Sort Of Book Review 221

L’année dernière j’avais lu le roman Game Of Thrones en même temps que je regardais la série. L’idée étant qu’une saison durant 10 épisodes, j’essayais de toujours avoir un dixième du livre d’avance sur la diffusion TV. Et niveau expérience, c’était plutôt pas mal. Alors pour la seconde saison, j’ai investi dans le second tome de la saga, A Clash Of Kings, afin de me livrer au même exercice.

A l’inverse que cette fois-ci, cela ne se déroule pas du tout comme prévu.

Car autant la première saison du show TV était fidèle au livre, autant cette année les scénaristes ont décidé de se réapproprier (synonyme mélioratif de « prendre des libertés ») l’œuvre originale. Je m’en suis rendu compte lorsqu’un épisode se termine par la prise par surprise du personnage de Jon Snow dans les bois. Celui-ci finit assommé. Suspense de fin d’épisode. En retard dans ma lecture, je me suis dépêché de rattraper le passage en question. Sauf que dans le bouquin, Jon poursuit tranquillement sa route. Un rebondissement avait été ajouté en TV pour créer une coupure plus dramatique de fin d’épisode. Diantre. Je ne me doutais encore pas que ce point de détail n’était que la partie émergée de l’iceberg.

En effet, les scénaristes ont depuis rajouté des blocs entiers d’intrigue, avec des courses poursuite dans la neige, des kidnappings de dragons et autre séquences se déroulant dans des bordels. Rien de tout cela n’est dans le livre. Autant parfois les ajouts sont intéressants ou justifiés (il faut fusionner des personnages, raconter en une séquence ce qui se passe en trois chapitres etc…), autant on se retrouve avec des séquences ratées. Et là le lecteur d’hurler à la mort devant son écran. Puisque d’autres évènements du livre sont complètement passés sous silence, sans que la raison en soit toujours évidente. D’où des comparaisons chaque lendemain de diffusion sur les blogs des fans.

Alors que j’arrive au terme de ce second tome (et de cette seconde saison), je suis perplexe. Je n’arrive pas à savoir si j’apprécie plus ou moins la série en lisant le livre. D’un côté j’ai toujours la totalité des détails du roman, souvent très condensés dans le show. De l’autre je subis mon propre agacement lorsque je ne suis pas d’accord avec les déviations des scénaristes. Un problème que je n’aurais pas eu en m’épargnant le livre. Surtout que, dans l’absolu, j’aime que les auteurs de la série prennent des libertés. Ils ont su prouver leur talent dans quelques scènes supplémentaires, juste avant de me faire douter au détour d’un oubli fumeux.

Quoi qu’il arrive le roman reste hautement recommandable. C’est toujours aussi bien écrit, et les dialogues originaux sont savoureux de bonne répartie et autre trait d’esprit. Je pense continuer ma petite expérience l’année prochaine encore, en sachant que cette fois les producteurs de la série ont annoncé ne pas pouvoir ni vouloir adapter tout le troisième tome d’un coup.

Voilà qui promet d’être intéressant, pour qui s’amuse à comparer les deux.

1265 – Won’t Stop

Un roman publié en France vend en moyenne 500 exemplaires. Le jeu vidéo Syndicate, lancé par EA au printemps et ayant vendu 100 000 exemplaires et considéré comme un flop cataclysmique. Voilà pour la remise en perspective.

Je vous dis ça parce que ces derniers mois, plusieurs connaissances et amis me disent ne pas comprendre les gens qui écrivent et veulent vendre leurs livres. FibreTigre m’aura dit « j’écris un tweet, il est lu par plusieurs milliers de personnes », le boss de Madmoizelle m’aura dit « techniquement, ton article sur les capotes qu’on a repris chez nous sera plus lu que n’importe lequel des livres que tu publieras jamais ». Et le pire, c’est qu’ils ont raison.

Le mois dernier j’ai rencontré un auteur Gallimard. Il a publié plusieurs romans chez le plus grand éditeur de France (contextualisation). Il m’a confié toucher moins de 2000 euros en moyenne par livre. C’est-à-dire qu’il vend moins de 2000 exemplaires (arrondissement) de chacun de ses textes. Par comparaison à la moyenne des ventes de roman en France c’est très bien puisque c’est quatre fois plus. C’est toujours deux fois moins lu que chacun des tweets de Fibre Tigre. Sauf qu’entre les dix secondes de temps de rédaction d’un tweet et la (les ?) années de rédaction d’un livre, il existe un gouffre. On me dira que c’est moche de comparer des trucs qui n’ont rien à voir. Et pourtant.

Le fait est que le livre est l’objet culturel qui réussit le moins bien. Le cinéma, la musique, les bandes dessinées (si si) sont devant. Pour en vivre il faut idéalement être éditeur (et encore ça se discute) plutôt qu’auteur. D’où l’auteur Gallimard en question qui me confiant que « je fais pas ça pour l’argent, la gloire non plus hein, je suis pas édité en poche, mes livres sont introuvables, morts avant moi ».

Quand FibreTigre m’a demandé pourquoi j’écrivais du coup, j’ai bafouillé un peu avant de mettre le doigt sur la seule bonne réponse qu’on m’ait jamais donné à cette question : « parce qu’on aime bien, qu’on n’arrive pas à arrêter et qu’on se voit pas faire autre chose ». Je crois que c’est l’idée. Et puis l’écriture a l’avantage suprême sur la plupart des autres formes de racontage d’histoire qu’on a quasi besoin de rien pour bosser. Pas besoin d’instruments, de budget effets spéciaux, de réalisateur ou acteurs, on prend Word et basta. Et quand bien même on produit de la merde, on peut la mailer aux copains, la mettre sur Internet ou la publier tout seul sans avancer de fonds.

D’ailleurs les stats à ce sujet sont effrayantes, le nombre de manuscrits qui trainent dans les tiroirs des français est au-delà du million. Publier un roman, même de manière « normale » avec un vrai éditeur, est si peu coûteux (si si), que le marché est inondé, et la moyenne de 500 exemplaires vendus se comprend aisément.

Un épouvantail qui n’arrête définitivement pas grand monde. Puisqu’en vrai, la plupart des écrivains que j’ai pu rencontrer s’en foutaient pas mal de vendre des brouettes de bouquins. De toute façon, ils n’ont pas le choix, c’est pas comme s’ils pouvaient s’arrêter d’écrire.

C’est une histoire de malédiction je pense, un truc de sorcière au-dessus du berceau.

1254 – Book Review 217

Le 9 novembre 2001, des fondamentalistes chrétiens détournent quatre avions et en crashent dans les tours jumelles Tigre et Euphrate de Bagdad. Un troisième fonce dans le ministère Arabe de la défense tandis que le dernier est crashé par ses passagers avant d’atteindre la Mecque. Les Etats Arabes Unis déclarent la guerre à la terreur et envahissent l’Amérique. Dans les années qui suivent, une force spéciale anti-terroriste est montée. Mustafa, Samir et la fille de politique Amal sont sur la piste d’un fondamentaliste ayant prévu de mener un attentat suicide à Bagdad. L’équipe parvient en empêcher le désastre et interrogent le terroriste. Celui-ci leur parle d’un autre monde, où l’Amérique est une superpuissance et l’Irak un pays en ruine. Dans cette réalité alternative, ce sont des musulmans qui ont détruit deux tours à New York un 11 septembre. Cette légende est celle du Mirage, et Mustafa, Samir et Amal sont à présent chargés de découvrir la vérité.

WO PUTAIN SHUT UP AND TAKE MY MONEY !!!

Il est des pitchs qui donnent envie, de signer un bouquin, d’acheter un bouquin. Matt Ruff a eu la bonne idée de ce début d’année. Je le soupçonne ceci dit soit d’être autiste soit d’avoir une armée de nègres pour faire des recherches vu la quantité de travail fournie pour rendre le Mirage réel. Sa connaissance de l’histoire du monde Arabe, de la religion musulmane et ses rites est impressionnante. La réalité alternative est le gros point positif du livre et j’aurais presque pu lire encore des centaines de pages de worldbuilding, pour voir jusqu’où Ruff pousse sa logique. Entre chaque chapitre on trouve un extrait d’une page de l’encyclopédie participative en ligne Bibliothèque d’Alexandrie, qui nous éclairera sur l’histoire du sénateur Ossama Ben Laden ou du mafieux Saddam Hussein. Ils seront d’ailleurs des protagonistes importants du récit, qui finit par faire le tour du monde.

Car The Mirage reste avant tout un thriller politique, avec un tas de scènes d’actions, parfois trop. Mustafa et les autres héros sont régulièrement pris dans des fusillades ou des attentats, or la baston est l’élément le moins intéressant du livre. Heureusement tous les personnages sont détaillés, avec un passé qui fait que l’on s’attache vite, dès qu’on a fini de galérer avec tous les prénoms et noms arabes, peu familiers pour le lecteur occidental. Le mystère du Mirage est levé aux trois quarts du livre, dans un twist étrange, que l’on acceptera ou non. J’ai décidé de décréter que ouais, okay, ça m’allait. Ça ne m’aura pas empêché de trouver l’épilogue un peu court, laissant une ou deux questions en suspens. Mais je ne bouderais pas non plus mon plaisir, j’ai adoré The Mirage de bout en bout et l’ai lu à toute vitesse.

Le roman n’est pas mince, mais pour la première fois depuis un moment je me suis surpris à lire chez moi, hors transports en commun, parce que je voulais savoir la suite. Ca, plus que le reste, prouve que The Mirage a largement rempli son contrat me concernant.

Du bon boulot.

BUY STAGE !!!

Un peu moins de 20€ couverture cartonnée.