1270 – Sextiquette

Ragaillardi par mon orgasme encore chaud, je me suis tourné vers ma copine, avec qui ça commençait à faire quelques mois, pour lui demander :

- Dis. C’était bien ?
- Bah ouais. C’était super.
- Cool.
- …
- Dis.
- Quoi ?
- C’est moi ton meilleur coup ?

OHLOL.

Alors là je vous arrête TOUT DE SUITE. Le but de la question n’était pas de savoir si j’étais effectivement le meilleur coup de ma copine de l’époque. Non. Si je demandais, c’était pour savoir si elle m’aimait assez pour me répondre « bien sûr choupichou ». Vu que ça faisait plusieurs mois et tout. Je l’ai vu regarder le plafond le temps de réfléchir. Puis.

- Pas le meilleur. Mais le moins coincé, déjà.

Ce que j’ai interprété par « je te kiffe pas mal, c’est pas encore l’amour et la baise de folie et donc je te mens pas parce que j’ai la flemme mais t’es pas mal parti, y’a du potentiel donc continue ». En gros.

Dans le couple, je crois beaucoup aux vertus du “mensonge que tu sais que c’est un mensonge”. Demander si on est le meilleur coup de sa nana est un exemple. La fille amoureuse répondra par réflexe que oui, et après on peut aller se blottir entre ses seins et c’est merveilleux. Quand bien même on se doute que vis-à-vis de tous les champs d’excellence sexuelle masculins (cunni, forme, durée etc…) on se fait bien fumer la première place dans quelques (beaucoup ?) de catégories. Peu importe, ce qui compte, c’est le petit mensonge de couple, la glue débile des amoureux un peu niais.

Le malaise survient quand cet accord tacite est rompu. Par exemple je suis récemment devenu fou de rage quand une ex m’a assuré très fort que sa nouvelle relation était oh combien plus satisfaisante que moi. De la même manière que quand une amie m’a dit très clairement que tel type était bien plus séduisant que moi, assez pour qu’elle envisage de le baiser (par opposition à votre serviteur), j’ai pété un plomb. Parce que c’est une rupture unilatérale des accords de Génève de l’étiquette sexuelle. Je ne déconne pas, je suis à peu près certain qu’il existe des lois sur ce genre de trucs. En ce qui me concerne, même sur le coup d’une rage de malade, j’arriverai encore à me retenir d’avouer à mes mauvais coups que putain, elles étaient mauvaises, ou de dire à une fille que non, au grand jamais, j’aurais envie de poser mes lèvres sur les siennes. Plus que de la courtoisie élémentaire, c’est le grand minimum du respect.

Parce qu’au fond, on le sait déjà, pas besoin de venir nous le jeter au visage. Si jamais on vit dans l’ignorance, pourquoi venir briser sans provocation notre monde merveilleux ?

Alors ouais, à mes ami(e)s, je balance, je n’hésite pas à raconter des épisodes sordides, où l’histoire de ce malaise quand j’ai dû repousser les avances d’une fille sous un prétexte fallacieux. Parce que ça arrive. Tout comme j’ai un fichier excel mental où tout le monde est classifié, et où mes préférées se voient attribuer un super-pouvoir (pipe cosmique), voir un pseudo (mais là je dis rien). Simplement, ça ne sort pas de sous mon crâne. En tout cas pas trop, et si possible loin. Ce qui n’exclue pas les catastrophes. Quoi qu’il arrive, je ferai le maximum pour ne pas divulguer ça à la personne concernée, en frontal. Même en cas de vengeance, je préfère encore l’empaler avec une de mes action figures One Piece avant de jeter le corps dans la Seine plutôt que de briser la sextiquette.

Parce qu’on est digne ou on l’est pas. Les autres, (oui, toi, connasse), allez mourir dans un feu.

1246 – The Knife

C’était l’après-midi la plus bizarre de ma vie sexuelle de lycéen.

J’étais avec une jolie fille à moitié nue, moi-même pas forcément plus habillée. Dessus, elle gérait, avec une aisance désarmante. C’est comme si elle avait découvert la façon optimale d’exécuter chaque geste érotique. De l’angle d’attaque de sa main, la quantité de pression au bout des doigts, le point de contact avec sa langue, tout était prodigieusement millimétré pour une efficacité maximale. Les attaques qui auraient dû me chatouiller, me faire me tordre d’inconfort, atteignaient leur cible sans dégât collatéral. J’étais soufflé.

Le seul problème, c’est qu’au-delà du plaisir physique je ne ressentais rien. Si mon cœur battait fort, c’est parce qu’il avait la trouille de passer complètement à la casserole avec une fille aux scalpels.

C’est comme ça que j’ai fini par l’appeler. Parce que tout avec elle était chirurgical, autant dans la précision que dans la stérilité. J’étais le patient sur la table d’opération, face au chirurgien du plaisir, zélé et professionnel. Un peu trop.

Tout de suite le jeune en toi se demande comment la fille a acquis autant de réflexes, avec qui, combien de qui ? Névrose du jeune garçon. Début de l’angoisse primale : ne suis-je qu’un numéro sur un tableau de chasse ? Est-ce qu’elle m’aime moi ? Mon corps est-il pareil à celui de tout autre branleur ? Parce qu’au final, tout ce que je ressentais, c’était le travail bien fait. Pas l’émotion d’un premier émoi, la découverte du physique de l’autre. Ça manquait de petits foirages, de ricanements nerveux, de doigts timides. Toutes ces choses qui font que le cœur bat vraiment au lieu d’avoir l’impression d’être simplement le nouveau patient sur lequel on opère.

Le problème quand on se retrouve entre des mains expertes, c’est qu’on se demande à quel niveau ce qu’on est en train de vivre est réel. On passe à côté du plus grand superpouvoir de « la fille dans ton lit » : celui de te faire croire que c’est bien parce que c’est avec toi. Quand le reste du monde disparait, qu’on se sent homme et fort. Peu importe que ce soit vrai ou non. La fille qui arrive à créer cette illusion est magique. Si vous cherchez « ensorceler » dans le dictionnaire, ce devrait être dans le top 3 des définitions du verbe.

Au final, j’ai bloqué le chirurgien général qui jouait à la guitare avec les nerfs de mon plaisir physique. On s’est rhabillé, avec la promesse de finir tout ça un autre jour. White lie.

Quelques mois plus tard je rencontrais quelqu’un d’autre, de maladroite, inexpérimentée. Presque aussi incapable que moi. Ce fut un désastre. Une catastrophe pleine d’éclats de rire, de repositionnements hasardeux des mains, de câlins un peu trop forts. C’était génial. Parce que c’était un peu raté, c’était très réussi.

1240 – Easyland

J’aime bien les séries de Showtime comme Californication et House Of Lies, même quand les épisodes sont nuls. Un de mes plaisirs est de voir les personnages évoluer dans un univers parallèle ou tout le monde est facile. En trois épisodes de House Of Lies, deux femmes mariées ou été infidèles avec un autre personnage (dont un épisode lesbien), on a eu une catin S&M, un fétichiste des pieds, un héros qui fricotte avec une transexuelle et une mormone sodomite. Pendant ce temps, dans Californication, Hank continue d’invariablement se taper chaque personnage féminin avec qui il partage une scène. Ce indifféremment de tout âge, profession, couleur de peau ou statut marital. Et quand Runckle va présenter des excuses à une mère de famille, celle-ci se dévoile deux minutes plus tard en tant que maîtresse dominatrice et lui ordonne de se masturber sur le marbre de la cuisine. Voilà voilà.

Le sexe ne fait pas que vendre, il fait aussi regarder des séries (ou télécharger, puisque vous ne pouvez plus streamer, petits coquinous). Alors forcément, les chaînes du câble qui peuvent montrer un peu de fesse ne se privent pas. Tant qu’à faire, autant rajouter quelques fétishs et autres pratiques plus ou moins répandues de bon goût. Ça s’insulte, ça suce depuis le siège passager, ça lèche des pieds, ça strap-on et compagnie. Surtout, tout le monde est volontaire. Dans Entourage, que la plupart des filles se pâment pour Vincent Chase, star internationale de cinéma, c’est encore compréhensible. D’ailleurs Turtle a toujours un peu galéré de son côté. Mais le réalisme passe par la fenêtre quand on s’attaque à Californication et ses potes où tout le monde est disponible et volontaire. Pour en arriver là dans la vraie vie, il faut soit pas mal d’alcool et/ou tenir éveillé jusqu’en fin de soirées pour profiter du moment (de renoncement/fatigue) propice.

Ce qui me frappe le plus dans les séries câblées US, c’est à quel point ça baise pour des personnes sobres (ou avec un ou deux pauvres verres dans le nez). Les gens passent en mode cul à froid, avec peu ou pas de motivation extérieure. La voiture de sport de la baise, de “bonjour” à “niquons” en dix secondes. Ou alors du haut de mes vingt-cinq piges je ne vois pas l’horrible réalité des quadras, qui sont tous dépités et en ont marre de se prendre la tête avant de passer aux choses sérieuses. Ce qui augurerait d’excellentes choses pour ma crise de la quarantaine. Mais j’en doute. Ou alors c’est une question de milieu. Je persiste à plaider pour le monde parallèle où tout le monde est facile et ne s’encombre pas de logistique (capotes ?) ou de morale (mari ?). En vérité je me demande s’il ne s’agit pas simplement d’un fantasme très masculin qui voudrait sauter les préliminaires (non pas physiques, mais sociaux).

Au fond, j’en trouve presque les pornos plus honnêtes. Eux n’essaient pas de nous vendre quelque chose proche de la réalité. “On baise” parce que le genre impose le raccourci. Je ne crois pas que Dorcel ait créé des vocations de plombiers alors que les wannabe Hank Moody se multiplient. Comme ça, après, ils pourront motiver des demoiselles dès leur premier épisode ensemble. Peut être même vivre des expérience exhib de pegging en voiture avec du cuir et des pieds baveux. La normalité quoi. En tout cas, niveau foutage de gueule et distorsion de la perception du cul dans le réel, je me demande bien qui du porno ou des séries corrompt le plus la jeunesse ? Hein ? HEIN ?!

#LaPeur

#JeFaisGenreMaisJeRegardeAussiEnFait