1179 – Book Review 194

Pendant que les poids lourds anglo-saxons de l’année dernière débarquent chez nous (Freedom, Room, Sunset Park), la rentrée littéraire anglophone démarre de son côté. Tom Perrota fait partie de la première vague avec son sixième livre : The Leftovers (qu’on peut traduire par Les restes/Les abandonnés). Je vous avais déjà parlé de plusieurs des romans de l’auteur, comme Election, Bad Haircut ou encore The Abstinence Teacher. C’est du coup par habitude que j’ai « cliqué ici pour en savoir plus » quand j’ai vu passer The Leftovers dans une newsletter litté. Petit pincement au cœur de ne pas pouvoir l’acheter dans la même édition poche que les précédents, qui étaient TRES jolis. D’où l’absence de remords sur ce coup à prendre un exemplaire numérique, le jour de sa sortie (attendre 9h du mat’ qu’il soit minuit aux US pour le Kindle s’actualise avec le livre ; arriver en retard au bureau).

Le Rapture a eu lieu, les justes ont été choisis pour aller au paradis avec quelques années d’avance sur le jugement dernier. C’est en tout cas la principale explication qu’a trouvé le monde suite à la disparition simultanée de millions de personnes à travers la planète. Depuis trois ans, ceux qui restent tentent de reprendre une vie normale. Il y en a qui essaient de remplacer leurs êtres chers, que ce soit en hébergeant sur la durée une amie de sa fille, ou en acceptant de coucher avec un autre homme que son mari. D’autres qui se réfugient dans le spirituel, en faisant vœu de silence ou en suivant un nouveau prophète. Chacun essaie de s’en sortir à sa manière dans la petite ville de Mappleton, quand bien même cela les pousse dans des directions qu’aucun d’eux n’auraient pu prévoir.

Bordel que le pitch était sexy sur le papier.

Malheureusement, Perrota fait plusieurs choix qui m’ont vite calmé. La disparition de millions de personnes n’est jamais contextualisée. Par exemple, à aucune moment on ne précise à quoi cela ressemblait, pas de description frontale, ou de bande vidéo qui aurait tout vu. L’auteur joue la pudeur pour garder le mystère, à ma grande frustration (et pas le genre positive). Dans le même ordre d’idées, on ne nous donnera pas non plus de point de vue géopolitique : un nombre précis de disparus, des signes de l’impact économique (prix des logements par exemple) etc… A peine un personnage évoque t’il toucher une pension du gouvernement suite au départ de sa moitié. Enfin, malgré la mention répétée du Rapture, on ne nous confirmera jamais la nature de l’incident. Je soupçonne que ce soit pour ne pas froisser les athées et autres tatillons des écritures mais ça nous prive d’un bel angle d’attaque : ceux qui restent ne seraient pas les Justes, et donc moins bons que ceux qui sont partis.

En réalité, le Rature n’est là que pour amorcer le récit en créant situation initiale et élément perturbateur, avant de venir se planquer en arrière plan pour toute la seconde moitié du livre. On se retrouve du coup avec un mélo de quadras et leurs mômes aux prises avec leurs névroses. Ce qui n’est pas un mal en soi, vu que c’est bien fait. C’est juste plusieurs crans en dessous ce que j’espérais. La fin a le mérite de ne pas jouer la facilité et de nouer les différentes intrigues avec talent.

N’empêche, je reste un peu déçu. Même si c’était bien.

BUY STAGE !!!

Moins de 15e dans sa version UK.

1116 – Book Review 176

[Dans les épisodes précédents, avec Les Royaumes Du Nord et La Tour Des Anges]

Ça m’aura donc pris un peu moins d’un mois, lire la trilogie A la croisée des mondes : Northern Light (482 pages), The Subtle Knife (423 pages) et The Amber Spyglass (637 pages). Si je n’étais pas en froid avec la personne qui me les avait chaudement recommandé, on fêterait ça sous un déluge de Champomy. Déjà parce que la trilogie culte de Philip Pullman était bien meilleure que son dernier roman. Ensuite parce que c’est rare que je prenne la peine d’enchaîner une trilogie. D’ordinaire je m’arrête avant (ce qui me rappelle que je devrais lire Multireal). A partir de là, le plus simple est que je vous résume vite fait de quoi ça parle, avec forcément légers spoilers sur le premier tome.

Lyra est une jeune fille qui vit dans une version de notre monde où l’âme des humains est scindée en deux et contenue en partie dans un familier de compagnie : un daemon. Lorsque son meilleur ami est kidnappé, elle quitte Oxford, où elle a grandi, pour les royaumes du nord. Héritière d’une boussole d’or capable de prédire l’avenir, elle embarque avec des gitans à la recherche de son ami. Il s’avère que si les enfants sont kidnappés, c’est pour tester des méthodes de scission entre un humain et son daemon. L’église, plus connue sous le nom de Magisterium, croit avoir trouvé là un moyen de rendre le peuple plus docile et respectueux de l’Autorité. Mais ce monde n’est pas le seul qui existe, et Lyra se retrouve rapidement prise au milieu d’une guerre à venir entre les créatures douées de raison et Dieu lui-même. En compagnie d’un mystérieux garçon de notre monde, elle va percer le voile des univers et faire pencher la balance dans la guerre entre les hommes et l’Autorité.

Là normalement je vous explique que le titre original de la trilogie, His Dark Materials, provient du poème Paradis Perdu de John Milton et que toutes ses thématiques sont un miroir inversé du classique anglais du XVIième. C’était la minute culture, qui a participé à mon impression que les bouquins de Pullman étaient vieux alors qu’ils ne datent que d’une quinzaine d’année. C’est court pour acquérir un tel statut « culte ». Pourtant on m’en a toujours parlé comme quelque chose de fondateur, un classique de la fantasy, une œuvre à avoir lue. Je m’avance un tout petit peu pour avouer que oui, effectivement, c’est du lourd. Parce que c’est une œuvre qui met en scène des enfants mais reste adulte, dure et violente. Parce que ça vomit au visage de la religion pendant plus de mille pages. Parce que si on décide que c’est de la science-fiction et non de la fantasy, la lecture fonctionne quand même. Parce que c’est incroyablement riche.

Par contre, c’est un nouveau cas de trilogie bâtarde.

De ce que j’ai lu des critiques précédentes de La croisée des mondes, beaucoup reprochent le changement radical d’ambiance entre le premier tome et les deux suivants. Northern Lights se passe dans un seul univers, avec un seul héros et une quête claire de laquelle on ne dévie jamais. Dès Subtle Knife, on passe à plusieurs univers, plusieurs héros et une quête pas claire qui n’avance pas à cause de nombreux détours. L’histoire justifie ce changement de rythme, mais malgré tout changement il y a. Et je comprends que nombreux furent les déçus. A titre personnel, j’ai simplement trouvé que les deux derniers tiers de la trilogie étaient simplement un gros bouquin mal coupé en deux (cliffhanger en carton). Trois actes mieux séparés auraient atténués le manque d’homogénéité de l’ensemble. Mais c’est pour chipoter (dans le genre j’aurais aussi pu taper sur le titre débile du troisième livre, qui fait référence à un truc mineur et sans intérêt dans l’histoire).

J’ai surtout admiré la cohérence interne de l’œuvre. Pullman brasse beaucoup d’idées sur l’univers, Dieu, la vie, la mort, l’âme, la science et s’en sort relativement bien. Tout n’est pas expliqué mais ce qui nécessitait d’être justifié l’est. Aussi fantastique par endroits que soit son petit monde, il se tient. On y croit. Ce qui est le principal. Je respecte aussi la décision de ne pas choisir la fin facile, mais celle qui vous hante plusieurs jours après. C’est un courage littéraire qui se perd. La seule chose qui m’a ennuyé c’est tous ces détours dans le dernier tiers de l’histoire. Hé ho les mecs vous êtes partis pour aller buter Dieu ! C’est trop vous demander de pas aller vous promener n’importe où en attendant ? Chipotage.

Au niveau du style ça reste très propre et clair. Pas d’envolées lyriques ou de passages à s’éclater le crâne contre son Kindle. Good. Vu la quantité d’informations et de concepts originaux brassés dans la trilogie, un style trop chargé aurait rendu le tout imbitable.

Tout ça pour dire qu’A la croisée des mondes, c’était très bien, avec un gros potentiel de classique au fil du temps. Un bouquin adulte pour enfant, une histoire d’amour qui prend le temps de germer en second plan d’une quête épique, un mi-chemin entre la fantasy et la SF, une charge contre l’obscurantisme et un pladoyer pour la science, le libre arbitre, c’est tout ça et plus qu’on trouve dans His Dark Materials.

Mangez-en.

1099 – Almost Book Review 174

J’ai lu le second volume d’A la croisée des mondes. Et parce que le titre français “La tour des anges” est prodigieusement mauvais, je vais vous mettre une jaquette anglo-saxonne à la place.

Voilà.

Sinon, comme la dernière fois, je ne vais pas vous chroniquer le truc. Parce qu’il me manque encore le troisième tome, qui s’avère être à peu près deux fois plus long que les précédents. Tout ce que je peux vous dire c’est que, bien qu’on sente une vraie cassure dans la structure de l’histoire entre le premier livre et les deux autres, je trouve la suite au niveau. Après, tout dépendra de la fin. Sachant que quand je lis une trilogie anti-religieuse où l’enjeu est de savoir si les héros vont réusir à tuer Dieu, il va falloir me faire vibrer à la hauteur du pitch.

Là, normallement, je mentionne à quel point Preacher est un bon comic. Mais c’est un sujet pour une autre note.

Du coup, j’en reste là pour cette semaine et je retourne boucler Le miroir d’ambre. On en reparle.