villages, en fortifiant leurs frontières et en instaurant des règles strictes pour éviter le pourrissement de l’intérieur. Mais les habitants des lieux ne sont guères capables de discipline, et finissent forcément par déraper, et déclencher un cycle destructeur. Quelques cités tiennent encore, régies d’une main de fer aussi longtemps que possible. Les mieux gérées réussissent même à produire un semblant d’industrie : du fer, des outils qui seront troqués avec les voyageurs. D’autres sont habités à par des démons et ressemblent le plus à ce que l’on pouvait s’imaginer de notre vivant. En ce qui me concerne, j’ai tenté de passer quelques temps dans un de ces enclos, mais je n’ai pas pu me satisfaire d’attendre mon heure, encore. J’ai préféré reprendre la route et explorer.

Rester seul m’aura permis de ne pas trop dégénérer. Je me supporte mieux si je n’ai pas à supporter les autres. Ma barbe est mal taillée et mes cheveux gras tombent régulièrement sur mon visage, mais je suis à peu près en bon état. Pour autant que cela fasse dix années que j’arpente ces terres. J’aime les plaines parce qu’il en reste trop peu sur Terre, mais j’apprécie surtout de voir arriver le potentiel ennemi à l’avance. Rodeur, cannibale ou monstre démoniaque, ils ne peuvent me surprendre et le peu qui tentent l’affrontement ont tous gouté mon fer.

L’autre avantage des plaines, c’est que je distingue mon objectif de loin. , parfois à plusieurs jours de marche de sa position. D’un pas lent mais décidé, je poursuis ma route jusqu’au petit campement dont le feu éclaire l’horizon.

881 – Photography, The Marvel Way

La semaine dernière je rageais dans le dedans de mon petit corps poilu. Comme j’étais le seul à prendre des photos chez mes grands parents, j’étais surtout le seul a pas être dessus. Les photos. Et c’est pas une pitoyable tentative de self pic dans la forêt qui allait me sauver. J’ai donc du me résoudre à l’impossible : passer mon appareil à mon bro. Rapidos j’ai tenté d’être didactique sur comment cadrer pas trop mal un truc. Peine perdue, j’ai pu en sauver que deux. Faut dire que mon frangin, les photos, il s’en contrefout un peu. Il en prend pas, et est donc dessus. C’est double bénef’. Il ne s’émerveille pas devant une optique de bâtard, ne s’écrie pas qu’il lui faudrait un appareil quand il voit un truc joli et surtout n’a pas envie de faire l’effort d’apprendre à faire ça classe. Moi ? J’ai juste lu beaucoup de comics.

A une époque, la bible de l’apprenti dessinateur de comics aux US c’était « How to draw comics the marvel way » qui est en gros un bouquin de formatage artistique. On t’explique ce qu’il fallait faire ou pas faire pour rentrer dans la boîte à l’époque. Typiquement le genre de bouquins qui rendait fou les éditeurs franco-belges. Principalement à cause des leçons sur les cadrages. En France on est chiant, on aime bien (paradoxalement) les plans américains, où on voit les deux personnages qui discutent et où on se fait chier. Alors qu’un ricain va tout faire pour dynamiser cette insupportable séquence de discussion où on s’emmerde à en crever en attendant que quelqu’un éclate la gueule de l’autre. D’où plans rapprochés, plongées, contre plongées, jeux avec les vides, les pleins, les ombres. Tout est bon pour énergiser ça au maximum. Or, j’ai fait un peu de BD, The Marvel Way.

Quand je faisais du scénar’ de BD, je laissais jamais partir mes dessinateurs sans un storyboard en bonne et du forme. Et c’est quoi un storyboard à part une suite de dessins moches dont le seul intérêt est de présenter un cadrage ? Banco. Avant même de prendre ma première photo avec un véritable appareil qui coûte une blinde, je passais déjà mes journées à découper des plans, positionner mes sujets, jouer avec le décor. A cadrer quoi. Tout en sachant que par mes lectures j’étais quand même beaucoup plus influencé par l’école américaine qu’autre chose. J’en suis venu à me dire que si j’aime me contorsionner, me mettre à genoux face à mon grandad pour prendre un cliché epic ou aller courir la campagne pour faire ZE shot de la maison familiale, c’est en grande partie à cause des bandes dessinées.

J’irai pas jusqu’à dire que je prends des bonnes photos, ou que je fais des bons cadrages, que je suis meilleur que untel ou pas. Mais j’ai la certitude d’avoir le goût de la case, celle qu’on encre, et que je retrouve ce plaisir avec mon appareil, ce qui me donne peut-être un avantage ou une sensibilité particulière. Je fais peut-être de la merde, mais je prends mon pied.
Aussi, j’ai envie de vous dire, si vous aimez pas vos photos, lisez plein de comics.

EXEMPLE STAGE !!!

Hop hop, un exemple célèbre du bouquin, qui compare des cadrages caméra à hauteur d’yeux et caméra dynamique. Je me souviens d’engueulades de dessinateurs autour de ces deux pages, l’un hurlant contre le faux dynamisme gratuit et putassier, l’autre vomissant sur les cadrages chiants à en crever. Le débat fait encore rage.

Hauteur d'yeux.

The Marvel Way