951 – Unception

Dans mon rêve, l’agence Publicis était basée à côté du canal St Martin. Ne me demandez pas pourquoi. J’y allais pour un entretien de stage pour un poste de planneur stratégique. Une fois à l’intérieur de Publicis, je me retrouvais à errer dans un tunnel de métro sans lumière. Quelqu’un venait me murmurer dans le noir de ne pas faire de conneries, de ne pas jouer au chaud, si je voulais espérer m’en sortir. Une fois de retour dans la lumière, la personne dans le noir s’avérait être le planneur, un mec de 16 ans maximum avec un tee jaune, devenu d’un coup super sympa. A mi entretien, j’allais aux toilettes me laver les mains, poisseuses. C’est là que, par dessous la porte, un mec m’aspergeait l’entrejambe avec un pistolet à eau. Par dessous les trois millimètres entre la porte et le sol. Humilié, je sortais dans le couloir où le planneur m’insultait : petite merde, casse toi ! Une fois dans les escaliers je recevais un email que mon téléphone portable imprimait sur une feuille A4 (qui sortait par en haut, pré-pliée). Le planneur me faisait la liste par écrit de mes défauts, me disait que j’avais pas de couilles, que j’étais méprisable, que c’était pathétique de mettre un portrait sur mon CV alors que je suis obèse en vrai et que JAMAIS je ne trouverai le moindre travail.

Là je me suis réveillé. On était dimanche. Putain d’halloween.

Au départ, pour aujourd’hui, j’avais écrit une longue note sur le métier de planneur stratégique, sur ce que c’était, si ça pouvait être pour moi. Un super truc introspectif. Seulement semblerait que j’ai grandi et que j’ai cessé de publier des articles pouvant m’être (trop) préjudiciables. Heureusement j’ai fait un super rêve de taré psychopathe pour me filer du texte à bloguer (s’comme du grain à moudre, mais utile). Alors j’ai mis dans les cartons la note originale et je retombe sur mes pieds en conservant le même sujet, à savoir que je crois bien être complètement traumatisé à l’idée de finir mes études et d’aller taffer.

Enfin, pas sur le principe d’aller bosser, mais sur où aller, pour faire quoi ? C’est un peu ça de partir du principe qu’on a l’embarras du choix. Entre mon Cv qui va bien et le fait que je ne redoute du rien, j’ai décidé que j’allais postuler à CE QUE JE VEUX, parce que je peux. Problème, je sais de moins en moins ce que je veux. Entre ce que les profs nous lobotomisent, entre ce que me racontent mes amis, entre ce que je pensais savoir, je peine à m’y retrouver. C’est parce que l’échéance approche. Et qu’en bonne drama queen je réagis comme si le choix de mon stage de fin d’études allait conditionner l’intégralité du reste de ma vie professionnelle.

Là je fais genre je sais très bien ce qui se passe et je gère. Mais c’est par écrit, c’est sur un blog. En vrai, je fais réellement des cauchemars élaborés sur des entretiens de stage. Ca ne va pas DU TOUT. Nulle doute que mes déboires d’il y a deux ans pèsent encore lourd sur mon petit cerveau. Sur ce, je vais prendre des somnifères et je reviens.

911 – Happimp Birthday

Une dizaine de jours plus tôt, c’était le fêtage de l’anniversaire de pimp. Trois dizaines, ça se célèbre au restaurant, avec une très grande table et des filles bien habillées. Pour compenser le fait que j’étais en tee, j’ai mangé une salade pour faire plus adulte. Les gens ont bu (parfois trop) et discuté. Good times. Sur le chemin du retour, Pimp remarquait à voix haute que peu importe l’âge des invités en présence, chacun avait encore quelque ambition plus ou moins artistique. On a le chanteur qui va sortir un album, celui qui devrait en pondre un, le musicien qui cherche un groupe, la chef de projet qui veut tout plaquer pour un job avec plus de sens etc… Autour de la table on a échangé nos idées et envies à plus ou moins long terme. En vrai, dans nos petits cœurs, on y croyait un peu tous.

Souvent je demande aux gens ce qu’ils voulaient faire quand ils étaient mômes. C’est ces individus qui ne savent pas trop quoi te raconter sur eux. Tu essais de faire connaissance et ils se résument en quelques mots. Genre j’ai pas de passion, pas de tics, pas de truc qui me fait vibrer au fond. C’est encore plus pénible quand il s’agit d’une jolie fille à qui tu essaies de trouver une jolie personnalité. Alors je pose la question, à l’époque où tout n’était que rêves lointains, tu voulais faire quoi ? Ce qui m’étonne le plus, ce n’est pas tant la réponse que parfois l’absence de réponse. Pas que les gens aient oublié, juste, c’est si difficile pour eux d’aller déterrer ce bout d’ambition abandonnée, ce plaisir simple disparu. Ça en est désespérant. Il arrive même qu’il n’y ait plus rien à faire. Plus rien à en tirer.

Je me souviens de l’appartement d’une amie à Lyon. Elle avait encadrée une variation de cette phrase débile : Il est important d’avoir des rêves grands, pour ne pas les perdre de vue. Aussi cliché que ça puisse paraître, je restais bloqué en face, souvent, à réfléchir intensément à la question. Tout comme j’ai pu cogiter en lisant moult articles de blogs sur comment atteindre ses rêves (les découper en une suite de petits rêves pour permettre d’atteindre régulièrement des buts par exemple) ou qu’est-ce qui différencie ceux qui réussissent des autres (en gros, ils y croyaient plus que tout). En ce moment je suis en cours avec plein de gens que je ne connais pas. J’ignore tout de leurs rêves, leurs ambitions, s’ils en nourrissent des plus complexes que bosser dans le market et être très riche avec des responsabilités. Au moins, à l’anniversaire de Pimp, on en parlait tous librement, des aspirations et d’où on en était.

Bien sûr, ces moments là servent avant tout à se rassurer. Je dis que j’écris des bouquins et que je veux en sortir plein pas pour impressionner la personne en face avec mon CV artistique minable d’écrivaillon. Mais j’énonce à voix haute ce à quoi j’aspire. Je fais exister mes espoirs ailleurs que dans mon cerveau. Et en échange j’écoute ceux des autres.
Quand Pimp à pointé du doigt que l’assemblée entière avait des projets artistiques, il le disait sur un ton de fierté. Peu être de penser qu’à trente balais nous sommes encore des work in progress au lieu de simplement grimper un organigramme prédéterminé dans une boîte inhumaine. Ou simplement d’être entouré de personnes qui lui ressemblent, et qui le valident. Qui nous valident. Il, je, nous, ne sommes pas seul. A vingt-quatre ou trente piges, on rêve encore.

842 – Comic Review 03

Je suis parti acheter les deux premiers tomes du manga Bakuman à la Fnac sur les conseils de Twitter. C’est de la bombe, qu’on m’a affirmé. En même temps, avec aux commandes les deux auteurs du cultissime Death Note, j’y allais pas à l’aveugle non plus. Le sujet aussi est bandant, un manga sur les mangas, qui raconte l’histoire de deux camarades de classe au collège qui décident de se lancer dans la grande aventure de la bande dessinée. A eux les rêves de gloires et la possible publication dans le prestigieux hebdomadaire Jump ! Galvanisé, j’ai pris d’un seul coup les deux volumes disponibles (qui étaient de toute façon bien en évidence sur LEUR présentoir avec LEUR sticker « par les auteurs de Death Note »). Le problème après une petite aprem’ de lecture, c’est que le premier numéro est peut-être un des pires premiers numéros que j’aie jamais lu de toute ma vie. Genre j’ai failli le jeter par la fenêtre sauf qu’elle était fermée et que j’avais la flemme de l’ouvrir.

Le problème est scénaristique, avec une intrigue complètement artificielle qui avance péniblement sur la route de tous les clichés et poncifs possibles du manga. On a un héros timide bourré de talents mais qui n’ose pas à cause d’un vieux traumatisme et son nouveau copain exubérant et calculateur qui arrive à le motiver. Banco aussi pour la sub plot amoureuse : le héros craque pour une fille elle aussi ultra timide qui veut devenir doubleuse d’anime. D’où la vocation « Je vais écrire un manga tellement bon qu’on en fera un anime pour ma chérie d’amour ! » et l’enjeu minable « Si j’y arrive est-ce que tu m’épouseras ? », « Oui ! ». Holy shit. Bien sûr toutes les meufs sont bonnes et surchauffées mais les héros n’ont pas d’hormones. Jamais. Alors il restait les dessins du génialissime Obata qui gère comme personne et propose un trait élégant et détaillant, jamais vulgaire et toujours maîtrisé. Mais quelle tome un de merde mes aïeux.

Le lendemain j’ai attrapé le second volume, et les choses s’améliorent. Une fois les rails posés (certes sur des clichés pathétiques) l’histoire avance et les héros commencent à bosser sur leurs mangas. Le scénario devient éducatif, une véritable mine d’informations sur le vocabulaire, la technique et le matériel de création de BD au Japon. Très vite on découvre la rédaction du magazine Jump ! avec un jeune éditeur super sympa qui croit en nos héros et explique les coulisses du business. Bakuman devient dès lors passionnant, riche en informations même si toujours plombé par sa romance à deux balles et la perspective potentiellement maladroite d’un « méchant ». Mais ce qui me plait au fond, c’est le sous texte sur la culture japonaise, la pression de réussite des étudiants et la poursuite des rêves. On n’est plus dans un monde fantastique où dans des terrains balisés comme le sport. Les héros sont prêt à sacrifier leur avenir professionnel pour de l’art. Et quelque part, ça me parle.

Au fond Bakuman me ramène à l’époque où je faisais de la BD, les rares fois où j’ai trouvé un dessinateur de talent ET de confiance, nos engueulades et nos rêves à nous. Pour ça, c’est plutôt bien fait. Même si le premier tome est minable, même si la série traine quelques boulets dès le début, je suis rentré dedans, dans le second volume. Best seller au Japon, avec une adaptation en anime pour l’automne, Bakuman n’a pas trop de souci à se faire chez nous.

En tout cas je sais que je choperai le troisième tome.