827 – Exalted

Sur le site SecretMessageService (où des gens envoient des secrets par SMS), on trouve cette perle : « J’aime cette fusion brûlante de deux corps emportés par le désir de l’autre… ». Bon, passons le fait que ce ne soit pas un secret (fail de l’expéditeur du texto, fail de l’équipe qui l’a mis en ligne). Ce qui me choque c’est surtout à quel point c’est la périphrase de « j’aime les rapports sexuels ». Je suis poli dans ma traduction instantanée. Des conneries comme ça, j’appelle ça l’exaltation. Tout est là, adjectif romantico-niais pléonasmique (jusqu’à preuve du contraire la fusion à froid n’est pas encore possible), la dépersonnification (les corps ne sont que chiffons, irresponsables, emportés de désir) et les trois petits points pour ajouter de la profondeur (histoire de sombrer toujours plus bas). Si je vous décortique ça, c’est parce que j’ai une très très faible tolérance aux jeunes filles exaltées.

Une exaltée, c’est une damoiselle qui pense que la grandeur d’âme et la profondeur spirituelle se niche dans le vocabulaire et les phrases à rallonge. C’est quelqu’un qui parle dans la vraie vie comme sur son skyblog ou son journal intime de poèmes emos. L’exaltée est tellement terrifiée à l’idée d’être parfaitement normale, un sac à viande épicé aux hormones, qu’elle supplémente sa vie en remarques à deux balles. En tant que narratrice qui s’écoute parler de sa propre vie, l’anodin devient extraordinaire. Une meilleure amie qui déménage en banlieue et c’est la déchirure l’engueulade avec les parents est une scarification supplémentaire sur un cœur qui souffre pour battre. Ainsi de suite. Le résultat immédiat pour l’interlocuteur ou le prétendant, c’est la fatigue, immédiate, puis une légère migraine à force de subir le one-woman show en face (c’est pire si vous allez au cinéma, à une expo ou dans une librairie, tous les lieux où elle s’empressera de tenter de vous éblouir).

A titre personnel, j’ai le droit de dire de la merde en vrai. Je suis névrosé, dépressif et j’ai la licence poétique. C’est un peu comme le permis de tuer, mais pour les écrivains. Si je veux je peux sortir des phrases abscondes dans l’espoir de me sentir vivre plus que les autres, ange éthéré au milieu du troupeau morose. Sauf que je m’abstiens (sauf sur le blog, parce que c’est chez moi). La plupart des personnes intelligentes savent reconnaître leurs semblables. Pas besoin de leur jeter des fusées de détresse égotique au visage à longueur de phrases. Ca m’est arrivé d’aller à un rencard et de chercher la première excuse venue pour me tirer d’un tel traquenard. Tout comme je kick régulièrement de mon Facebook les spécimens à risques, ceux qui font un concours de statuts prétentieux. Pendant que sur Twitter les hypeurs cherchent la punchline la plus cynique, sur Facebook ça lutte pour imposer l’affirmation la plus kitsch du monde.

Mon premier Threadless. <3

Tyler avait raison vous n’êtes pas un petit flocon de neige unique et merveilleux. Même Pixar le dit « Si tout le monde est spécial, personne ne l’est » (en vrai le message est super couillu et dépressif si pris au premier degrès). Aussi, dans la vraie vie, soyez sympas et parlez moi avec des mots normaux d’être humain normal. Lâchez-vous sur votre skyblog ou sur votre carnet secret caché sous votre coussin si ça vous détend, au moins je ne suis pas forcé d’y lire.

422 – I Tried To Be Perfect But Nothing Was Worth It

Aujourd’hui j’ai envie de kicker du cliché. C’est ce que ma grand-mère disait, tordre les testicules à un cliché chaque matin, pour la santé, y’a pas mieux. Au menu de ce lundi, le fait qu’un artiste n’est jamais content de lui, jusqu’à la dépression. Vous savez, on entend toujours des gens se plaindre de leurs vieux écrits, ou mieux, tous ceux qui commencent des œuvres qu’ils ne finiront jamais vu qu’ils la détesteront avant d’arriver au bout. Déjà ça permet de se la péter en interview : « oui, vous comprenez, le travail de l’artiste, on vite tousser pour caresser la perfection, sachant que trop bien que l’on n’y arrivera jamais ». Même que ce serait une des causes d’échec artistique les plus répandues tout ça (confère les dizaines de tes potes qui te disent qu’ils ont commencé plein de trucs pour jamais les finir). Permettez-moi de vous dire que niveau cliché, bah c’est complètement vrai, et en même temps carrément faux.

Maintenant je commence à avoir un peu de recul sur mes écrits. Ne vous méprenez pas, cela n’a rien à avoir avec l’expérience, il est ici seulement question de temporalité. L’œuvre achevée est fixée, n’avance pas toute seule, alors que nous on continue notre footing jusqu’à la tombe, tout en vivant un tas de trucs plus ou moins bandants d’ici là. A ce moment intervient l’édition. On pourrait croire qu’une jeune qui n’en veut ne souhaite publier qu’afin d’accéder à la gloire, aux valises de thune et aux filles faciles. Que nenni les amis ! Le véritable avantage d’une impression papier en direction des bacs de la RNAC, c’est qu’on ne peut plus toucher au texte. Le malléable fichier word s’est solidifié à jamais. Enfin, jusqu’à ce que tout le monde se soit payé un ebook reader et que les auteurs se sentent obligés de produire des mises à jour régulières par wifi. Ne rigolez pas, il y en a qui y songent déjà.

En ce qui me concerne, j’ai déjà un tas de techniques pour éviter les méchantes névroses quand à la qualité de mon texte. La première c’est justement d’éviter de se poser de question tant que je n’ai pas fini une étape. Je rédige un premier draft, je le fais sans réécrire les anciens paragraphes. Non, j’avance, point barre. Parce qu’au moins j’ai un truc à la fin, potentiellement bancal voire foireux, mais c’est là, ça existe. C’est toujours plus simple de rectifier des passages plutôt que d’être incapable d’avance à trop vouloir obtenir un truc bien du premier coup. De toute façon on se fait toujours baiser la gueule au final. Quand on a un truc fini, il suffit d’attendre suffisamment longtemps et on le détestera. C’est juste invariable. Confère mon bouquin que je réécris depuis deux mois parce que l’ancienne version ne me va plus, et que je ne supporte pas de n’avoir qu’un objet gangrené à montrer.

La seule solution, c’est d’être content de soi sur le moment précis, l’instant T où l’on vient de cracher quelques nouvelles lignes, et espérer qu’un type voudra bien le mettre entre deux pages de couverture, histoire d’en être débarrassée. Dans le cas contraire, c’est foutu, on va rebosser, parce que le temps fait son œuvre et vrille le cerveau.

Demain on causera de la puissance nostaligique de la musique.

WHERE’S WALDO STAGE !!!

Sinon un de mes secret message est passé y’a quelques jours sur le site de mon bon ami Lâm (cheateur à street soit dit en passant). A 18h j’avouerai lequel est-ce dans une note bis.