
Si votre Kindle tombe mystérieusement en panne (shit happens), la seule solution est de contacter le service client Amazon aux Etats-Unis, par téléphone uniquement. Autant dire que si vous ne parlez pas un mot d’anglais, vous êtes mal barrés. Heureusement c’est une vraie américaine avec un accent compréhensible qui m’a répondu. Quand je lui ai raconté le décès prématuré de mon Kindle, elle m’a répondu qu’elle était « so sorry to hear that » avec tellement de professionnalisme que j’ai eu envie de la rassurer pour lui que c’était pas si grave, que ça allait aller. Dix minutes de hors forfait à l’autre bout du monde plus tard et on m’en renvoyait un. Trois jours d’UPS plus tard et je l’avais entre mes mains.
Entre temps, un nouveau modèle de Kindle est sorti.
Enfin, pas vraiment un nouveau modèle, plutôt une nouvelle offre. Le « Kindle with special offers » est physiquement le même que le troisième génération wifi que je possède. Il coûte simplement 25$ de moins. En échange de la réduction, l’usager verra apparaître sur l’écran de veille et le menu de l’appareil des publicités statiques ou des coupons de réduction. Si jamais vous avez un Kindle et que vous vous êtes toujours demandé pourquoi le logiciel interne vous empêche de mettre vos propres fonds d’écrans, maintenant vous savez. Du point de vue d’Amazon c’est très cohérent. Eux se contrefoutent royallement de vous vendre un Kindle. Tant que vous achetez leurs livres. Cette sponsorisation vers la publicité n’est qu’un premier pas vers un eReader « gratuit ». S’ils pouvaient ils vous le donneraient. Tant que vous achetez leurs livres.
La vraie question est de savoir qui est prêt à accepter des mois de pub pour économiser vingt euros.
Parce qu’à bien y réfléchir, publicité et littérature ne sont pas super potes. Les comics sont criblés de publicités, les DVD balancent des bandes annonces que l’on ne peut pas passer, mais les livres restent à peu près propres. Ce qui nous ramène au capital symbolique très fort de la littérature, à laquelle « on ne doit pas » toucher. Avoir son Kindle qui affiche une publicité au repos, c’est comme si toutes les couvertures de tous les livres que vous allez acheter étaient recouverts d’une jaquette publicitaire inamovible. La perspective d’avoir chaque soir une publicité sur sa table de chevet me fout un peu les jetons. Mais je vous dis ça, je suis un mec qui paie Spotify pour ne pas avoir de pub, donc clairement je ne suis pas la cible.
Les dents grincent vis-à-vis de ce nouveau Kindle sur les internets. Ca se comprend. Mais ils vont en vendre. Après tout, 25$ c’est presque trois ebooks…
Toute la question est de savoir combien ils vont en vendre, si ce qui me/nous choque à présent va s’intégrer, si le marketing va pouvoir du coup cibler les amateurs de littérature (quasi impossible à l’heure actuelle, sauf pour leur vendre des livres). Dans le pire des cas, s’ils en vendent des brouettes, ce sera ça de terrain gagné par la pub, mais aussi ça de terrain gagné par le livre numérique.
Win win ?


