- Bonjour, vous avez Je tue des géants ?
J’étais à Forbidden Planet, sur Broadway, et je me disais que c’était le moment où jamais d’acheter le recueil de la mini série I Kill Giants dont j’avais tant entendu parler. Le vendeur a trouvé le dernier exemplaire, couverture souple un peu cornée. Dépité, je me suis dit que ça serait con d’avoir attendu si longtemps de mettre la main dessus pour le prendre tout niqué. Je l’ai reposé sur le présentoir et je suis rentré en France. Faut dire que je suis fan du scénariste Joe Kelly depuis longtemps. Maintenant Joe est le roi du monde, boss du studio Man Of Action, créateurs de Ben 10. Avant ça Joe Kelly a écrit plein de titres super cools comme l’ultra culte et même mythique (à mes yeux) Steampunk avec Chris Bachalo chez Cliffhanger. Il est aussi l’auteur du meilleur comic de 2001 selon Wizard Magazine (un épisode effectivement extraordinaire de Superman), avis que je partage. Puis en 2008, il pond une mini-série indépendante chez Image avec un dessinateur hispano-japonais.

Barbara Thorson est une héroïne méconnue. En plus de poursuivre ses études au lycée, elle tue des géants. Pour ça, elle porte toujours avec un petit sac à main dans lequel se trouve caché un marteau gigantesque, seul capable de terrasser les géants qui hantent la planète en secret depuis des siècles. Mais on se demande si tout ça, ce ne serait pas un peu dans sa tête. Barabara manque cruellement de véritables amis et se fait chahuter à l’école par une bande de petits tyrans. Ses seules interactions sociales positives se limitent aux parties de Dongeons & Dragons dans l’arrière boutique d’un comic shop. Et quel terrible secret renferme sa maison, au point que le sujet ne soit jamais abordé avec ses frères et sœur ? Les limites en réalité et fantasmes n’ont jamais été aussi floues, Barbara lutte entre ceux qui lui veulent du mal et ceux qui veulent l’aider. Sans parler des géants qui risquent de réapparaître à tout moment.

Le comic original fut publié en sept numéros et déjà à l’époque enchaînait les critiques positives. Mais c’est la version reliée, beaucoup plus digeste, qui fut couronné de plusieurs prix au cours de l’année 2009. Le succès fut tel qu’Image prit la décision de sortir une édition « Titan », couverture cartonnée, format géant et des tonnes de matos bonus (scripts, croquis etc…). C’est celle là que j’ai finit par acquérir. Et putain ça valait le coup. Le dessin est proche du manga, en noir et blanc, presque mal dessiné tellement le trait est nerveux. Le style de Ken Niimura insuffle de l’énergie à des compositions de vie banale tandis que Joe Kelly joue sur la subtilité tout du long. Jusqu’à la fin je me demandais si les géants étaient réels, quel était le secret de Barbara (révélé à mi chemin). Lors de la lecture du dernier chapitre j’ai dû me retenir de verser une larme, avec toute la famille en train de prendre le café de l’autre côté du salon. Parce qu’en vrai, I Kill Giants, c’est doux amer.

Il m’aura fallu quelques jours pour digérer un peu le truc, mais sous les géants, les marteaux géants et les connasses du lycée, on a plein de thèmes qui remuent. Ca vous parle d’échappatoire, du monde du rêve, de la famille, de la mort et tous ces trucs qui vous remuent les tripes. Sauf qu’on est tellement pris dans cette histoire finalement toute simple qu’on se prend la totale dans les dents. J’ai lu quelque part que I Kill Giants est le genre de comic qu’on peut, qu’on veut passer à tous ces amis, qu’ils lisent des BD ou non. Je suis assez d’accord. Et je maudis l’éditeur français d’avoir osé traduire la série en deux tomes (pêché d’avarice) sans jamais sortir le second (pêché de fils de putage).
Si vous gérez assez l’anglais et que vous avez de quoi, je vous conseille fortement l’édition souple, qui fera carrément l’affaire niveau awesome dans vos yeux. Moi je vais aller prêter mon Titan.



