J’étais en train de me demander comment occuper ma dernière heure de bureau quand j’ai commencé à me faire engueuler par textos. Cool. Joute verbale, insultes et compagnie, le temps est passé assez vite. Sauf que j’ai été un peu odieux. Enfin, plus que d’habitude. Alors que j’étais plus que très clairement en tort. J’avais seulement la flemme de faire ce qu’il est attendu de moi. Le parcours des excuses, où je suis le bâton, je courbe l’échine, je saute à travers les cerceaux, je fais pénitence et j’accompagne la colère jusqu’au bout de sa lente redescente. Au lieu de ça, j’ai abusé de mauvaise foi et autres subterfuges pour enfumer mon adversaire jusqu’à ce qu’il laisse tomber, de dépit, et coche une petite croix de plus dans la case « sale con » de ma fiche de personnage.
Ca recommence. Je n’ai aucune patience. La moindre contrariété se heurte au rouleau compresseur de mon égoïsme, de ma fatigue, de ma frustration. D’ordinaire je suis à peu près mesuré (sauf quand je parle de Bad Boys II ou de Sony). Je suis capable du minimum nécessaire d’introspection pour déterminer si j’ai raison ou tort. Je peux prendre du recul, écouter les gens, me remettre en question. Là non. Avec mes six heures de sommeil par nuit, la fatigue des deux fois une heure de piscine par semaine, les yeux éclatés par le rétro éclairage nocturne du clavier, je suis un zombie. Chaque matin, j’alloue ce que je peux d’énergie à ce que j’ai prévu de faire dans la journée. M’engueuler ne fait pas partie du rationnement du matin. Alors forcément, ça coince. Mais, pire que ça, en ce moment je suis capable d’être purement méchant.
Au lieu de laisser une discussion suivre son cours, il m’arrive de la trancher net, d’une petite phrase. Torpille sournoise qui vient se vriller entre les cotes de mon interlocuteur qui espérait tout le contraire. Parce que parfois, la montée en colère met un terme à la conversation bien plus vite que l’apaisement. Et putain ce que je donnerais tout pour qu’on me foute la paix. Ferme là bordel. Oui je te déteste, tu es une sale conne. Oui j’ai pas envie de te voir. Oui tout ce que tu veux mais arrête de me parler. Bien sûr que ce n’est pas constructif, bien sûr que ce n’est pas bon pour moi, ma vie sociale, ma réputation, tout ce qu’on veut. Seulement il arrive que je n’aie pas la force de jouer le jeu, juste assez de jus pour me rouler en boule sous ma couette et attendre que ça passe.
C’est une phase. Parce que la vie n’est qu’une suite de phases, et que je ne m’aime pas trop en mode infréquentable. Je pars ramasser les pots cassés, je présente des excuses, je fais des calins, j’offre un domac de l’amitié. Plus qu’à prévenir au lieu de guérir.
Mais là il est pas loin de deux heures du matin. Donc c’est pas pour demain. Mais j’y bosse.