674 – Reviewtopsy 02

Dimanche dernier je suis allé voir Gainsbourg, Vie Héroïque. Et sur le fond j’avais pas vraiment envie. Faut savoir que j’ai une image très mauvaise de Joann Sfar, le réalisateur. Ca date de l’époque où je naviguais dans le milieu de la BD, où il est une superstar. Le mec se faisait sucer chaque semaine dans Télérama, proposerait en sortant plusieurs albums par an grâce à son style « mochexprès ». Puis, grosse tête, Sfar pète des câbles en public et raconte n’importe quoi. En bon étudiant des Beaux-arts, il conchie prodigieusement la BD de genre, la fantasy, les dessins ciselé et le réalisme graphique. Parce que bien dessiner, c’est sale, c’est pas de l’Art. Go fuck yourself. Anyway. Entre ça et autres rumeurs et indiscrétions tombées dans mon oreille, le Sfar, je l’aime pas trop. Mais les bobos kiffent, les bobos l’adoubent réalisateur alors qu’il n’a jamais tenu une caméra, les bobos l’autorisent à faire un film branlette archi-commercial sur un héros de mon enfance. Fais chier.

Parce que Gainsbourg, c’était un peu la bande originale collatérale de quand j’étais môme, les disques qui passent le plus souvent à la radio. Je me rappelle le lieu et l’endroit où j’ai compris Lemon Incest. Alors je suis allé voir le film. Qui n’en est fait pas un film sur Gainsbourg mais un film pour, par et sur Joann Sfar. Tout ça commence dès l’affiche « Un conte de Joann Sfar ». Parce que Sfar ne fait pas du cinéma, le cinéma c’est un peu comme la BD de fantasy, c’est sale. Il fait un conte. Générique de début, un dessin animé avec… le style de Sfar. D’ailleurs, Gainsbourg, il dessine tout le temps dans le film. A chaque gros plan sur ses œuvres on reconnait… le style de Sfar. Come on ! De toute façon c’était foutu du départ, on pouvait pas échapper à Sfar. Mais ça, la bande annonce vous le dit pas. Ce qui aurait été couillu si ça n’était pas pour ne pas faire flipper le public. Mais tout le long du film Gainsbourg est suivi par son double, une caricature qui a les traits du style de…

Alors du fantastique, okay, pourquoi pas. Gainsbourg peut éventuellement s’y prêter. En plus le double géant biscornu est animé par l’immense Doug « Gollum » Jones (peut être le nom le plus bandant de l’affiche). Sauf que ça n’apporte pas grand-chose (euphémisme de “rien”), à part un petit décalage stylistique. Tout comme le passage où Eric Elmosnino est affublé d’une vraie tête de chou en plastique moche. Puis dans le second tiers du film le fantastique disparaît, le biopic plus conventionnel s’impose, et là, j’étais bien. Loin de l’esbroufe et des feintes, juste dans la vie d’un mec qui n’a pas besoin qu’on en rajoute pour être intéressante et sexy. De toute façon même dans le sobre le film ne sait pas quoi raconter, n’est pas construit autour d’une idée ou dans une optique de tout cohérent. A la fin la marionnette revient, et j’ai poussé un début de soupir. En ne choisissant pas d’aller au bout du délire (en le rendant vraiment utile narrativement ou thématiquement et pas juste plastique) ou de laisser tomber carrément l’idée, Sfar pose le cul de son film entre deux chaises.

Mais bon, c’est pas comme si c’était bien filmé non plus. Les trois quarts des plans sont sans aucun intérêt, purement utilitaires. A un moment la caméra saute pour suivre une action, c’est moche. A un autre moment une pièce est trop petite et la caméra doit couper une partie d’un personnage, c’est moche. A encore un autre moment Gainsbourg et Bardot sont dans un studio où les fenêtres en fond vert sont remplies par une photo floue et chromatiquement en décalage avec le reste de Paris, c’est moche. Et encore, quand Bardot arrive, on filme au ralenti ses pieds, son chien et on balance plein tube un de ses hits pour encore plus de subtilité, c’est moche. En fait tout le film est cinématographiquement dégueulasse, de quoi motiver n’importe quel étudiant réalisateur à la défenestration. En fait, le seul truc qui ne soit pas trop mal filmé, c’est les femmes. Parfois on se demande si tout ceci n’est pas un grand subterfuge de la part de Sfar pour filmer des filles à poil (et tenter de les sauter, true story, je peux pas en dire plus).

Heureusement, il reste les acteurs (à l’exception du môme, mais c’est pas sa faute, j’en reparlerai lundi). Elmosnino porte le film sur ses épaules de bout en bout et est aidé par le maquillage qui fait un sans faute dans le vieillissement de l’acteur. Casta assure mais pas autant que la regrettée Lucy Gordon en Jane Birkin, véritable rayon de soleil qui illumine le troisième tiers du film. Puis la musique est toujours là, supporte assez bien les petits arrangements que le compositeur lui fait parfois subir. Parce que malgré la mouline du style de branleur et des égos, Gainsbourg est assez fort pour réémerger, figure fascinante de l’artiste à la fois génial et maudit. Alors j’ai pris ce que j’avais à prendre dans cette accumulation de scénettes sans queue ni tête, les anecdotes, le jeu des acteurs, les belles femmes et la musique. Tout ça jusqu’au générique final, qui débute par une citation de Sfar, qui justifie son parti pris. Oui, à l’intérieur de l’œuvre, pas en interview, pas en making-of, pas hors de son film. Dedans.

Gainsbourg, Vie Héroïque, commence par Sfar, termine par Sfar et est plein de vrais morceaux de Sfar dedans tout du long. Et en définitif, c’est tout le reste que j’ai aimé. Si seulement c’était juste parce que je ne peux pas blairer le mec. Mais non. Si j’ai posé le personnage, remonté le temps et expliquer qui il est et comment il est arrivé là, c’est parce le plus gros problème de ce film, c’est son auteur. C’est juste. Fallait pas. Quelle tâche.

BONUS JOKE !!!

J’ai failli oublier. Mais à un moment, y’a Sara Forestier qui joue France Gall, c’est moche.

COME ON STAGE !!!

Ah sinon, fait assez rare pour être signalé, mais Thomas Clément est d’accord avec moi. Après, il reste une starfuckeuse, on le changera pas:

En revanche je suis complètement tombé sous le charme de Lucy Gordon. C’est con, je pourrais jamais la tomcaster… J’aurais adoré..

Techniquement quand quelqu’un de cool meurt, je suis triste parce qu’elle est morte (empathie), ou alors parce que je pourrais plus la voir (égoïsme). Mais plus pouvoir l’interviewer… come on dude…

156 – Everyone’s A Critic #5

Attention à tout l’équipage du Best Place. Afin de négocier cette note le commandant va devoir déployer le mode hyperspoiler. A ce niveau de spoil l’invisiotext est inutile. Initions des moteurs hyperspoilers dans trois, deux, un…
Hell est une pétasse du seizième. Sa vie se résume aux boites, au cul et la coke. A force de rien branler fatalement elle aime rien. Enfin ça c’était avant de rencontrer Andréa, son équivalent masculins. Trop cons pour exprimer leurs sentiments, ils se perdent de vue avant de changer d’avis. Sauf que là c’est trop tard vu qu’Andréa s’est fait emboutir en grillant un feu rouge. Désespérée Hell va se faire enculer par le premier connard venu.
Voilà voilà… C’était la version short de Hell.

Hell c’est le premier bouquin de Lolita Pille, la cutie girl qui fait bander le monde de l’édition hexagonal. Enfin c’était jusqu’il y a quelques semaines, quand la critique à descendu en flamme son troisième roman, un trip d’anticipation. Moi je voulais juste checker un premier roman ayant cartonné, pour voir de quoi c’est fait. Ce qui m’a fait sourire au fil des petites cent cinquante pages de Hell, c’est le multitude d’expression que j’ai moi-même utilisées plus tard. Ce qui m’a moins fait sourire c’est le niveau de vocabulaire, à des années lumières de mon dico du pauvre. Pille masterize les mots qui comptent triple. Sauf que ça dessert le propos, mais j’y reviendrais. Avant je me dois de mentionner l’existence de Hell, le film. Filmé avec une caméra vidéo pourrie et starant Sara Forestier (qui est la raison pourquoi je me trimballe toujours avec un desert eagle chargé d’une balle avec son nom dessus) en combo avec un mannequin Calvin Klein. Le côté positif c’est que le casting a le mérite de coller aux persos. Le côté négatif c’est que le film a été unanimement vomi, par la critique et les spectateurs. Dommage qu’avec un titre pareil c’est impossible de trouver un rip sur les réseaux tipiaks pour se faire un avis (c’est fou le nombre de films avec Hell dans le titre).

Sur le fond j’ai un tout léger soucis avec le propos, mais c’est ma faute. Je m’explique. Tout le long du bouquin Hell (ou Pille, vu que c’est admis que c’est lourdement autobio) interpelle le lecteur en lui disant qu’il est une merde et qu’il crèverait d’être à sa place. L’idée c’est de ressortir le concept du « Omagad on envie les riches mais en fait sont tristes comme nous ! ». Pas de bol mais être rentier et rien branler de la journée c’est un rêve de prolo. Ce qui coince, c’est que la vie de Hell, je l’envie pas du tout. Le perso me fait pitié du début à la fin, toutes ses emmerdes sont sa faute et j’ai du mal à pleurer quand elle est en bad de se faire avorter. Même tarif pour la sodomie finale, pour « se salir ». J’ai une copine qui réagit comme ça en vrai, bah je la méprise (toujours à l’heure actuelle). Bref Hell est une grosse conne qui pourrait crever dans le caniveau que j’en aurais rien à foutre vu que tout est de sa faute. Ouiii, mais enfin Benny, s’pas sa faute à la gamine. Tout ça c’est la société et les parents de merde ! Oui mais non. Le roman est narrationné à la première personne et là Hell est ultra cultivée et possède des raisonnements construits et matures. Avec son intellect je maintiens que c’est son problème si elle se fout en l’air.

Car Pille ne s’est pas foutue en l’air. Pille a écrit un putain de bouquin sur la jeunesse dorée (ouais fallait que je la place cette expression à la con). Dans un souci de dramaturgie elle met en échec son alter égo littéraire tout en lui conférant sa sagesse. J’appelle ça se prendre les pieds dans sa logique. Hell aurait été un tout petit peu plus conne, j’aurais marché à fond. Au-delà de ça, y’a quand même pas mal de trucs à sauver. Les descriptions de la night du début des années 2000 sont funky (bwah ah ah la moitié du bouquin se passe dans une boîte dans laquelle j’ai squatté pour une soirée Celsa). Ce qui m’a surtout plu c’est que sous le vernis du beau vocabulaire et l’intrigue timbre-poste-sized, y’a de belles phrases sur le mal être adolescent, la vie, la mort et le cul. J’en ressors persuadé que Pille est loin d’être conne et je me dis que pour 4€50 j’aurais pu lire nettement pire.

Holy shit ! Mais ces critiques prennent de plus en plus de place ! Alors que c’est pourtant les notes qui déclenchent le moins les passions ! Que je suis contradictoire, bwah ah ah !

Demain ça fera deux jours que je serais rentré sur Paris, l’occasion de faire un petit point personnel sur ma relation avec la capitale.

BONUS STAGE !!!

Plutôt que de mettre la bande annonce d’un mauvais film que vous verrez jamais, je préfère balancer un peu de zique qui va bien.