1129 – But I Was Happy

[SPOILERS Tome 37 de One Piece. Just sayin'.]

Au dernier plan l’épave de la caravelle Vogue Merry est engloutie par les flammes. Au fil des années l’embarcation des Pirates au chapeau de paille a subi toutes les blessures, des boulets de canon jusqu’au fracas des rochers. Trop abîmé pour aller plus loin, le Vogue Merry est incinéré tel un guerrier viking, son équipage restant au loin, sur des petites barques, pour lui rendre un dernier hommage. Et pleurer. Alors que les flammes consument le bateau, une voix se fait entendre. C’est celle de Merry, qui s’est trouvé une âme grâce à l’amour de cette bande de pirates. La caravelle s’excuse de ne pas avoir pu les porter plus loin, mais que tout le temps où ils ont vogué ensemble, elle était heureuse.

Là normalement même le lecteur le moins impliqué de l’histoire du manga/dessin animé One Piece, s’il est arrivé jusqu’ici, pleure toutes les larmes de son corps.

Cette scène est reproduite sur un des tee-shirts Uniqlo One Piece. En traits noirs sur fond gris. Les derniers mots du Vogue Merry sont inscrits en rouge en haut du vêtement. Ca faisait un bon quart d’heure que, dans la boutique d’Opéra, j’étais en pleine lutte interne à deux niveaux (dois-je acheter un tee ? quel tee je préfère ?). Jusqu’à ce que je tombe sur celui-ci et que mon cœur se resserre tout doucement. Bien sûr je suis reparti avec. Dans la looongue file d’attente aux caisses, samedi après midi oblige, je me suis posé des questions sur la résonnance qu’on peut ressentir vis-à-vis d’une œuvre d’art ou de fiction (voire les deux). Cette scène de One Piece me parle parce que le manga m’a touché, a réussi à me faire m’investir dans le destin de ses personnages au point de ressortir des émotions assez puissantes pour me faire fondre en larmes au dessus d’un tas de papier collé, dans un métro.

Malheureusement, tout le monde ne se laisse pas toujours prendre par ce qu’il regarde ou lit. C’est particulièrement visible au cinéma face à un film un peu chargé émotionnellement. Il y a ceux qui sont à fond au point d’être crispé à attendre la suite, et d’autres qui ricanent doucement parce que complètement désynchronisé du degré du film. Une pensée pour mon meilleur ami qui a failli se pendre pendant L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Il arrive que des individus ne soient pas équipés émotionnellement pour apprécier un objet. C’est ce qui m’arrive dans certains musées. Mais il arrive plus souvent qu’on rentre dans une salle ou un bouquin dans le mauvais état d’esprit, pour un tas de raisons (plus ou moins bonnes). Quand on est capable de s’adapter à ce qu’on va voir, on est capable d’apprécier l’innapréciable. On peut prendre le meilleur pied ciné du printemps devant Fast Five.

Ou on peut être ému face à un tee shirt.

Le lendemain je suis passé chez Pimp. Quand il a vu mon tee, il était mortifié de jalousie mais ça n’était rien comparé à son début de larme à l’œil. Puisque les vrais reconnaissent les vrais.

Puissiez-vous lire One Piece, ou en tout cas prendre vraiment plaisir avec ce que vous allez vous mettre dans le cerveau ce week-end. Tout le mal que je vous souhaite. Moi je vais parader avec mon tee.

797 – Book Review 134

J’achète vraiment n’importe quoi. Dans une interview à propos de son nouveau bouquin, Palahniuk dévoilait sa lecture du moment : Forever, de Judy Blum. Le bouquin date de 1975 et est considéré comme un classique absolu de littérature contemporaine pour jeune fille en fleur. La controverse y est pour beaucoup vu que le livre met en scène des actes sexuels plus qu’explicites à destination d’un public à priori mineur. Au milieu des années 70, ça faisait suffisamment tâche pour que pétitions et autres actions bigotes fassent interdire le livre dans bon nombre de bibliothèques. Emporté par ma curiosité, j’ai commandé le truc, pour me retrouver avec bouquin à la couverture méga rose et l’illustration d’un cadenas en forme de cœur (métaphore quand tu m’étreins). Autant dire que c’était pas le truc le plus évident à lire en public dans le métro. Etonnamment j’avais eu moins de scrupules avec Snuff et Swung, deux livres aux couv’ bien plus explicites.

Hyperspoilers ON.
Katherine rencontre Michael en plein milieu de leur dernière année de lycée. Elle craque immédiatement et tombe rapidement amoureuse du garçon sympa et plein de surprises. Celui-ci lui met doucement la pression pour passer à l’acte, sexuellement, même si Kath ne se sent d’abord pas prête. Après les premiers ratages au lit, les deux tourtereaux se retrouvent dans une relation aussi charnelle que sentimentale. Craignant que leur fille ne se prenne une grosse baffe karmique dans les dents, les parents de Katherine finissent par la forcer à prendre un boulot d’été loin de Michael. La jeune fille est traumatisée, parce que son amour est POUR TOUJOURS. Sauf qu’au bout de quelques semaines en camp d’été elle rencontre un autre mec, craque et finit par larguer son mec pour devenir une grosse salope. Enfin, si j’ai bien tout compris.

Bon, j’ai bien compris le message du livre. Quand on est jeune et qu’on est amoureux, on est rien qu’un kikoolol parce que la vie c’est long et qu’on finira forcément par passer à autre chose. A titre personnel de paladin, je trouve que dire aux jeunes filles qu’il ne faut pas croire ni travailler sur son premier amour puisqu’il y en aura d’autres un peu gerbant. Un peu hein. Pensée à mes quelques reliquats de potes qui sont restés des années avec leur premier amour (voire qui sont encore avec). Sinon effectivement pour un bouquin des années 70 c’est assez cru, ça parle de sexe. D’ailleurs la rumeur voudrait que suite au succès de Forever les parents auraient en partie renoncé à appeler leur progéniture « Ralph », pour cause de petit nom du pénis du personnage de Michael (qui est au passage est un fils de pute de part ses sous-entends et ses actions graveleuses pour convaincre sa copine de baiser, pour finalement être précoce).

En fait le truc que j’ai trouvé vraiment cool dans Forever, c’est qu’on n’y parle pas du Sida. Oui, c’est con je sais parce que y’a des capotes, du planning familial et de la pilule toussa. Mais pas le Sida, qui n’existait pas à l’époque, malgré le côté très contemporain et teen du livre. Testament de son époque, livre controversé, Forever n’est pas dénué d’intérêt, mais putain qu’est-ce que c’était relou à lire du haut de mes 23 ans passés.

764 – Crash Landing

Elle était venue avec un Tupperware plein de brownie maison. C’est le genre de trucs qui comptent pour un premier rencard. J’ai dévoré le gâteau, assis sur les quais, pendant qu’elle me racontait que niveau CV, elle avait réussi là où j’avais ramassé mes dents bien des années plus tôt. Un dévoilement d’affinité en entrainant un autre, on s’est retrouvé chez elle. Et c’était bien. Enfin, pas en terme de terminaisons nerveuses bassement chatouillées sous une couette. Pas seulement. C’était bien sous les doigts, sous le corps, derrière le cerveau. Un de ces rares cas où on se dit que ouais, pour le coup ouais, on aimerait voir si y’a moyen de faire durer, de profiter, de tenter le coup. Simplement. Ça aurait été passer outre la loi de Murphy, l’emmerdement maximum, le retour de karma dans les genoux deux semaines plus tard : « J’ai envie d’être égoïste un peu, de profiter, je veux pas me poser. Puis y’a pas que toi en fait.”

Croyez-moi si vous le voulez, mais c’était absolument la première fois qu’on me faisait le coup. Ever. Pourtant c’est pas faute de connaître le script par cœur. Cette pièce, je l’ai jouée je sais pas combien de fois ces derniers temps. Le moment merdique où tu réalises que si ça continue, si l’autre s’attache, ça va finir dans les larmes et le  sang. Le moment où tu sors tes antisèches, celles avec marqué « C’est pas toi, c’est moi », « Je suis sentimentalement indisponible », « Je voulais juste qu’on prenne du plaisir mais ça me déchirerais de te voir souffrir ». Bla bla bla. Au moins en ce qui me concerne je ne m’y suis pas habitué. J’arrive pas à faire ça proprement, yeux dans les yeux, parce que ces bouts de texte, j’y crois vraiment. Pas encore de bullshit, toujours un fond de palpitant qui s’agite, même mollement. Elle y croyait aussi je pense, à ce qu’elle disait. Assez pour culpabiliser pendant que je me morfondais chez moi.

Okay, c’était pas l’amour at first sight, le truc de fou furieux qui vous crucifie sur place et vous posse à écrire des lettres d’amour en anglais. Sauf que tout de même, ce premier soir, quand je suis rentré chez moi à trois heures du matin (quand je vous dis qu’elle était bien, elle m’a pas forcé à rester dormir), je me suis dit que j’avais enfin mis la main, littéralement, sur quelqu’un avec qui j’aurais aimé me poser, histoire de voir. Quelques jours plus tard, alors que je racontais mon weekend à un pote, il conclut en me jetant au visage que « Toi t’as craqué sur elle ». No kidding. Au lieu d’un bout de belle histoire, j’aurais finalement goûté à mon propre venin. Beurk. Sincèrement beurk. Comater au fond d’un fauteuil la journée à espérer des nouvelles qui ne viendront pas vu qu’elle essaie d’enterrer l’histoire. En fait, c’est pas fun. J’ai rétrospectivement présenté mes excuses à mes « exs » dans mon fort intérieur. Pas sûr que j’aie été entendu.

On pourrait croire que ça m’aura assagi, fait prendre un peu de distance. Perdu, ce fut exactement le contraire. Le mal engendre le mal comme on dit. J’en parlais avec un ami (pas le même, un autre), et à mi mot je préférais en conclure que j’étais pas encore insensible, et toujours à l’affut d’une occasion d’y croire. Quant à la fille, je la stalke un peu. J’ai toujours cru au dicton qui dit que le sexe change les amies en inconnues et les inconnues en amies. Tout se transforme, rien n’est jamais perdu.

Demain ? Aucune idée. Chaque jour suffit sa peine toussa j’écrirai un truc à la bourre et vous verrez bien.