938 – Book Review 155

Donc. J’ai finalement lu La carte et le territoire, le nouveau Houellebecq. ON SE DEMANDE BIEN COMMENT !!! Anyway, le bouquin s’est avéré beaucoup plus court que prévu, feintes de pagination oblige, et je l’ai lu assez rapidement. C’est déjà pas mal, pour avoir discuté avec des connaissances qui s’étaient arrêtées à mi chemin, dépitées par le truc. A titre personnel ,j’attaquais ce roman avec l’unique connaissance des deux premiers livres de l’auteur, ses meilleurs, de ce que j’ai cru comprendre. Je n’ai pas subi la supposée purge qu’est La possibilité d’une île. Et en vrai, j’avais plutôt envie de lire La carte et le territoire. Ce malgré les vagues accusations de plagiat, Houellebecq ayant pompé à la ligne près des morceaux de wikipédia. Y’a pas mort d’homme mais c’est quand même un peu la honte si t’as pas la motivation de paraphraser un minimum tes sources. Sinon, la première surprise pour moi fut de constater que le résumé du bouquin est mensonger.

On m’a vendu (lol) La carte et le territoire comme l’histoire de Jed Martin, un type qui photographie des cartes Michelin et devient une star de l’art contemporain français. Sauf que ça, c’est juste le pitch de la première partie. Car le roman est découpé en trois morceaux bien distincts. Le premier est effectivement la carte et le territoire, où l’on suit les études de Jed, sa passion soudaine pour les cartes Michelin et son premier succès en tant qu’artiste. Mais le milieu du livre parle de Peinture, l’artiste ayant décidé de faire une série de portraits représentants les différents métiers que l’on peut exercer en France. Il termine sa série par un portait de Michel Houellebecq, écrivain, avec lequel il semble se lier d’amitié. Enfin le troisième tiers de l’histoire est une courte enquête policière, où l’on cherche à élucider le meurtre brutal de Michel Houellebecq, Jed apportant le mobile du tueur en toute fin de partie avant d’aller mourir dans la campagne (ah tiens si y’a un peu de territoire vite fait).

Le résumé (ainsi que le titre) sont donc totalement mythomanes. La carte et le territoire est en fait « Moi Michel Houellebecq ». Je veux dire, come on, l’écrivain est là les deux tiers du livre, il est l’œuvre ultime de l’artiste Jed et le centre d’une enquête policière. Sans parler du fait que Jed fait copain copain avec Beigbeder (dans une scène qui m’a mis mal à l’aise devant tant de complaisance aveugle pour Frédo) et est lui-même totalement transparent en tant que personnage. A part les rares moments où il décide d’entamer un nouveau projet artistique, il ne fait que subir et attendre que ça se passe. Nous avons un héros apathique qui se laisse glisser et se garde bien de produire des idées ou des réflexions un minimum poussées. Les rares fois où Houellebecq se risque au commentaire social ou à la réflexion artistique, c’est en résumant (parfois sur plusieurs pages) les pensées d’auteurs connus pour conclure « je pense pareil » ou « il a tort ». C’est un peu le reader digest de la philo du coup.

En fait, à mon petit niveau, ce qui m’a le plus emmerdé, c’est de ne pas voir ce que le reste des journalistes ont vu dans le bouquin. On a beaucoup parlé d’une critique de l’art et de la célébrité. C’est une satire en fait. Sauf que je ne l’ai pas vue, il n’y a rien de mordant, ça ne rentre pas dans le lard. Si Jed avait produit un truc vraiment sans intérêt, pourquoi pas, ou s’il s’était exposé aux médias ou aux célébrités dans des séquences qui mettent mal à l’aise, mais non. Une des idées du bouquin c’est d’imaginer Jean-Pierre Pernaut en grande folle post coming out. J’ai trouvé ça complètement débile, sans fondement et du coup grotesque, mais apparemment c’est subversif. Pour un critique littéraire qui sort pas du sixième éventuellement. Moi j’étais surtout consterné. Éventuellement je veux bien reconnaître l’espèce d’éloge timide de la province et de la campagne, le « territoire », mais bon c’est pas de l’enchantement à la Pagnol non plus faut pas déconner.

Au moins tout le monde est d’accord pour dire que la partie policière est complètement foirée. Choisir aux deux tiers du livre de changer de personnage, de thème et de tout reprendre à zéro, c’est aussi couillu que casse gueule. Sauf que là ça marche pas. Passer une centaine de pages sur un flic fatigué qui cherche à comprendre pourquoi on a tué Houellebecq pour découvrir au final que c’était pour lui voler un tableau. COME ON ! Au moins le flic a un chien et l’aime beaucoup. OMG MAIS C’EST COMME L’AUTEUR ! Michel est partout, derrière le clavier d’ordinateur, dans le livre, dans les autres personnages du livre. C’est le seul début d’analyse qu’on peut faire sur La carte du territoire : c’est un livre par Michel sur Michel. Ce n’est pas une satire de l’art, ce n’est pas un bon polar, ce n’est pas une éloge de la campagne.

Surtout, ce n’est pas un bon livre.

Certes, le style est parfois flamboyant et on trouve de bonnes phases, des petites pépites de ci de là. Mais ça ne suffit pas à habiter le néant. Si le récit était mieux tenu, pourquoi pas, si Houellebecq proposait des réflexions qui lui sont propres ou un peu engagées, pourquoi pas, où si le fait de se mettre en scène nous apprenait quelque chose qu’on ne sache pas déjà, pourquoi pas.

En l’état je n’ai juste absolument rien ressenti. La carte et le territoire est suffisamment court et bien écrit pour que je sois arrivé au bout. Mais à aucun moment je n’ai vraiment été pris aux tripes par quoi que ce soit. Tant et si bien qu’une fois arrivé à la dernière page, je me suis demandé très fort ce que l’écrivain a voulu dire, quelles étaient ses intentions.

Dix jours plus tard, j’en sais toujours rien.

508 – Book Review 80

Way ! C’est la branlée rentrée littéraire ! Kro bieng, en plus y’a un nouveau Beigbeder ! Sentant que ça valait pas forcément 18€, j’ai feinté en demandant un exemplaire gratos au service presse de Grasset, qui ne m’a jamais répondu. Je dois pas l’avoir encore assez grosse. Ce fut Dahlia, qui n’écoutant que son courage, m’aura envoyé in-extremis hier son propre exemplaire presse d’Un Roman Français. Sorti aujourd’hui dans les bacs, j’ai donc rushé la lecture en une journée pour pouvoir vous en parler en même temps que tout le monde. Ca alors Le Reilly, tu t’es boulotté 280 pages en un aprem’ ! Ca devait être vachement bien comme bouquin ! Ce à quoi j’aurais envie de répondre que c’était surtout écrit gros. Autant spoiler la fin de la critique tout de suite pour les feignasses, Un Roman Français, comme tous les romans de Beigbeder, est bancal. Sauf que celui-ci n’est pas bancal pareil, ce qui est une évolution sans pour autant être une qualité. Mais j’y reviendrai.

Reprenons du début. Beig est pris en flag en train de sniffer de la coke en compagnie de sa mastercard gold à couper la farine et d’un ami écrivaillon. Passage à la case prison, ne touchez pas plein de thunes. Frédo est vénère et décide d’entamer une introspection, à la poursuite de ses origines oubliées. Car notre héros n’a prétendument aucun souvenir d’enfance. Logique, donc, qu’il en fasse un livre. Nous voilà parti sur un double récit, les deux jours trop horriblement pas cools pour Beigbeder du présent et les 42 ans précédents du Beigbeder du passé. La narration alterne donc les deux points de vue, mais les trois quarts du bouquin sont dévolus à l’histoire de la famille de Frédo, en commençant par la rencontre des grands parents durant l’entre deux guerres. Si comme votre serviteur, l’histoire de France avec un F majuscule vous vous en carrez pas mal, pas de chance. Il faudra bouffer des considérations sur la résistance et l’influence de Mai 68 sur la cellule familiale pendant des dizaines de pages avant quoi que ce soit d’autre.

Aussi, durant le premier tiers du bouquin, j’étais plus intéressé par les déboires cocaïno-judiciaires de Frédo que par le long et laborieux historique menant à sa naissance, multiplication de dates, noms propres et lieux à la clef. Puis la vapeur s’inverse. Beigbeder parle de son enfance, ses premiers amours, son complexe d’infériorité vis-à-vis de son frère. Là ça devient intéressant, on tiendrait presque un début d’un truc. Pendant ce temps, le récit présent s’embourbe dans des dialogues de boulevard et des considérations d’une banalité affligeante. Oh noes, la prison c’est grave pas cool quoi ! En définitive, les seuls passages flamboyants concernent sa petite fille Chloé, pour qui il a les mots d’un père pourvu de la plus douce des plumes. On touche à quelque chose de l’homme, de l’amour. Quel dommage que ce soit si fugace. Putain de dommage. Au moins le livre se referme sur une dernière (belle) anecdote le liant à Chloé. En réussissant sa sortie, Beigbeder réchappe à la malédiction qui plombe ses fictions, son incapacité à conclure de manière satisfaisante. Ici, l’épilogue est peut-être le meilleur chapitre.

Le style aussi a évolué, en partie. On trouve moins de bling-bling, une écriture plus posée, plus serrée. Ce qu’on gagne en efficacité, on le perd en fun, si je puis dire. C’était marrant de voir un type écrire des romans a coup de phrases publicitaires mises bout à bout. L’ensemble dégagerait tout de même une impression de maturité si l’on ne trébuchait pas régulièrement sur des catastrophes d’indigence, des bouts de phrases mal branlées, tout simplement. Sans parler du syndrome St Germain. Ca ne pose aucun problème à l’auteur d’asséner des mots multisyllabiques incompréhensibles, mais il tient absolument à préciser qu’une DeLorean est une machine à voyager dans le temps. L’homme qui murmurait à l’oreille des lettrés refuse d’admettre la légitimité de la pop culture. Pas très glorieux. Toujours moins pire que de citer Bret Easton Ellis au moins dix fois sur tout le bouquin, à se fantasmer en héros de Lunar Park. On savait Frédo admiratif, mais à ce point, c’est un peu triste. Bien sûr il ne peut s’empêcher, en bon premier de la classe, de citer à intervalles réguliers la moitié des auteurs Français morts. Pénible. Ultime moment de solitude, quand il se compare nommément à Haulden Caulfied errant dans New-York. Le lecteur, ayant honte pour l’écrivain, préférera détourner les yeux.

On aura beaucoup parlé des pages censurées concernant l’infâme procureur de la république qui aurait forcé Frédo à croupir en taule pendant, oh my gawd, 24 heures de plus. On sait depuis 99 Francs que l’auteur se rêve en redresseur de torts et rebelle face à la bien-pensance et l’immobilisme général. Suffit de voir le fantasme de 99F, le film, où le héros saborde son patron, son job, ses clients. Tout le long d’Un Roman Français, on sent la frustration d’un bonhomme qui n’appuiera jamais sur l’interrupteur, un narrateur dépourvu de Tyler Durden pour appuyer à sa place. Alors il pose sa démission avant de publier 99 Francs, vire les pages problématiques avant de risquer l’amende pour outrage/diffamation et continue à sucer des peoples sans talent au Grand Journal. Alors qu’avec une simple de note de blog un adolescent un peu paumé arrive à perturber le transit intestinal d’une centaine de personnes le temps d’une journée. Jouer à l’anarchiste, foutre la merde, c’est pas si dur. Mais Beig n’appuiera jamais sur la détente, et à force de menacer de le faire par romans interposés, on n’y croit plus.

A un moment du livre, Frédo nous assène que peu importe l’histoire, c’est le style qui compte, ou tout du moins, ce que l’auteur arrive à transmettre de lui par le texte. Le fait est qu’Un Roman Français et 280 pages plus tard, je n’ai pas l’impression d’avoir appris grand-chose que j’ignorais sur le personnage Beigbeder. Bien sûr, je ressors avec quelques nouveaux détails, mais de ses obsessions, son fonctionnement, les raisons qui l’ont poussé à devenir ce qu’il est, rien ne m’aura surpris, étonné ou tout simplement ému. Quand j’ai traité le bouquin de bancal, c’est à ce niveau. Il m’aura laissé globalement indifférent, non tenu en haleine par une intrigue, pas passionné par la place de sa famille dans l’histoire. Restent les petits détails d’une enfance, les joies d’un adolescent et l’amour d’un homme pour les femmes, d’un père pour son enfant.

Je ne pense pas que cela aurait suffit à ne pas regretter mes 18€. Eventuellement en poche, un jour. Le pire dans tout ça, c’est que c’était le seul bouquin de la rentrée littéraire qui m’excitait un minimum. Va falloir que je fasse moult efforts pour trouver quelque chose pour me motiver. Je vous tiendrai au courant.

Demain, justement, je taperai sur les médias à la bourre. Vu la taille de la note du jour, les résultats du concours 4 seront pour demain (ou samedi, je me tâte), ça vous fait 24h de plus pour jouer.

SRSLY STAGE !!!

Lu 300 pages et critiqué sur 1000 mots en moins de 12h. Sans déconner, pourquoi je suis pas encore payé pour ce taf’ déjà ?

457 – The Waiting Game

Mercredi dernier, je déambulais dans la RNAC, au rayon librairie, à caresser du regard les nouveautés. Je grimace devant des titres qui ne me disent rien, des portraits d’auteurs de l’âge de mes grands parents, des quatrièmes de couvertures qui refusent de me dire de quoi parle le bouquin et sans oublier les trois ou quatre nouveaux romans écrit par et sur des gamines de 16 ans au minois bankable qui ont trop des problèmes dans leur vie. Si on était dans un film de Woody Allen sur un énième écrivain frustré, sûrement que j’aurais attrapé une pile de l’étalage par le dessous avant de la jeter violement contre les autres, créant une pluie de dominos littéraires. Une crise de nerfs qui me vaudrait un bon tacle par un maouss agent de sécurité. Pendant ce temps là, dans le monde réel, si j’ai l’air dépité, c’est que je ne peux pas envoyer mon nouveau bouquin.

Rédigé au prix de dizaines de nuits blanches d’affilée (enfin, avec dodo le jour), mon nouveau bébé pèse près d’un tiers plus lourd que l’ancien. Une potesse m’avait prévenu au détour de son mojito, que passé la mi-juin, l’envoi aux éditeurs devenait du suicide. Coincés entre leurs vacances et la préparation de leur rentrée littéraire, ils n’ont plus une minute pour bouloter du manuscrit de jeune qui n’en veut. Envoyer son texte entre juillet et septembre, c’est s’assurer d’une lecture encore plus bâclée que d’ordinaire, quand vos feuilles ne se retrouvent pas enterrées au fond d’une pile qui ne dégorgera jamais. Ce mercredi là, la dite potesse m’annonçait qu’elle m’avait prévenu, son ami éditeur chez Flammarion annonçant qu’il était booké pour l’été, comme tous ses confrères. Fuck it, j’ai fait aussi vite que j’ai pu, et ce ne sera pas suffisant.

Ce qui avait commencé comme une expérience cathartique afin de ne pas devenir fou il y a deux mois a muté en quelque chose que je pense être plus que lisible. Boosté par des coupaings, j’ai bouclé le truc en un temps record. Pas de quoi en tirer un Goncourt, mais de quoi remplir une case vide dans l’offre actuelle, parler aux types de mon âge. En putassant un peu et épaulé par une attachée de presse hargneuse il y aurait même de quoi faire un petit coup, gaver mon éventuel éditeur de pognon. Ce qui me fait d’autant enrager, c’est que ce texte ne sera jamais aussi à propos que là, tout de suite, dans le contexte actuel. Mais si l’on ne choisit pas les règles, on peut choisir son jeu. Je suis toujours en train de jouer au bon soldat à l’assaut des éditeurs, pas prêt a m’abandonner dans l’auto-branlette-édition. Alors j’accepte les règles, et je fais la seule chose à faire, m’asseoir sur mon bouquin.

Je ne suis pas à l’abri de tomber sur une opportunité de faire valoir mon taf’ dans l’été. Mais le reste du temps je serre les dents et attends le retour de mon heure, hésitant à envoyer un exemplaire aux maisons pour le principe, quitte à le renvoyer en octobre. Juste pour me prouver que mon rush, mes nuits sacrifiées, ne l’auront pas été en vain. On verra. Je vous tiendrai au courant.
Wow, pas si aigri que prévu cet article, suis fier de moua.