C’est ridicule. Après avoir minaudé comme deux adolescents qui osent pas s’embrasser devant l’arrêt de métro, je l’ai raccompagnée chez elle. Rebelotte sur le pas de sa porte. Alors dans le doute, elle m’a raccompagné au métro. Lol. Pourtant j’avais adoré le début de soirée, à faire comme si c’était le fallafel que j’avais envie de manger et le coca que j’avais envie de boire. Nous avions fait danser nos pieds au dessus de la Seine, profitant de la légère brise de ce début d’été. Mais là, c’est simplement ridicule, de murmurer des demi-phrases devant une bouche de métro à minuit passé. Alors je monte sur la pointe de mes pieds, et je vais lui manger les lèvres et boire sa bouche. Elle répond bien. Je m’enhardis, je l’enserre. Elle presse ses seins contre mon torse. Joie. Une minute. Plus que ça. Et je rentre dans un nuage parfumé jusque chez moi.
Le lendemain matin elle me textota pour me dire que, avec le recul, non quand même ce n’était pas possible de sortir avec quelqu’un d’aussi petit que moi. Forcément, quinze centimètres, ça fait un peu loin pour aller voler un baiser. Ce qui ne la gênait pas à chaud posait problème à froid. D’où le froid, sur plusieurs mois, jusqu’à ce qu’elle rechange d’avis. Trop tard. Anyway. Je suis petit. Je suis une grosse douzaine de centimètres en dessous de la moyenne masculine française. Et je me suis déjà fait jeter pour ça, un matin d’été. Une conséquence moins visible est que mes petites amies rechignent d’instinct à mettre des talons si jamais cela les fait dépasser du sommet de mon crâne. Conséquence de la conséquence, je ne vois quasiment mes demoiselles toutes apprêtés, en tenue de soirée. D’une part parce que les occasions sont rares, d’autre part parce que le manque de talon n’incite pas à sortir le reste de la panoplie.
Parfois elle me montre des photos de ses soirées, parfois j’aperçois une robe pendue dans la garde robe d’une autre. Et j’ai l’impression de passer à côté de quelque chose. Comme aller à un spectacle et de se voir refuser l’accès à quelques numéros. J’ai l’impression que ses exs, ses futurs, auront accès au menu complet, à toutes les variantes, à toutes les chaussures lacées, boutonnées, surélevées. Je suis jaloux, je rumine. Quand je suis en confiance, je fais des appels du pied, j’aimerais bien voir. Elles acquiescent d’un air qui veut dire « c’est ça bien sûr », et je repense aux quelques pas si grandes qui ont pu se parer et m’enlacer sans rougir, à celles qui se mettent sur la pointe des pieds. Mais j’aime les longues jambes (cf le mollet d’une note précédente), moi aussi je veux jouer, moi aussi je veux embrasser.
Un jour j’ouvrirai une porte, et une me surprendra, pourpre aux joues, petites baguettes aux pieds et robe à drapées entre les deux. Elle me prendra la main, appuiera sur play et dansera avec moi dans son appartement, comme un premier pas vers autre chose. Talons à plat contre le plancher, je l’embrasserai entre ses seins à la fin de la chanson.
Parce que je serai un petit peu plus amoureux.





