Sur le site SecretMessageService (où des gens envoient des secrets par SMS), on trouve cette perle : « J’aime cette fusion brûlante de deux corps emportés par le désir de l’autre… ». Bon, passons le fait que ce ne soit pas un secret (fail de l’expéditeur du texto, fail de l’équipe qui l’a mis en ligne). Ce qui me choque c’est surtout à quel point c’est la périphrase de « j’aime les rapports sexuels ». Je suis poli dans ma traduction instantanée. Des conneries comme ça, j’appelle ça l’exaltation. Tout est là, adjectif romantico-niais pléonasmique (jusqu’à preuve du contraire la fusion à froid n’est pas encore possible), la dépersonnification (les corps ne sont que chiffons, irresponsables, emportés de désir) et les trois petits points pour ajouter de la profondeur (histoire de sombrer toujours plus bas). Si je vous décortique ça, c’est parce que j’ai une très très faible tolérance aux jeunes filles exaltées.

Une exaltée, c’est une damoiselle qui pense que la grandeur d’âme et la profondeur spirituelle se niche dans le vocabulaire et les phrases à rallonge. C’est quelqu’un qui parle dans la vraie vie comme sur son skyblog ou son journal intime de poèmes emos. L’exaltée est tellement terrifiée à l’idée d’être parfaitement normale, un sac à viande épicé aux hormones, qu’elle supplémente sa vie en remarques à deux balles. En tant que narratrice qui s’écoute parler de sa propre vie, l’anodin devient extraordinaire. Une meilleure amie qui déménage en banlieue et c’est la déchirure l’engueulade avec les parents est une scarification supplémentaire sur un cœur qui souffre pour battre. Ainsi de suite. Le résultat immédiat pour l’interlocuteur ou le prétendant, c’est la fatigue, immédiate, puis une légère migraine à force de subir le one-woman show en face (c’est pire si vous allez au cinéma, à une expo ou dans une librairie, tous les lieux où elle s’empressera de tenter de vous éblouir).

A titre personnel, j’ai le droit de dire de la merde en vrai. Je suis névrosé, dépressif et j’ai la licence poétique. C’est un peu comme le permis de tuer, mais pour les écrivains. Si je veux je peux sortir des phrases abscondes dans l’espoir de me sentir vivre plus que les autres, ange éthéré au milieu du troupeau morose. Sauf que je m’abstiens (sauf sur le blog, parce que c’est chez moi). La plupart des personnes intelligentes savent reconnaître leurs semblables. Pas besoin de leur jeter des fusées de détresse égotique au visage à longueur de phrases. Ca m’est arrivé d’aller à un rencard et de chercher la première excuse venue pour me tirer d’un tel traquenard. Tout comme je kick régulièrement de mon Facebook les spécimens à risques, ceux qui font un concours de statuts prétentieux. Pendant que sur Twitter les hypeurs cherchent la punchline la plus cynique, sur Facebook ça lutte pour imposer l’affirmation la plus kitsch du monde.

Mon premier Threadless. <3
Tyler avait raison vous n’êtes pas un petit flocon de neige unique et merveilleux. Même Pixar le dit « Si tout le monde est spécial, personne ne l’est » (en vrai le message est super couillu et dépressif si pris au premier degrès). Aussi, dans la vraie vie, soyez sympas et parlez moi avec des mots normaux d’être humain normal. Lâchez-vous sur votre skyblog ou sur votre carnet secret caché sous votre coussin si ça vous détend, au moins je ne suis pas forcé d’y lire.



