542 – Watcha gonna do ?

La première fois que j’ai redoublé, c’était pour moi un déchirement, une forme élaborée de fin du monde. J’ai encore d’excellents souvenirs de ma première première. La seconde fut bien plus galère, piégé avec une classe qui n’avait pas vraiment envie de me connaître, loin de mes potes qui disparaitront les uns après les autres. Bien des années plus tard, me voilà à redoubler de nouveau. Etrangement, je commence à me demander si ce n’est pas ce qui pouvait m’arriver de mieux (ou de moins pire, question de point de vue). A vingt-trois ans et des cacahuètes, je me considère comme tout sauf prêt à plonger dans la vie active en CDI. Sans parler du fait que j’ai la douloureuse et persistante impression d’avoir passé les quatre derniers mois en apnée. Je me suis suffisamment plaint de ne pas avoir eu le dernier été que j’espérais avant les cinq semaines de congés annuels. Ce redoublement est le continue à mon game over, la partie gratuite.

Concrètement, je dois rendre mon mémoire. J’ai préféré conserver le même sujet, pour un tas de raisons qui deviendront évidentes au fur et à mesure que j’en reparlerai. Je garde la même prof comme rapporteuse universitaire, car contrairement à ce qu’elle semble penser, c’est la seule dont les réprimandes me font de l’effet. Je garde la même rapporteuse professionnelle, en partie parce qu’au détour d’une soirée chez un ami j’ai appris un tas de dossiers datant de l’époque du lycée (ah les vieux amis, quelle bande de traitres), mais surtout parce qu’elle la plus qualifiée pour m’aider à boucler ce truc. Je dois aussi trouver un nouveau stage, un que je kifferai et qui ne posera pas trop de questions concernant le trou d’un an sur mon CV lors de l’entretien. Je bosse sur une liste de mensonges excuses, si vous voulez participez n’hésitez pas à balancer vos idée. A part ces deux gros trucs, j’ai le champ libre, pas de cours, pas d’autres obligations.

Cette année sera donc l’occasion ou jamais de rencontrer de gens, de rebosser mes manuscrits, d’écrire un troisième roman ou de me remettre au sport (on peut rêver). J’ai vécu toute ma scolarité dans l’espoir qui semble parfois vain que d’ici la fin de mon Master, j’aurais réussi à signer quelque chose quelque part. Ainsi, pris dans les trente-cinq heures minimum de la vie active, je n’aurais pas à lutter en plus à frapper à la porte des éditeurs. Toujours ça de gagné sur mon temps libre, mon temps d’écriture, mon temps de séances de cinéma et mon temps de sexe ravageur sous la couette. Peut-être que ma prof a raison, que je vis aux pays des bizounours, décalqué du réel. Mais putain, ça va pas m’empêcher d’essayer, cette fois encore plus fort, de coincer mon pied dans une porte, d’insérer mon doigt dans un engrenage. Au moins j’aurais du temps pour mettre ce foutu blog à jour, bien qu’étrangement, on ne parlera peu, voire pas de mon éventuel prochain stage. J’aime le comique de répétition, mais pas à ce point.

Indépendamment de tout ça, je vais peut-être commencer par prendre des vacances, si possible loin. Avec mon portable sous le bras je peux continuer à écrire n’importe où. A n’avoir rien foutu pendant quatre mois, j’ai économisé assez de thune pour me tirer où je veux sur la planète, voire à plusieurs endroits. Si vous avez un matelas à Tokyo, un canapé à New-York ou un lit en Nouvelle-Zélande, n’hésitez pas à me faire signe. Sait-on jamais.

Me revoilà avec des plans, des ambitions, des buts à atteindre et le retour en partie de la volonté qui va avec. Tachons cette fois de ne pas tout flinguer et je vous paierai un Picard à la fin.

Car la victoire, comme la vengeance, est un plat qui se mange froid.

Horacio

528 – Back Again

Jeudi. Sa mère la pioute les Transports en Commun Lyonnais ! En me bloquant 150€ de caution pour ma carte Vélo’v de la semaine, ils m’ont foutu dans le rouge, pile le jour où je rentrais sur Paris, le jour où je devais tirer ma réservation. Heureusement Pollux, dit l’homme qui tombe à pic, m’a dépanné d’une avance de trente keuss. Ce problème réglé, restait la question de savoir comment rembarquer à moi seul ma Xbox, mes rollers, mes bouquins, fringues et affaires de toilettes d’un coup. A une demi-heure du départ du TGV, j’avais enfin gagné ma partie de Tetris à coup de jumps sur mes valises. Old School. Mais fuk, pensais-je, où avait bien pu passer mon billet ? Hum. Aurais-je oublié de récupérer le dit billet dans le sac de Pollux avant qu’il ne reparte pour l’autre bout de la ville ? Ironie fatale dans trois, deux, un…

Imaginez maintenant Pollux sur un Vélo’v, sautant des trottoirs à toute vitesse, pédalant de toutes ses forces en direction de la gare. Dézoom jusqu’à une vue satellite replongeant sur ma bagnole, où je vociférai dans le téléphone portable pour obtenir la position précise de mon meilleur ami et du précieux billet. Train au départ dans quinze minutes. J’aime à croire qu’avant d’être en nage sur le quai, Pollux a freiné son vélo dans un dérapage d’étincelles et de graviers. Surchargé, surstressé, j’ai finalement pris place dans le TGV, non sans un uber-hug à mon meilleur ami, ponctué d’un check autrement plus viril. La fin de deux mois de cocooning à Lyon. Le retour à la réalité prit la forme d’un wagon bondé et d’une voisine pour qui le concept du déodorant étant on ne peut plus étranger. Deux heures et dix euros de taxi plus tard, j’étais de retour à l’appart’, mon appart’.

Comme annoncé par mon frangin, de bref passage dans le coin, la salle de bain est inondée. Le robinet des chiottes qui goutte, une à la fois. Plic. Ploc. Rien à en tirer, impossible de faire quoi que ce soit à neuf heures du soir, sans lumière, sans matos, sans expertise. Mes valises étaient encore fermées à côté du lit que j’épongeais comme je pouvais la cata avec une serviette détrempée. Pour la première fois de ma vie je mettais une casserole sous la fuite, me condamnant à une nuit de bruits infâmes quoi vous empêchent de dormir. Ce jusqu’à réparation de la cata. Sans vider mes affaires, sans rien en fait, je me suis tiré. J’avais une copine à voir, une exposition à vernir dans le coca citron avec les copains. Même pas une heure que je suis rentré dans la capitale et me voilà déjà à courir. C’est pas si mal.

A mi-chemin, j’ai fait l’acquisition d’un superbe Big Mac pain complet que j’ai dévoré comme un type qui n’aurait pas mangé depuis des heures. Me léchant les doigts, je me suis demandé ce que cette soirée, ce que cette rentrée allait me réserver. Here we go again. Paris.

Demain, on parlera d’un bouquin que j’ai vraiment adoré.

520 – There’s No I In Team

Je crois en moi. Bon, ça n’étonnera absolument personne ici. Après tout, l’autre jour, où j’étais assis dans un bar avec une vieille copine. Elle m’a balancé à la gueule que des amis communs qui lisent mon blog le trouvent hyper prétentieux. Joie. Bastars ! Et bitch par commérage collatéral aussi ! Le truc c’est que dans mon boulot, à savoir la poursuite du papier imprimé, si on croit pas en soi, c’est foutu d’avance. Sans un minimum d’égo on se retrouve à s’étouffer en mangeant les lettres de refus, lavage d’estomac à l’hosto et thérapie psychiatrique à l’hosto du coin. Ou pire, un CDI chez Dunder Mifflin avec plein de perspectives d’avancement sur quarante ans. Kro bieng ! Tout ça pour dire que si vous me voyez me faire un clin d’œil quand je passe devant un miroir, c’est avant tout une question de survie.

520---Narcisse-Lettré

Bien sûr, de temps en temps je trébuche. Ca arrive. Que ce soit à cause d’un Deluxe trop froid une fois rentré à la maison ou de l’ultime lettre de refus de la part d’un robot stagiaire qui n’a pas lu mon bouquin. Dans ces moments là, je peux compter sur une espèce étrange d’individus qui m’entourent : ceux qui croient encore plus que moi que, heu… bah moi. Ils ne sont pas beaucoup, je vous rassure. Il y a celle qui au bout du monde est prête à vous mettre des coups de pied au cul pour avancer, la même qui m’a très largement aidé à rédiger les deux tiers de mes exposés scolaires de l’année. L’ex femme de ma vie continue à psychoter, persuadée qu’un jour je serai une sorte de superstar qui aura oublié jusqu’à son existence. Puis y’a mon Marabou/Pimp qui me promet putes et compte en suisse entre deux bouchées de brownie maison fait par sa douce chère et tendre.

J’en oublie, mais l’avantage avec ce genre d’étranges individus, c’est qu’ils sont capables de m’injecter de la force quand je suis à court. Ils font plus que me soutenir et s’intéresser, ils sont persuadés que je peux. Pas de chance, ce genre d’attention est à double tranchant. Si j’échoue, si je fais une connerie, si je m’enfonce dans une mauvaise phase, je ne fais pas que décevoir mon petit égo froissé, je les froisse eux aussi. J’ai l’étrange impression de leur devoir d’accomplir quelque chose, de réussir. J’ai besoin de valider ce qu’ils voient en moi et que parfois j’en arrive à oublier. J’ai surtout besoin de prouver qu’ils avaient raison, que le temps et l’énergie qu’ils passent à me booster n’étaient pas inutiles. Etre entourés de personnes qui font plus que leur boulot de pote, qui se rapprochent le plus de ce qui pourrait être qualifié d’amis, ça n’a pas de prix.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est qu’il y a des périodes comme ça, on l’on réalise pleinement l’influence positive de son entourage. Septembre, la rentrée, les résolutions, le démarchage d’un nouveau roman, la hargne. Back in business.
Demain ce serra un article métaphysique de qualité sur le bubblegum.