961 – Clerksettes

Parfois, on me demande ce que sont devenues les filles du Shopi. Si vous n’étiez pas sur ce blog ni sur mon Twitter l’année dernière, vous ne savez pas de quoi je parle. Pour la faire simple, au Shopi en face de chez moi, caissaient deux jolies demoiselles. La première était grande, pulpeuse et sévère. La seconde, arrivée plus tard, était mignonne, douce et aimable. A force d’y aller quasi quotidiennement (le fu ! plus de Pepsi Max !), elles ont fini par me reconnaître à leur tour. Le bonjour est devenu un salut, des plaisanteries se sont échangées. J’ai même dit à la seconde que j’aimais beaucoup son parfum. Enfin, ces trucs quoi. Avec le petit fantasme d’avoir éventuellement une nana qui bosse à vingt mètres maximum de mon lit. Ah, le cerveau adolescent. Puis un jour, j’ai simplement cessé de vous tenir au courant des avancées du truc.

J’aimerais vous dire que c’est parce que les caissières et moi, on culbutait sauvagement sur un lit de coupons de réduction. Mais non. Figurez vous que la gentille, celle qui m’avait avoué ne faire ça que cette année, qu’elle allait reprendre ses études, bah elle l’a vraiment fait. Elle est retournée à l’école dans l’espoir un avenir meilleur. Sans déconner. Je suis obligé de ravaler toutes mes mesquineries, mais je regrette un peu de ne pas avoir eu un bisou sur la joue d’adieu. Reste la seconde, enfin la première, mais sans la douceur de sa collègue, sa nature sévère et taciturne a repris le dessus. Elle ne me salua plus quand je passe dans la rue pendant sa pause clope, je n’ai plus eu droit aux mots gentils quand je faisais mes courses. Enfin, le Shopi est devenu un Francprix, remplaçant la moitié des références du magasin par des produits Leader Price. En bon wannabe bobo, je me suis barré. Direction le Monoprix.

Réçamment, je suis repassé au nouveau Francprix. Une urgence un dimanche (le fu ! plus de Pepsi Max). La nouvelle caissière est pas cool, elle ressemble à rien, je suis tristesse. L’espace d’un instant, je me suis demandé si ma mienne n’était pas partie à son tour. Mais non, elle a pris du grade. Je l’ai compris quand je l’ai entendue parler à un collègue. Elle est devenue semi manageuse du truc. Dans l’opération, elle a prix dix kilos, on un rien que pour ces cernes, et elle fait encore plus la tronche qu’avant. C’est devenu un arbre, qui s’est enraciné au même endroit et qui commence à prendre la place. Et bien entendu, elle n’a pas réagi à ma présence. J’ai eu un petit début de pincement au cœur. Que ce soit le magasin en lui-même et ses employées, tout ce qui me plaisait à soit disparu, soit est devenu moins bien.

Je suis rentré chez moi avec mon Pepsi, et je me suis dit que, hey, je devais quand même vous donner l’épilogue du truc. J’espère que la caissière cool s’éclate à l’école en tout cas. Et qu’elle pense au client sympa. Des fois.

680 – Hi, I… Hum. My name is… Howyadoin ?

Les enfoirés, ils ont changé ma caissière du Shopi. Adieu la brunette au cul énorme dans son jean royal wear. Bonjour la petite au visage poupon avec quelques restes d’acné. Fuck, j’aurais jamais conclu. Enfin j’aurais jamais entamé la conclusion. Mais là, lors de mon premier passage en caisse samedi dernier, je fus saisi par une odeur qui n’appartient pas à une superette glauque, du vrai parfum. Je lève les yeux, et je la trouve mignonne, je sais pas si c’est le parfum qui joue, sûrement. Elle a l’air sympa, enfin elle rajoute des mots entre bonjour et au revoir. Je sais que je devrais dire un truc, mais je reste interdit. Je ramasse mes achats en silence, alors que ça bouillonne dedans. Puis, deux secondes avant de partir je ferme les yeux et :

- Vous… vous portez quelque chose ?
- Pardon ?
- Un parfum, vous avez un parfum là ?

Elle sourit. Comme si c’était la première fois qu’un client lui faisait la remarque. En fait, c’était probablement le cas.

- Oui.
- C’est quoi ?
- Poison.

J’ai aucune idée de ce que c’est. Je demandais par politesse, pour faire tourner la conversation quelques secondes plus.

- J’aime bien.
- Oh ? Merci !

La nana finit rouge comme une pivoine, à tenter de cacher sa bouille sous la carapace qu’elle n’a pas. Tandis que je franchis les cinq mètres qui séparent les portes du Shopi de ma porte, je me hurle en mon moi intérieur que bordel, c’était pas si difficile pauvre connard !

Je veux dire, c’est pas comme si j’avais chômé niveau filles cette année, à courir partout dans tous les sens et à faire plus ou moins n’importe quoi avec n’importe qui (ceci est une énorme exagération visant à construire ma légende). Mais à (presque) chaque fois, c’était quelque chose qui avait plus ou moins commencé par l’interweb, à coup de mails, de pokes et compagnie. Parce que techniquement, avec ma double compétence marketing/écrivaillon, je suis une machine à tuer si on me file un clavier, un calepin ou n’importe quoi sur lequel écrire des mots (un pensée pour l’ardoise véléda sur le frigo de l’ex-femme de ma vie). Sauf que pour aborder une personne que je n’ai pas sur le net, c’est le début de la fin de la misère. Ce qui me pousse dans des retranchements absurdes. Comme cette fille à la fac de Lyon II, la nana avec qui j’ai cours dix heures par semaine, que je passe deux ans à fixer comme le premier des stalkers. Plutôt que de bouger mon cul et d’aller lui dire bonjour je cherche son nom de famille sur les feuilles de présence, j’en déduis son mail universitaire et je lui écris. L’anecdote entière est plus savoureuse que ça mais inutile de préciser que ma réputation de psychopathe n’est plus à faire sur le campus de Bron.

Pourtant, c’est pas comme si j’étais pas armé. Je n’ai pas lu toute la bibliothèque de Sharkboy mais j’ai les bases, les phrases à dire, les zones à toucher, quand les toucher, les postures physiques et compagnie. Une fois en vrai, tout ça reste avec mes mots, au fond de ma gorge, dans la boule qui fait mal. Typique avec cette pote de copain à une copine. Je sais pas combien de minutes de ma vie j’ai perdu à planter sur ses yeux, à m’imaginer tout ce que je voulais lui faire, tout ce que je voulais qu’elle me fasse. Niveau conversationnel, ça coinçait, pas moyen de lui accrocher suffisamment l’attention, de faire quoi que ce soit. Retour penaud en métro, à lire un bouquin d’héroïc fantasy. Et oui, je vous emmerde tous. Paraîtrait que ça serait le syndrome du petit gros boutonneux. J’ai grandi, j’ai plus d’acné, mes dents sont droites, j’ai une corpulence normale et assez d’expérience au pieu pour toujours surnager un minimum au dessus de la moyenne question perfs. Mais face à quelqu’un qui me plait, j’ai de retour quinze ans, et c’est foutu. Alors je me planque derrière un bout de papier ou un ordi, et là je retrouve de ma superbe, de ma verve, je suis le séducteur que j’ai toujours rêvé être. Un jour je vous ferais sûrement une rétrospective des lettres écrites et abandonnées sur le passage de mes fantasmes d’une époque.

Mais tout ce que je viens de vous dire, c’est potentiellement que de la merde. Vu que je suis incapable de décrypter les moindres signaux (cf Blueberry girl y’a un an, fais chier je rumine encore cette histoire). Si ça se trouve j’ai grave un tas de d’occases dans la vraie vie, mais je vois que dalle et je me lamente dans le vide. Mindfuck !

Demain, on parlera collectors.

538 – The Strain

Quelques jours avant mon départ en grandes vacances, le Shopi en face de chez moi a embauché une nouvelle caissière. Une petite brunette plutôt mignonne, joli sourire. Lorsque pour son troisième jour elle a envoyé chier un insolent qui avait tenté de me gruger dans la fille d’attente aux caisse, j’ai su que c’était ma nouvelle meilleure amie. C’est presque une larme au cœur que je l’ai quitté pour les lycéennes du Monoprix de la Croix-Rousse. A mon retour sur Paris la semaine dernière j’étais anxieux. Et si elle n’était plus là ? Si son emploi n’était que saisonnier. Mais non, fidèle au post elle a fait biper le code barre de mes cocas comme si de rien n’était. Pourtant, elle n’était plus tout à faire la même. Moins maquillée, moins sapée, les yeux un peu plus bouffi, quelques kilos en trop repérés au niveau des avant-bras. La zombification était déjà bien entamée !

Dans un sens, je peux comprendre que travailler sous les néons d’une supérette durant tout un été puisse vous déchirer l’âme, réduire jeunesse, beauté et joie de vivre à néant. Sur ce coup là, sur cette caissière là, j’étais tout de même méga triste d’observer une réduction de quatre vingt-dix pour cent de son sourire. Alors j’ai été doublement zentil, sans grand effet. Je ne vais pas céder, je refuse de l’abandonner au gel du néant et me suis juré d’être le plus zentil des clients à chaque fois, espérant réduire sa lente transformation en cadavre robotique. Je me suis posée la question de savoir si chaque enseigne de vente directe possède un effet différent sur les jeunes filles en fleur. Le souvenir de mes quelques visites au Décitre de Lyon me procure encore des frissons d’effroi. Uniquement des caissières adorables de mignonnitudes, à croquer sous leur petit bureau. Mais l’attitude la plus désagréable de tous les temps.

En définitive mon meilleur souvenir de caissière restera cette nana du Quick Bastille dont j’ai peut être déjà parlé. Cette histoire ne me lassant jamais, tant pis si c’est le cas. Ce jour là, il y avait une rebeu assez peu gâtée par l’ADN parental et une grande fine rousse au nez mutin au centre d’une bouille à faire fondre. Mon casque Wesc vissé sur le crâne, je priais pour que la jolie finisse de servir son client en premier. Perdu, à vingt secondes près, la moins jolie (euphémisme) ayant bouclé la commande d’abord. Prétextant d’être profondément absorbé par la puissance lyrique de Sum 41, j’ai feint de ne pas l’entendre m’appeler au comptoir. Lorsque la place en tête à tête avec mon fantasme du jour s’est libérée, je me suis avancé vers ma promise. Au fait de mon petit manège, elle a penché légèrement sa tête sur le côté et m’a gratifié d’une moue mi boudeuse mi flattée.

Cinq minutes plus tard je trouvais miraculeusement une seconde portion de frites gratuites au fond de mon sac à emporter. J’étais amoureux. Comme quoi, des fois, le bonheur ça tient à pas grand-chose. Manque plus qu’à trouver un moyen de ressusciter la brune du Shopi !

Demain, top 3.