[SPOILERS Tome 37 de One Piece. Just sayin'.]
Au dernier plan l’épave de la caravelle Vogue Merry est engloutie par les flammes. Au fil des années l’embarcation des Pirates au chapeau de paille a subi toutes les blessures, des boulets de canon jusqu’au fracas des rochers. Trop abîmé pour aller plus loin, le Vogue Merry est incinéré tel un guerrier viking, son équipage restant au loin, sur des petites barques, pour lui rendre un dernier hommage. Et pleurer. Alors que les flammes consument le bateau, une voix se fait entendre. C’est celle de Merry, qui s’est trouvé une âme grâce à l’amour de cette bande de pirates. La caravelle s’excuse de ne pas avoir pu les porter plus loin, mais que tout le temps où ils ont vogué ensemble, elle était heureuse.
Là normalement même le lecteur le moins impliqué de l’histoire du manga/dessin animé One Piece, s’il est arrivé jusqu’ici, pleure toutes les larmes de son corps.

Cette scène est reproduite sur un des tee-shirts Uniqlo One Piece. En traits noirs sur fond gris. Les derniers mots du Vogue Merry sont inscrits en rouge en haut du vêtement. Ca faisait un bon quart d’heure que, dans la boutique d’Opéra, j’étais en pleine lutte interne à deux niveaux (dois-je acheter un tee ? quel tee je préfère ?). Jusqu’à ce que je tombe sur celui-ci et que mon cœur se resserre tout doucement. Bien sûr je suis reparti avec. Dans la looongue file d’attente aux caisses, samedi après midi oblige, je me suis posé des questions sur la résonnance qu’on peut ressentir vis-à-vis d’une œuvre d’art ou de fiction (voire les deux). Cette scène de One Piece me parle parce que le manga m’a touché, a réussi à me faire m’investir dans le destin de ses personnages au point de ressortir des émotions assez puissantes pour me faire fondre en larmes au dessus d’un tas de papier collé, dans un métro.
Malheureusement, tout le monde ne se laisse pas toujours prendre par ce qu’il regarde ou lit. C’est particulièrement visible au cinéma face à un film un peu chargé émotionnellement. Il y a ceux qui sont à fond au point d’être crispé à attendre la suite, et d’autres qui ricanent doucement parce que complètement désynchronisé du degré du film. Une pensée pour mon meilleur ami qui a failli se pendre pendant L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Il arrive que des individus ne soient pas équipés émotionnellement pour apprécier un objet. C’est ce qui m’arrive dans certains musées. Mais il arrive plus souvent qu’on rentre dans une salle ou un bouquin dans le mauvais état d’esprit, pour un tas de raisons (plus ou moins bonnes). Quand on est capable de s’adapter à ce qu’on va voir, on est capable d’apprécier l’innapréciable. On peut prendre le meilleur pied ciné du printemps devant Fast Five.
Ou on peut être ému face à un tee shirt.
Le lendemain je suis passé chez Pimp. Quand il a vu mon tee, il était mortifié de jalousie mais ça n’était rien comparé à son début de larme à l’œil. Puisque les vrais reconnaissent les vrais.
Puissiez-vous lire One Piece, ou en tout cas prendre vraiment plaisir avec ce que vous allez vous mettre dans le cerveau ce week-end. Tout le mal que je vous souhaite. Moi je vais parader avec mon tee.





