1255 – Silent Treatment

En seconde, j’ai acheté un petit calepin Clairefontaine et j’ai passé la nuit à noircir les premières pages avec des phrases courtes et simples : « Je ne parle plus », « Demande à E, elle sait pourquoi », « Oui », « Non » etc… Le lendemain, je suis allé en cours comme n’importe quel autre jour. Sauf que je n’ai rien dit. J’ai salué les gens de la tête, j’ai rejoint la salle de cours en silence, je n’ai pas participé. Quand on s’adressait directement à moi, je montrais une page du calepin, ou j’en griffonnais une autre, si j’avais besoin d’étendre mon panel de réponses. Tout c’était la faute de E, qui avait dit quelque chose pour me contrarier la veille, lors de notre coup de fil régulier du soir. Je n’ai plus la logique exacte en tête, ni le contexte, mais je voulais faire bouger les choses.

A cette époque, j’étais parqué dans la friend zone, mais avec vue sur la frontière. C’est-à-dire que je sentais qu’il suffisait juste du bon quelque chose au bon moment, et je pouvais avoir ce que je voulais. Si son ex n’était pas dans les parages, si je m’habillais un peu mieux, si elle passait outre ses réserves, si j’arrivais à faire bonne impression. Je n’étais pas à genoux comme j’avais pu l’être avant, avec d’autres. J’étais debout, et j’étais persuadé que je trouverais le truc qui me ferait la rattraper et l’attraper. Même sa petite sœur était dans mon camp, et bossait pour moi en douce, depuis la maison familiale. Alors de temps en temps, j’essayais quelque chose d’un peu plus compliqué, pour monter à la confrontation ou pour faire un grand geste. D’où le délire du calepin et du vœu de silence.

Là encore je n’ai plus la logique en tête, mais je crois que le but était de l’agacer un peu, vu qu’elle parlait parfois plusieurs heures avec moi. Je voulais aussi mettre le reste des gens à contribution, en les incluant dans mon délire. Malheureusement, la vie n’est pas une comédie Bollywoodienne où tout le monde joue le jeu et danse avec vous pour conquérir la belle un peu trop farouche. On ne m’a pas vraiment aidé. Et j’ai fini par céder avant elle (qui devait céder quoi, aucune idée). J’ai fini par rouvrir ma grande bouche et j’ai rangé le calepin dans le tiroir de mon bureau Lyonnais. Il y est encore. Je le sais parce que des fois je retombe dessus. Ca me rappelle les fois où je faisais un peu n’importe quoi pour les beaux yeux d’une fille. Des fois je me dis que je n’ose plus assez.

L’épilogue de cette histoire, c’est que j’ai recroisé la fille en question lors de vacances à Lyon. Il n’y a pas trop longtemps. Elle m’a dit, le temps d’un trajet de métro, que si elle avait su que je ne finirais pas si mal, elle serait sortie avec moi en seconde. J’ai ri, satisfait que l’univers me donne raison, même un peu tard, et j’ai repris le cours de mon existence, qui ouais, sans elle, s’en était pas si mal sortie.

1012 – Cine Club 109

Cette semaine j’ai regardé un des plus gros flop de l’année : Flipped. Le truc a couté 14 millions pour en rapporter au final même pas 2. Autant dire que vous ne le verrez jamais sortir chez nous, et surement jamais tout court. Ce qui est un peu dommage, vu que c’était plutôt pas mal. Oh et c’est fait par Rob Reiner, le mec derrière la caméra de Princess Bride, Misery ou encore Quand Harry rencontre Sally.

A l’origine un petit roman best seller pour enfant, Flipped raconte l’histoire de Jamie et Bryce, deux enfants voisins dans les années 50 aux Etats-Unis. Dès le départ Jamie tombe amoureuse des yeux de Bryce et le garçon trouve la fille aussi gluante que pénible. Seulement au fil du temps Bryce en arrive à se demander si Jamie est pas plus profonde et intéressante qu’il ne s’imagine au moment même où elle remet en question son adoration inconditionnelle pour le garçon. L’intérêt étant qu’au-delà de l’aspect comédie romantique en culottes courtes, Flipped parle surtout de principes et de ce qui fait que l’on devienne ou pas une personne correcte.

Mais ce qui m’a surtout plu dans Flipped c’est sa structure narrative : on dirait un livre. Le film alterne les points de vue et la voix off donnant deux perspectives à chaque petite scénette, une de Jamie et l’autre de Bryce. Chaque évènement est vu sous deux angles, avec deux narrations différentes, avant de passer au « chapitre » suivant. Ces évènements durent entre 5 et 10min, pourraient presque être chapitrés et dotés d’un titre. J’ai apprécié ce côté bien structuré, qui accélère le film en le rendant digeste.

Une des raisons du flop de Flipped (flipflop ! pardon…) tient à l’aspect visuel. L’histoire se déroulant il y a cinquante ans, l’image est volontairement un peu jaune, les costumes et décors sont bien kitchs (mention spéciale aux feuilles en plastique de l’arbre géant, qui ne survivent pas à la haute définition) et peuvent dérouter, surtout dans un film pour enfant. Ceci étant dit les acteurs, principalement des inconnus ou habitués aux seconds rôles sont top. La gamine est tour à tour flippante et mignonne tout comme le garçon possède une coupe de cheveux épique des années 50.

Je n’ai pas eu besoin d’avoir douze ans pour apprécier Flipped, regretter qu’il ne sorte pas chez nous et envisager de vous le conseiller. Dans le genre mignon, pour tout le monde et assez bien fichu. En cette fin de vacances, pour un soir en solitaire avec mon Pepsi Max, ça l’effectuait.

TRAILER STAGE !!!

611 – Cine Club 78

Par deux fois j’ai perdu une (petite) amie devant un film. Comme de par hasards, deux très bons films. On verra le premier à l’occasion, aujourd’hui on parle du second. Enfin, second, c’est le premier long-métrage de Rémi Bezançon, qui a ensuite réalisé l’extraordinaire Premier Jour Du Reste De Ta Vie, son second film. Ca va, vous suivez ? Ma vie en l’air donc, petite vanne pour un grand film de 2005. La comédie romantique semble faire parti de ces genres maudits en France, de ceux qu’on est pas capable de faire aussi bien que les ricains. Beaucoup s’y sont cassés les dents. Mais pas Bezançon, parce qu’il sait tenir une caméra, parce qu’il a un grand sens du script et peut compter sur des acteurs qui en se donnent plus que d’habitude. Avant « l’incident » j’avais vu et revu Ma vie en l’air, film parfait pour s’offrir la surprise d’un bon moment.

La mère de Yann est morte en le mettant au monde dans un avion. La compagnie aura offert à l’enfant un ticket gratuit, à vie. Mais Yann n’en aura jamais profité, traumatisé depuis la naissance et phobique de l’avion. Alors que la femme de sa vie doit partir plusieurs mois à l’étranger, le maintenant vingtenaire est incapable d’aller la rejoindre, mettant un terme à leur relation. Quelques années plus tard, Yann vit avec Ludo, son aussi pénible qu’attachant meilleur ami. Les deux hommes s’étaient juré de ne plus flirter avec les voisines. C’était avant l’emménagement d’Alice, qui ne semble pas non plus indifférente aux charmes de Yann. Le happy end serait trop simple, le passé ressurgit et Yann va devoir choisir et surtout se poser la question. Peut-il laisser sa phobie faire ses choix à sa place et le faire passer à côté de sa vie.

Bon, en fait, ce qui tue dans Ma vie en l’air, c’est la structure. L’histoire ne cesse de faire des bonds dans le temps, insère des flashbacks plus ou moins utiles et se permet quelques petits délires de réalisation. Le film devient ultra efficace et cloue au fauteuil tout en laissant l’ennui au loin. Dans un second temps les dialogues font leur petit effet. J’ose affirmer qu’on y trouve quelques pépites (l’économiseur de mots, les amis d’enfance) qui restent en tête. Niveau casting c’est une des rares fois où j’ai trouvé Marion Cotillard et Gilles Lelouche supportables, ce qui à mon niveau est un bel exploit. Elbaz trouve ici un de ses meilleurs rôles alors que tous les seconds couteaux ont l’opportunité de briller (rhaaa, les autres filles !). Reste à saluer la musique, composée par Sinclair comme sur le Premier jour du reste de ta vie. Super boulot, thèmes qui reviennent et score original. Tous les ingrédients pour un film qui vous reste en tête.

Ma vie est l’air est le Divx DVD que je ressortais à la moindre occasion, pour montrer aux potes comme pour passer une bonne soirée dans les bras d’une fille qui sent bon. Depuis « l’incident » j’ai regardé des bouts, mais jamais plus en entier. Ca reviendra. D’ici là, faites moi plaisir en vous faisant plaisir. C’est de la bombe et il fait froid dehors. Aucune excuse.
Oh. Et, heu… Si votre ex appelle pendant le film, décrochez pas. Okay ?

Demain, vous saurez ce qui m’a poussé à me relever à cinq heure du mat’.

TRAILER STAGE !!!