Vampire Diaries, c’est quand même prodigieusement n’importe quoi. C’est d’ailleurs pour ça que c’est bien. Par exemple, toute cette saison les mecs se bastonnaient autour d’une malédiction sensée permettre aux loups garous de se transformer à volonté. Jusqu’à ce que, quinze épisodes plus tard on nous explique qu’en fait la malédiction n’existe pas et que c’est complètement autre chose en fait. Ah. En vrai, c’est qu’en tant qu’outil scénaristique, la malédiction ne servait plus à rien. Trop risqué de la lever, trop chiant de continuer à lutter contre. Alors on la vire et on invente complètement autre chose. Et ouais, en fait y’a une malédiction mais tout le monde a menti et c’est pas ce qu’on croit ! Ah. La magie du scénario, on peut ressusciter des gens, changer des personnalités ou même réécrire l’histoire.
En langage geek on appelle ça un retcon, pour retroactive continuity.

Le saviez-tu ? Mais il existe des gens qui sont littéralement payés pour tout savoir sur un univers fictionnel. Ce sont des Continuity Editors, ils travaillent sur Star Wars, les comics Marvel, la série Doctor Who ou le jeu vidéo Warcraft. Leur boulot est d’archiver et maintenir tous les éléments de l’historique de l’œuvre, afin de pouvoir aiguiller les scénaristes lorsqu’ils ont des questions. Ils sont les gardiens de la continuité, ceux qui font que des années (parfois des décennies) de scénarios se tiennent, sont logiques. Parce que quand tu prends un personnage comme Batman, qui est présent dans environ 200 pages de nouvelles BD par mois, depuis soixante ans, il faut quelqu’un à plein temps pour arriver à maintenir de l’ordre dans tout ce bordel. Et parfois, quand la continuité ne tient plus debout, quand les incohérences se multiplient ou quand les auteurs sont face à un mur, il faut appuyer sur le bouton reset.
Il faut faire un retcon.
Un des premiers retcon en littérature est celui de la mort de Sherlock Holmes à la fin de The Final Problem. Qui sera annulée par Conan Doyle qui a cédé devant la popularité du personnage. D’où le classique « Hé non en fait vous avez pas vu mon corps, j’étais pas mort ! ». Confère Ben Laden. Sinon, prenez une règle que j’adorais dans Doctor Who : le Docteur n’a que 13 vies (et donc 13 acteurs possibles, puisqu’une vie égale un nouvel acteur). Problème quand on arrive au 11ème docteur. Alors les scénaristes nous font un petit sous-entendu comme quoi en fait non non, y’a autant de vies qu’on veut. Okay. Le plus sale étant quand on efface carrément plusieurs années de continuité. On revient à Peter-Parker qui accepte d’effacer son mariage avec Mary-Jane en échange de la vie de Tante May. Tout est arrivé, mais la réalité a changé et plus personne s’en rappelle. Bon d’accord.
A mi-chemin entre le mal nécessaire et le gadget du scénariste en panne d’inspiration, le retcon fait souvent frémir le fan. Parce qu’au fond, cela revient à dire qu’on lui a menti, qu’il s’est investi pour rien.
Et si vous aussi, vous voulez sentir le frisson du bouton reset, vous voulez retconner comme des boss, n’hésitez pas. Editez un de vos commentaires incendiaires sur un forum, supprimez quelques statuts facebook ou bien trafiquez votre CV en rajoutant des passions imaginaires comme le water polo. Ca y est, vous êtes un scénariste des comics d’hollywood.
Sur ce, je vais aller acheter de trucs d’occasion et les ranger en bordel chez moi pour faire comme si je les avais depuis des années.