L’autre soir je repensais au Seigneur des anneaux, les films mais aussi les bouquins. Je décortiquais mentalement la structure du truc, par exercice intellectuel. Puis ça m’a frappé que malgré toute la géopolitique de l’univers, les détails des races, la minutie des détails, au final c’est juste l’histoire d’un anneau que tout le monde veut. Pendant trois bouquins et une prequel. Y’a un anneau, il est super fort, c’est comme ça, c’est acquis et tout le monde le veut. Basta. Enfin, avec plein de viande autour de beaucoup de travail of course. Ce qui m’a ramené à Indiana Jones et la dernière croisade. Vous savez l’histoire d’un professeur en archéologie, son père et plein de nazis qui veulent tous le Saint Graal. Oui, je mets Indiana Jones et Lord Of The Rings sur un pied d’égalité. D’une parce que Harrison Ford, de deux parce que ce sont deux œuvres qui ont une structure basée sur un MacGuffin.
Le terme n’est pas de moi, mais de ce bon vieux Alfred Hitchcock, qui est un type sympa. Par exemple il théorisait en 1939 sur le MacGuffin (terme qu’il aurait inventé avec ses équipes). Il s’agit d’un truc de narration. Un MacGuffin est un objet ou un but commun à tous les protagonistes qui permet de faire avancer le récit. La définition peut être élargie si vous êtes moins puristes, mais dans l’idée c’est ça. Exemple TV : dans Alias tout le monde court après la machine de Rambaldi. Sincèrement personne ne sait à quoi elle ressemble ni à quoi elle sert vraiment. Même une fois la série bouclée, plein de spectateurs n’avaient rien compris. Mais c’est pas grave, le MacGuffin est là, tout le monde avance dans la même direction et plein de conflits sont créés. Magique. Autres exemples connus : la malette dans Pulp Fiction, Rosebud dans Citizen Kane ou bien simplement la Triforce dans tous les Zeldas.
Si je vous raconte ça, c’est à la fois pour votre culture perso et aussi parce que j’aime les MacGuffins. Dans un sens c’est un peu l’arme ultime du scénariste en panique. Tu prends un tas de personnages, tu leurs donnes un truc pour lequel se battre et le reste s’écrit quasiment tout seul. Au point qu’il est possible de s’amuser avec le concept. Prenez Mission Impossible III. Tout le long Tom et ses potes cherchent La patte de lapin. Ce filou de scénariste/réalisateur qu’est JJ Abrahms ne dévoilera jamais ce qu’est cette fameuse patte de lapin. Parce qu’au final on s’en contrefout. Si le reste est assez construit et crédible, le MacGuffin n’a aucun intérêt. Il est interchangeable. A la manière d’un twist, le MacGuffin est structurant, on peut construire tout le reste autour. On peut avoir un microfilm perdu, un crâne en cristal ou le secret d’un tour de magie, le MacGuffin transcende les genres et devient une figure de style.
J’avais essayé un peu de jouer avec des MacGuffins quand je faisais de la BD. Que ce soit une météorite à atteindre, ou retrouver le cadavre d’une déesse, c’est une notion qui me plait. Le concept exerce une certaine fascination pour moi et je supporte pas mal de films de merde pour savoir qui va le récupérer et comment. Faudrait que je tente quelque chose en prose autour de ça.
Until next time.
FUN FACT STAGE !!!
Un super bon MacGuffin, c’est Mary, dans Mary à tout prix. Dans le genre centre de l’intrigue, objet de convoitise commun à tous les protagonistes, elle se pose là. Car oui, un MacGuffin, des fois, c’est une bonnasse.
Il était virtuellement impossible de rater d’adaptation ciné de la première saison d’Avatar : Le Dernier Maître de L’air. J’ai regardé cette première saison à deux reprises en un mois. Une fois pour moi, une seconde pour partager avec une amie qui a adoré. Le dessin animé est peut-être ce que j’ai vu de meilleur depuis dix ans dans l’animation occidentale. Cela fait que le matériau de base est exceptionnel. Un putain de singe aurait réussi à couper-coller les passages importants ou marquants des sept heures que dure le livre un pour en faire un film de deux heures. N’importe quel fan de six ans de la série aurait réussi un best of digne de ce nom. Le matos est bon à ce point. Pourtant. Je suis ressorti de The Last Airbender, le film, avec la rage. J’ai littéralement pas desserré les dents pendant dix minutes, je tremblais sur mon fauteuil pendant le générique de fin, les oncles plantés dans les accoudoirs. Je jure que sur chemin, malgré tout ce que je savais des critiques US, devant les affiches du film dans la rue, je me disais, c’est pas possible, ça va être cool, c’est obligé que ce soit un minimum cool. Du meilleur dessin animé de ces dix dernières années, le réalisateur/scénariste M. Night Shyamalan a réussi à faire le pire film de l’été.
La première erreur du film, la plus grossière, c’est d’inverser complètement la personnalité du héros, Aang, l’Avatar. Dans le dessin animé, le poids des responsabilités et de la culpabilité pèse sur le garçon de 12 ans. Parce qu’il a fui et disparu pendant cent ans, le monde est plongé dans la guerre et le chaos. Dans l’anime, Aang compense en étant particulièrement insouciant, en s’amusant à la première occasion parce qu’il a peur de se confronter à ses craintes. La série est donc mature mais sur un ton principalement fun, et drôle, et enfantin. Là, Shyamalan pense que l’Avatar doit être mature et dépressif pour faire adulte. Welcome Emo Aang qui ne parle quasiment pas de tout le film, dont le seul trait de personnalité c’est de bouder, faire la gueule, s’apitoyer. Non seulement on ne s’attache pas à lui, on ne ressent ni empathie ni affection, mais surtout on ne s’amuse pas de tout le film. Même tarif pour les personnages secondaires. Le grand frère Sokka, d’ordinaire mine à vannes et gags visuels est là complètement effacé et toujours sérieux. Appa, le fidèle bison volant, mascotte adorable de l’anime n’a littéralement aucun plan pour lui, pour s’exprimer, avoir de la personnalité, peupler l’univers. Il n’est qu’une voiture de luxe.
Le plus gros boulet du script reste l’enchaînement de scènes. A 1h43 générique compris, le film est beaucoup trop court. Tout va trop vite, à aucun moment l’on a le temps de souffler, de découvrir les personnages. Le spectateur est gavé d’informations à toute vitesse, comme les cinq minutes infâmes où la grand-mère de Sokka et Katara, les compagnons de Aang, explique le pitch du film à la caméra au lieu que cela vienne naturellement. Tout le film se passe entre les scènes. Chaque enchaînement maladroit de séquence donnant lieu à un petit résumé en voix off de ce qui s’est passé pendant qu’on ne filmait pas. Quand Sokka rencontre la princesse Yue, la voix off nous dit « Sokka et Yue se sont tout de suite plu ». Basta c’est réglé. Là où l’anime passait deux épisodes de flirt et de scènes un peu intimes, Shyamalan te dit « ils s’aiment du premier regard, accepte et soit ému ». Perdu. Aucune tension, aucun sentiment. Le final n’a aucun impact et paraîtra ridicule pour le néophyte alors que je me tordais de douleur dans mon fauteuil.
Le pire dans tout ça, c’est que le film perd de précieuses minutes à mettre en scène de la merde. Quand les méchants capturent Aang, ils lui font passer un test débile qui dure trois minutes pour prouver que c’est l’Avatar. Alors que c’est le PUTAIN DE DERNIER MAITRE DE L’AIR ! La nation du feu a exterminé le peuple de l’air depuis cent ans pour éviter le retour de l’avatar (qui se réincarne de nation en nation). Si y’a un putain de maitre de l’air encore en vie, c’est que c’est l’Avatar ! Trois minutes de perdues là où l’anime fait juste « No shit c’est un Airbender, c’est donc l’Avatar ! ». Même tarif pour toutes les scènes où le grand méchant de la première saison, l’Amiral Zhao prend conseil auprès du Seigneur du Feu. Dans l’anime le firelord reste une silhouette quasi muette pendant deux saisons, une menace, presque un monstre car mystérieux et tout puissant. Là on te montre d’office un mec avec dix kilos en trop parfaitement normal dans un palais complètement vide (alors qu’il suffisait de quelques tentures et d’un mur de feu pour recréer à l’identique le dessin animé, incompréhensible). Pas la peine de chercher la tension narrative, elle s’est barrée y’a un moment.
Pour en finir avec le script j’aimerais juste signaler que si jamais ils font un deux, ils sont dans la merde. Il manque deux personnages ultra importants de la première saison : Suki la guerrière de la Terre et Jet, le robin des bois orphelin. Ils sont indispensables au livre deux et Shyamalan prétend en interview que c’était plus simple de les introduire dans le second film. A un moment faut savoir si tu fais une trilogie ou pas ?! Un vague cliffhanger petit bras en dix secondes avant la fin, ça compte pas. Parce que vu le matos de la saison deux, je serais lui j’aurais économisé le max de temps possible en intégrant d’office ces personnages, ce qui aurait épaissi le casting et étoffé la quête de nos héros. A la place il décide d’adapter (péniblement) un des épisodes les plus stand alone de la première saison. Bien joué. A la trappe aussi l’Avatar Rokku, vie antérieure de Aang et guide spirituel tout le long de la série. Plutôt que de prendre le temps de l’introduire, le script le remplace par un dragon complètement random sorti de nulle part. Mention spéciale au viol de la mythologie puisque le film impose aux maitres du feu d’avoir du feu à porter de main pour le maitriser. Ca contredit complètement l’origine de leur pouvoir et ça n’est pas exploité dans le film. C’est du pseudo réalisme malvenu, gratuit et qui gâche du temps d’exposition (on t’explique) et massacre le tempo des combats (les secondes de choré perdues pour sortir la flamme des braseros avant de la projeter).
Reste pèle mêle à bitcher sur les acteurs (la moitié jouent de travers, Aang venant de la Robert Pattinson school of constipation et le fire lord étant campé par un comique du Daily Show, sans déconner), les effets spéciaux (je sais pas du tout où est passé le budget, entre les cavernes en carton pâte, le lémurien Momo flou de bout en bout en plus d’être ignoré et compagnie, j’ai pas vu la thune promise) et la musique. Oh oui, vous savez, la bande originale de la série, tous les thèmes musicaux, genre le générique d’introduction, les cuivres de la nation du feu, la musique des scènes tristes, tout ça part à la poubelle, remplacé par une bande son complètement interchangeable et sans âme. Pourquoi jeter ce qui existe, ce qui est connu des fans et déjà adapté à l’œuvre. Ca me dépasse, je n’arrive même pas à comprendre. Je suis resté jusqu’au bout du générique dans l’espoir d’entendre le main thème de la série. Perdu. Un dernier big up à la conversion 3D. Le film a été tourné en 2D et post bidouillé. A ce qu’on m’a confirmé, les plans sont mal détachés, les personnages détourés à la truelle et le film est tellement sombre qu’avec les lunettes qu’on ne pige plus rien.
Le pire dans tout ça, c’est que je le savais. La critique que je viens d’écrire n’est qu’une variation de toutes celles que j’ai pu lire dans la presse US. A l’époque je ne connaissais pas la série. Enfin, de loin. Et ce déferlement de colère, je me suis dit, putain le truc de départ doit être bon si les critiques sont si virulentes, si outrées. Alors que les créateurs du dessin animé refusent de parler du film en interview, j’ai franchi le pas, je voulais savoir ce que je ratais.
Je vous l’ai déjà dit au terme de la première saison, mais The Last Airbender est un bijou comme j’en ai rarement vu. J’ai eu le temps de finir les trois saisons, une sublime maitrise du scénario, ambitieux comme jamais auparavant dans l’animation américaine. J’ai ri, j’ai pleuré, je me suis ému et quand j’ai fini, je n’ai eu qu’une envie : tout recommencer avec quelqu’un d’autre, pour le faire partager.
Le film n’aura peut-être pas de suite, le succès n’est pas au rendez-vous et les critiques sont unanimement négatives. S’il y aura un deux, ce sera je l’espère sans Shyamalan, qui vient de prouver une fois de plus son incompétence totale à tous les niveaux. Incapable de comprendre ce qui fait le cœur et les qualités du matériau d’origine, écrire un script illisible et bancal et réaliser tout ça comme le premier des tâcherons.
Je suis dégoûté.
WORST STAGE !!!
Le meilleur pire moment du script, c’est lorsque les héros quittent le pôle nord au début et que Katara commente en voix Off : “Nous avons accompagné Aang dans son périple”. La scène d’après commence par Katara qui demande à Aang : “Au fait, tu t’appelles comment ?”, “Je m’appelle Aang !”. WTF ?! Sérieux quelqu’un à regardé le film avant de l’envoyer dans les cinémas ?
Il existe des tonnes de raisons qui font que je ne vous ai jamais parlé de Fight Club. Les deux premières sont évidentes. Ensuite il y a le fait que je peux pas vous parler du film. Il me faudrait un blog entier, une thèse pour formuler une interprétation cohérente, pour faire justice à ce modèle de minutie et précision. Une seule note, ce serait une insulte. Si je ne cause pas du livre non plus, c’est purement et simplement que je ne l’ai pas lu, par opposition à la quasi-totalité des autres romans de Chuk Palahniuk. Je réalise que c’est paradoxal vis-à-vis de mon fanboyisme. Le problème réside dans la qualité intrinsèque du livre. Il est moins bon que le film. Je le sais parce que tout le monde le sait. A commencer par l’auteur lui-même, qui reconnait volontiers que le script est supérieur au roman. D’ailleurs il en parle avec Jim Uhls dans un des commentaires audio du Blu-Ray.
Ouais y’a plein de trucs dans ce collector…
Parce que les éditeurs de DVD sont parfois des ordures, ce commentaire s’est vu supprimé de l’édition originale en galette. Manque de place sans doute (bah ué, une poste française 5.1, ça monopolise l’espace) ou simplement de budget (traduire deux heures de bla bla pour trois pauvres fans, moyen niveau rentabilité). Un ami m’avait survendu le bonus. Comme quoi c’était juste fou à quel point les deux hommes ne se marchaient pas sur les pieds, chacun commentant et posant des questions sur le travail de l’autre avec autant d’admiration et de respect. Ca me semblait surréaliste. Que la jalousie ne prenne pas le dessus, que les égos restent en place. Après tout, Palahniuk a créé la putain d’histoire à la base merde ! Et d’un autre côté Uhls l’a sublimé, est allé plus loin que Chuck merde aussi ! Heureusement cet ami est trop gentil et m’a refilé son exemplaire de noël en trop, pour le prix d’un déjeuner. J’en culpabilise encore… Vraiment. Eddy, Je culpabilise.
Le commentaire n’est pas parfait, loin de là. D’une les deux hommes ne parlent qu’à peine la moitié du temps. Beaucoup de scènes où l’on s’ennuie. Quelques anecdotes sur le tournage fusent. Mais dès que les deux écrivains parlent scénario, narration ou structure c’est fascinant. Des scénes ont été modifiées, coupées ou rajoutées par rapport au roman. Et Chuck est curieux, demande quelle était l’intention, si telle ou telle ligne était improvisée. Pendant ce temps Uhls questionne parfois l’auteur sur l’intention originale, sur ce qu’il pense de l’état d’esprit de tel ou tel personnage à un moment donné. En tant que spectateur j’ai eu l’impression de voir deux artistes discuter d’une œuvre commune, la fusion de deux techniques et savoir faires différents. J’ai même appris une ou deux astuces d’écriture (sur l’usage d’une voix off ou les avantages d’un dialogue à la troisième personne). Fascinant de bout en bout.
Enfin, c’est pas comme si vous manquiez de raisons de revoir Fight Club de temps à autre. Rien que pour des pépites de dialogues comme « Une dernière volonté ? », « Toujours rien qui me vient… », « Humour flashback, très bon. » Ou pour l’effet sixième sens avec au bout de trente secondes de films le personnage qui te dit « Je le sais parce que Tyler le sait » ou quand il s’auto-frappe dans le bureau de son boss« Je ne sais pas pourquoi mais soudain j’ai repensé à mon premier combat avec Tyler ». Bon allez je me tais avant de commencer ma thèse.