901 – Back 2 School

Si ma vie était un film, j’aurais un montage de costume de super-héros. Enfin, vous savez, quand Batman ou Daredevil s’équipe, et que tout ça est monté super vite en une série de gros plans sur les accessoires que le mec enfile au fur et à mesure ? Bah le matin de ma rentrée scolaire, idéalement, ça ressemblerait un peu à ça. On me verrait choisir mes fringues, m’auto donner une tape sur les fesses, enfiler un tee neuf qui sent bon le propre et tout et tout. Même topo pour mon sac à dos, que je stufferais de stylos BIC jamais utilisés, d’un paquet de feuilles doubles et d’un trieur premier prix (en plus d’un bouquin). Je jetterais le tout sur mon épaule dans un mouvement ample mais maîtrisé avant d’avancer vers la caméra d’un air décidé. Si je vous raconte ça, c’est parce que dans mon esprit malade, ma première rentrée scolaire en deux ans se DOIT d’être épique.

De toute façon, j’y vais surtout un peu dans le brouillard. Déjà je vais faire face à 25 inconnu(e)s qui viennent remplacer ceux partis en alternance, à l’étranger ou dans une autre école (pour un tas de raisons, j’expliciterai). Ca va faire drôle. Le seul reliquat de ma promo précédente est une fille qui m’a fait taffer comme une bête toute un weekend en freelance dans l’année pour au final jamais me payer. Elle le sait. Elle sait que je le sais. Et la dernière fois qu’on s’est croisé, elle a pas osé dire grand-chose ni me faire la bise. Et on dit que je suis le gangster de l’école. Anyway. J’ai quand même quelques autres coupains, que je connais un peu. J’aurai à côté de qui m’asseoir aujourd’hui pendant la réunion de présentation. Histoire de me sentir un peu moins seul et paumé. Sinon je peux toujours prendre le truc en note sur mon Netbook, me tatouer « geek associable » sur le front et attendre que ça passe.

Je flippe pour un tas de raisons. Au-delà des trucs logiques genre « OMG DANS SIX MOIS JE SUIS SUR LE MARCHE DU TRAVAIL SANS AUCUNE AIDE FINANCIERE !!! ». Par exemple Karine, experte es powerpoint en première année de Master, ne sera pas là pour combler mes lacunes. Ma prof, qui me déteste d’amour ne sera pas non plus là pour prendre (une faible partie) des balles à ma place. Va falloir que je boucle un nouveau mémoire tout en assurant de quoi valider le reste de l’année. En plus des conneries autour, mes bouquins, mes espoirs, la quête aquatique d’un corps d’éphèbe. Puis, en vrai, j’aimerais bien faire ami ami avec les bizuts. Trainer avec des gens qui n’ont pas de Twitter, pas de blog, des ambitions terre à terre de Porsche et villa sur la plage. Jusqu’à ce que je les déteste, forcément. Après on verra, mais ça me réoxygènerais le cerveau dans une certaine mesure.

Enfin, si ça se trouve vous lisez ça je dors, ou alors je me lève, je mange mes Chocapics, j’angoisse sur le chemin de Neuilly, je découvre les nouvelles têtes, j’écoute le prof, je discute avec les noobs, je rentre chez moi, je m’effondre sur le lit, j’allume la Xbox. Là, j’écris et j’ai pas encore fait mes courses de fournitures scolaires (PS: je publie cette note j’ai toujours rien acheté). On est décalés vous et moi.

Demain, je vais hater comme un bâtard sur les premiers romans.

880 – Switch ON

Ayé, demain je rentre à Paris. DEJA. Même que ça me les brise un peu. J’aurais pas été contre rester une semaine de plus dans les champs de la Drôme ou un mois de plus d’ans l’epicness de Lyon. A croire que la rentrée à Paris a inventé la déception perpétuelle. Si au moins j’étais content de retrouver ma Playstation, mais non, j’ai envie de la passer par la fenêtre depuis l’affaire Mass Effect II. Je pourrai aussi utiliser ma dernière capsule Nespresso avant novembre, c’est le temps qu’il va falloir pour qu’on me paie mon retard de bourse et que j’arrête de vivre sur l’épargne familiale. Bon ça va je déconne je fais pas TANT la gueule que ça. En vrai j’ai juste les chocottes ultimes parce que je rends mon mémoire mercredi. Dans deux jours. Sur le bureau de ma prof. Physiquement par moi-même.

Mine de rien, sauf coup de pute, ce rendu devrait sonner l’arrivée d’une nouvelle ère en ce qui me concerne. Je vais déjà pouvoir remettre les pieds en cours après un an et demi livré à moi-même et à ma Xbox. Pour l’occasion je me demande si je vais pas m’acheter un nouveau eastpack (oui j’ai envie de faire toute ma scolarité avec un sac à dos. Même à 25 ans, et ce pour le lol. C’est aussi le début des grandes décisions, à commencer par « dans quelle genre de boîte j’ai envie d’aller faire un stage dans l’espoir de choper du CDD qui va bien ? » en bifurquant par « et si je plaquais tout et je me tirais à New York ». J’en reparlerai sûrement. Mais ça cogite, et il ne me reste plus que quelques jours pour glander, finir mes jeux vidéos à la bourre, écrire un peu mon side project, faire le tour des gens, tout ce que je vais galérer à faire une fois dans la reprise.

Parce que septembre c’est la planète qui se remet lentement à tourner. C’est les séries qui reviennes à la TV pile quand tu n’as plus de temps pour les regarder. C’est les jours qui diminuent, un peu comme mon temps de sommeil. C’est aussi des bonnes choses avec les éditeurs qui rentrent de vacances et justifient un coup de pression ou de nouveaux envois. Tout ça et plus encore c’est la promesse d’une nouvelle année. Si cette fois ça me frappe plus que d’habitude, c’est à la fois parce que pour moi ça faisait longtemps, et aussi parce qu’en septembre prochain, tout sera différent. Sauf le blog, à priori. Parce que je suis un grand psychopathe et que ça me manquait de modérer les commentaires et rédiger des articles depuis la salle info de l’école. Détournement des moyens de production !

Tain, je relis cet article et j’ai envie d’aller me coucher avec une fille. Mais de rien faire, parce que je me suis épuisé le cerveau, juste pour hiberner et grogner contre un truc qui est doux, chaud et qui sent bon. Je veux pas rentrer. Mais je veux. Sauf que je veux pas.

Le fu.

796 – Double Standard

Une dizaine de jours plus tôt, j’étais à une soirée Twitter, avec plein de gens dont quelques relicats de mon école. Dans le tas, une camarade de classe qui aura eu l’amabilité de me présenter à un autre mec : « C’est Matthias, il était dans ma promo avant ». Sur le moment j’ai immédiatement senti le couteau dentelé s’enrouler autour de mes tripes. « Etait », « Avant », « MA promo » : le champ lexical de la trahison, de l’obscur bannissement. Seule la colère d’être réduit « au type qui était là avant » m’a empêché de chuter dans l’abîme de solitude que s’était ouvert sous mes pieds. Puis elle a enchainé avec un autre sous-entendu passif agressif sur mon inaptitude à faire partie de la grande famille de l’école qui, sur le moment, m’a bien chatouillé l’envie de tester la densité de son visage en fonction de la vitesse de mon poing. Etant raisonnable, je suis parti prendre l’air à la place. Puis j’ai hurlé des insanités dans la rue.

La semaine dernière j’ai déjeuné au DoMac avec une camarade d’école, entrée un an après moi, et par conséquent future camarade de classe tout court. Ca m’a fait tout drôle de discuter avancement de mémoire avec quelqu’un qui possède les mêmes deadlines que moi. Elle en est à réfléchir à où faire son stage l’année proche, à ses chances de décrocher un CDD. En gros elle est dans mon rythme, à encore des mois de mes compatriotes qui sont en train de négocier leur entrée dans le monde du travail. J’ai demandé des news des gens de sa classe, les quelque uns que je connais un peu. C’était pas mal, cette espèce de bouffée scolaire, de teasing de l’année prochaine si jamais tout se passe comme prévu. Bien sûr la conversation était un peu étrange. Je ne suis plus vraiment de le type de la promo du dessus, mais pas encore camarade de classe de la promo du dessous.

Me voilà donc depuis presque un an le cul entre deux chaises, la trousse à crayons entre deux promos. C’est un peu bizarre de luter pour ne pas perdre contact avec l’une tout en essayant de prendre contact avec l’autre. Sans parler du fait que, techniquement, mes camarades de classe cette année c’était les gens de Twitter. Entre les ragottages de cul, les clans qui se forment, les pétasses populaires, les nerds, les psychos, je suis un peu retourné au lycée par la force des choses. En septembre pourtant ça sera le retour à la vraie vie, avec des vrais gens que je vais croiser physiquement toute la journée. Au moins c’est bien j’y ai déjà des amis, des ennemis et le concours d’entrée en Master II va y rajouter des nouvelles têtes. Aussi insupportables que soient les gens de manière générale, ça va me faire du bien. Ne serait-ce que pour ne plus avoir l’impression d’errer dans les limbes de la camaraderie.

Dans un an je vous casserai les couilles sur la difficulté de conserver ses potes post études et d’en faire de nouveaux dans le monde du travail bla bla bla. Oui je suis prévisible. Même si là, mon postérieur en équilibre sur deux rebords de chaises, j’en mène pas large.