1199 – Booth Babes

Je n’aime pas demander à une très jolie fille si je peux me poser avec elle. Une hôtesse sur un salon, c’est un peu comme un Pokemon : on préfère l’attraper plutôt que de la prendre en photo. Tout ça pour expliquer les ventes médiocres du jeu de safari Pokemon Snap. Alors un safari avec des filles payées une misère pour s’exhiber en catins, je trouve ça un poil sinistre. Pourtant, cette semaine, je me suis retrouvé aux bras de l’hôtesse la plus jolie du Paris Games Week. J’avais décidé, à l’aide de critères super scientifiques, que c’était LA PLUS CRAQUANTE. Ce qui m’a poussé à la zieuter de loin, me lamenter du dit loin sur Twitter, encore et encore. Un pote plus courageux est allé la coincer pour lui demander une photo avec moi. Je n’avais rien réclamé, je voulais pas. D’où léger malaise, bien qu’il soit trop tard, le destin déjà en marche.

J’ai repensé à tous les geeks qui réclament des pics avec les demoiselles, mais n’osent pas les toucher. On appelle ça le « hover hand ». Perdu pour perdu, j’ai enroulé mon bras autour de la fille et planté mes doigts dans son bustier en vinyle, pour le plus grand délice de mon petit cœur.

Le Paris Games Week est le plus grand salon français du jeu vidéo. Cette année, porte de Versailles, on aura fait 180 000 visiteurs, soit plus de 30% d’augmentation par rapport à l’année précédente. On y présente les jeux à venir, on y vend des goodies, on organise des tournois et on file des cadeaux. Le public était principalement masculin, entre 15 et 30 ans, la plupart des stands ont engagé des hôtesses en tenue courte. Plus le jeu/stand est à potentiel « masculin » (euphémisme mélioratif), moins les filles sont habillées. Chez Ubisoft on avait des danseuses en short/petit haut (soft), chez Activision des filles en poum poum short et haut au dessus du nombril combo décolleté (middle) et chez Razer des filles en mini-jupe moulante, bustier cuir et collants déchirés (hard). THQ et son stand Saints Row III étant hors concours, puisqu’ils avaient des strip teaseuses pro sur des barres de pole à l’intérieur (very hard).

Bien sûr, les appareils photos mitraillaient dans tous les sens, les geeks étaient aux anges, ça matait de partout. Moi-même j’avais du mal à rester concentré de 9h à 19h en bossant à côté de la perfection du salon. Le problème, c’est qu’à force de cohabiter plusieurs jours dans un espace avec des dizaines de filles anormalement canons et dévêtues, c’est que ça te brise ton réel. Viol de la réalité. Tu te demandes si les filles que tu as eues étaient au niveau, si toi tu es au niveau. Tu finis par avoir l’impression que j’avais tu n’arriveras à avoir une fille comme ça. Des filles qui ont d’ailleurs toutes des mecs, des exs, des plans culs, des tas de gars qui les ont eues et pas toi. Et quand tu ressors du salon en fin de journée, tu es boursouflé d’hormones, malade, à l’ouest et avec une vision du monde aussi tordue et malaisaine qu’erronée.

Parce qu’on ne voit pas les mêmes choses après cinq jours de salon, en coulisses, que pendant une journée en tant que visiteur.

Déjà, on remarque les expressions du visage des filles qui sont fatiguées. La moue de lassitude juste avant le sourire pour la photo. Ensuite, on réalise que les nanas qui sont payées toute la journée pour décapsuler des cannettes de coca gratuites à la chaîne doivent avoir envie de se pendre. Je retrouve ma préférée dans la zone fumeur, en train de s’en griller une, emmitouflée dans une épaisse écharpe en laine qui détonne avec le reste de sa tenue. Ma meilleure amie m’aura rappelé entre temps que les hôtesses (pour l’avoir vécu elle-même), sont souvent des étudiantes, qui paient leur loyer entre deux cours, en monnayant leur sourire. Surtout, replacées dans les vrais vêtements, sous le maquillage, la plupart sont normales, abordables. C’est facile de passer pour une bombe quand on vous habille et maquille en catin.

J’ai mieux vécu les derniers jours. Je suis sorti de mes délires et frustrations. Quand je rentrais chez moi je me disais que les filles repartaient aussi se reposer, et j’espérais que ça irait pour elles comme ça va pour moi. J’ai repensé à cette photo un peu accidentelle, cette main contre son corps. Je ne suis pas spécialement “content” de l’avoir.

En vérité, j’aurais préféré pouvoir simplement lui poser une question à l’écart, une amorce de quelque chose, de vrai rapport. Lui demander, à part ça, tu fais quoi dans la vie ?

1031 – Hot Or Not

Les travaux de groupe. Ou comment appliquer le concept de réunionite au monde étudiant : on se voit plein de fois, pendant plein d’heures, pour ne pas avancer. Sauf qu’on le fait sur notre temps libre. Double peine. Il faut pas s’étonner que cette semaine, chez une camarade de classe, on (enfin ils) sorte la bouteille de blanc avant 21h. Bien sûr on tente de bosser, on se prend la tronche pendant une demie heure sur le logo fictif de notre agence de pub fictive qui donnera des réponses fictives au sujet du partiel. Même que des fois on avance un peu, avant le pétage de câble rituel où l’on se redistribue le travail et où l’on rentre dormir. A mi chemin de la soirée j’étais parti en mission DoMac, ravitailler en McFlurry et BigMacs les troupes. Quand je suis revenu, la soirée était parti en cacahuètes. En mode « Qui est bonne dans la classe ? ».

Je ne sais pas si c’était le vin qui était enfin monté au cerveau, où la fatigue d’une journée embrayée sur un stupide oral d’anglais. Toujours est-il que nous en sommes arrivés à tenter de déterminer qui était canon ou pas dans la promo. Est qu’il y avait de quoi manger un peu ou bien t’as vu. J’adore ce genre de discussions, parce que ça permet de révéler les gens. Bien sûr que cette fille à des hanches larges, mais bon, avoue t’il en se frottant la barbe de trois jours, il kiffe. J’acquiesce en silence en sirotant mon Coca Zero. Amen to that. Je fais remarquer qu’une des bombes de septembre a pris 2/3 kilos, ce qu’il semblerait que je sois le seul à avoir relevé. Ca aurait pu être le moment de confier un ou deux crushs personnels, mais au milieu d’une assemblée de gens en couples jusqu’à la corde au cou, j’ai préféré garder mes petits secrets.

Au final je suis parti pas trop tard, épuisé, malade, avec l’envie d’hiberner de manière à peu près permanente. Sur le chemin du retour, les tripes saisies par la mélancolie. Ma dernière promo signifie la dernière chance de classer les gens, de penser à ce qui aurait pu être ou pas. Je n’aurais jamais couché avec une camarade de classe, je n’aurais jamais rien fait de sale dans l’enceinte d’une école. Plus qu’une séance de travail de groupe, je rentrais d’un enterrement de vie de ragots. Bien sûr que je pourrai discuter des collègues à mini jupe autour de la machine à café. Mais pas trop, parce que harcèlement sexuel et milieu pro toussa. Bien sûr je pourrai continuer à classer mes amies Facebook et Twitter pour le sport, mais ça restera entre moi et moi. La fin d’une époque comme on dit.

Ce travail de groupe à la con aura eu un mérite. Celui de délier les langues et de faire triper des camarades de classe qui savent très bien que dans deux semaines on ne se croisera sûrement plus. Ever. Le temps de quelques saloperies et vannes de bas niveau, c’était bien. Mon BigMac avait meilleur goût.
Je serais bien resté plus longtemps.