1100 – Protip

Je ne sais pas si c’est le printemps, mais j’ai remarqué une recrudescence des gens qui Savent dans mon entourage plus ou moins proche. Ceux qui Savent quel est le truc qui fait que je n’arrive pas à ce que je veux dans ma vie. Quel est mon défaut qui est le frein ultime à mon ascension. Ils Savent aussi ce que je devrais faire pour tout changer. Les habitudes que je dois perdre, celles que je dois prendre, quelle partie de ma mentalité est un grave problème. Arrête d’écrire ton blog. Arrête de dire que tu écris. Sois plus humble. Sois plus courageux. Le message est aussi variable/paradoxal que la façon dont il m’est délivré.

Entre le pote qui m’invite à diner pour me raconter pendant une heure le livre que je devrais écrire et qui ferait de moi une star et l’inconnu qui entend parler de moi par un auteur dans un bar et qui en déduit tout ce qui fonctionne de travers dans ma démarche et se fait le devoir de venir me réécrire un plan de carrière, il y a de quoi faire. Parfois c’est simplement plus insidieux, une phrase lâchée dans une engueulade alcoolisée, un morceau de rancœur craché en douce ou un rappel à chaque occasion du truc dont on est persuadé qu’il causera ma perte. La seule chose qui ne change pas vraiment, c’est la grammaire, le champ lexical.

Le français est une langue riche, avec plein de modes cools pour exprimer une opinion comme le subjonctif, ou, je sais pas moi, le conditionnel. Mais on ne me donne que trop souvent des leçons de vie à l’impératif, au futur. Voilà ce que tu dois faire, voilà ce qui va se passer. Et tous ces individus oublient trop souvent que la première étape pour régler le problème de quelqu’un, c’est qu’il admette en avoir un. Ça passe par la graine du doute. Celle qui ne germe pas sous les pluies acides de l’impératif ou d’un vocabulaire trop tranché. Parce qu’au fond, le plus souvent, on ne me donne pas tant des conseils qu’on exprime un agacement. Je le sais pour avoir un moment fonctionné de la même manière.

Je détestais un trait de caractère chez quelqu’un. Alors je disais qu’à cause de ça il plantera sa vie/son couple/sa santé. Je ne comprenais pas comment un autre dont j’estimais le talent ou les opportunités les gâche à ce point. Alors je ne perdais une occasion de lui dire ce qu’il devrait faire à la place. Et ainsi de suite en cas de jalousie, de ressentiment, d’agacement. Puis on a commencé à me faire la même. J’ai compris que les gens qui vous veulent du bien savent y mettre les formes, vous accoucher la tête, prennent le temps de converser. J’ai compris que ceux qui imposent, qui affirment, qui crachent, ne font que régler leurs propres problèmes vis-à-vis de votre travail, de vous ou parfois d’eux même, par l’intermédiaire d’un début de vérité ou de bonne intention, diluée, noyée. Alors j’ai commencé à me taire et j’ai arrêté d’écouter.

Le défilé de ceux qui Savent n’aura réussi qu’une chose, me blinder petit à petit. Je suis très loin d’être parfait, de tout savoir, et j’essaie me remettre en cause, avec ceux qui j’estime beaucoup, que je jalouse parfois un peu, mais en qui j’ai confiance. Ce sera à leur côté que je me servirai en coca, une fois arrivé, à regarder tout en bas ceux qui Savaient. J’aurai gagné mon pari. Eux, ils auront perdu.

1097 – Agent X

Dans la vie on veut toujours ce qu’on ne peut pas avoir.

Prenez les agents littéraires, alias le truc qui existe chez nous que pour vendre des droits ciné/à l’étranger. Bah j’en veux un. Je sais je l’ai déjà dit. J’ai déjà énuméré tous les avantages à avoir un type qui est payé à la commission et qui va donc suer sa race pour faire toutes les démarches de l’artiste qui n’a plus qu’à rester chez lui à sauter des étudiantes. Plus ou moins. Je me comprends. Enfin. Dans le monde réel pendant ce temps j’imprime en scred un exemplaire de manuscrit, je fais relire à cinq personnes ma note d’intention (aucune d’entre elles n’aura relevé la faute de grammaire) et j’écris avec mes petits doigts l’adresse de l’éditeur sur la lourde enveloppe avant de la poster.

Alors pour conserver un peu de magie dans un monde sinistre, j’appelle tous mes amis de l’édition Agent. Comprenez par là que si quelqu’un me donne ne serait-ce qu’un micro coup de main (rappeller son ex qui a couché avec un type qui a fait un stage dans le service courrier d’un édteur et qui peut être peut me donner un nom), je l’interpellerai toujours comme « Agent », jusqu’à complétion des services. D’une, c’est déjà beaucoup plus valorisant que « contact », « réseau » ou « piston ». Ensuite ça me donne l’impression d’être un génie du mal solitaire qui, derrière son bureau, envoie ses équipes en mission à travers Saint Germain.

A un moment j’avais quand même envisagé d’engager un agent/chasseur de primes. En mode « le premier qui est directement responsable de ma signature gagne XX% au passage. Mais bon, c’est mon côté pistolero du capitalisme ça. Puis vu ce que ça gagne un auteur, je peux promettre un diner au restaurant ça reviendra au même.

N’empêche que je commence des mails par « Agent ! » et que ça me fait plaisir. Je parlais dernièrement des petites motivations qui me font continuer. Mes potes qui jouent le jeu, m’engueulent comme si j’étais un vrai client relou, se démènent et me trouve des bribes de plan, tout ça joue sur le moral. Dans le bon sens.

Si on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut dans la vie, on peut faire semblant. Ça marche pareil.

911 – Happimp Birthday

Une dizaine de jours plus tôt, c’était le fêtage de l’anniversaire de pimp. Trois dizaines, ça se célèbre au restaurant, avec une très grande table et des filles bien habillées. Pour compenser le fait que j’étais en tee, j’ai mangé une salade pour faire plus adulte. Les gens ont bu (parfois trop) et discuté. Good times. Sur le chemin du retour, Pimp remarquait à voix haute que peu importe l’âge des invités en présence, chacun avait encore quelque ambition plus ou moins artistique. On a le chanteur qui va sortir un album, celui qui devrait en pondre un, le musicien qui cherche un groupe, la chef de projet qui veut tout plaquer pour un job avec plus de sens etc… Autour de la table on a échangé nos idées et envies à plus ou moins long terme. En vrai, dans nos petits cœurs, on y croyait un peu tous.

Souvent je demande aux gens ce qu’ils voulaient faire quand ils étaient mômes. C’est ces individus qui ne savent pas trop quoi te raconter sur eux. Tu essais de faire connaissance et ils se résument en quelques mots. Genre j’ai pas de passion, pas de tics, pas de truc qui me fait vibrer au fond. C’est encore plus pénible quand il s’agit d’une jolie fille à qui tu essaies de trouver une jolie personnalité. Alors je pose la question, à l’époque où tout n’était que rêves lointains, tu voulais faire quoi ? Ce qui m’étonne le plus, ce n’est pas tant la réponse que parfois l’absence de réponse. Pas que les gens aient oublié, juste, c’est si difficile pour eux d’aller déterrer ce bout d’ambition abandonnée, ce plaisir simple disparu. Ça en est désespérant. Il arrive même qu’il n’y ait plus rien à faire. Plus rien à en tirer.

Je me souviens de l’appartement d’une amie à Lyon. Elle avait encadrée une variation de cette phrase débile : Il est important d’avoir des rêves grands, pour ne pas les perdre de vue. Aussi cliché que ça puisse paraître, je restais bloqué en face, souvent, à réfléchir intensément à la question. Tout comme j’ai pu cogiter en lisant moult articles de blogs sur comment atteindre ses rêves (les découper en une suite de petits rêves pour permettre d’atteindre régulièrement des buts par exemple) ou qu’est-ce qui différencie ceux qui réussissent des autres (en gros, ils y croyaient plus que tout). En ce moment je suis en cours avec plein de gens que je ne connais pas. J’ignore tout de leurs rêves, leurs ambitions, s’ils en nourrissent des plus complexes que bosser dans le market et être très riche avec des responsabilités. Au moins, à l’anniversaire de Pimp, on en parlait tous librement, des aspirations et d’où on en était.

Bien sûr, ces moments là servent avant tout à se rassurer. Je dis que j’écris des bouquins et que je veux en sortir plein pas pour impressionner la personne en face avec mon CV artistique minable d’écrivaillon. Mais j’énonce à voix haute ce à quoi j’aspire. Je fais exister mes espoirs ailleurs que dans mon cerveau. Et en échange j’écoute ceux des autres.
Quand Pimp à pointé du doigt que l’assemblée entière avait des projets artistiques, il le disait sur un ton de fierté. Peu être de penser qu’à trente balais nous sommes encore des work in progress au lieu de simplement grimper un organigramme prédéterminé dans une boîte inhumaine. Ou simplement d’être entouré de personnes qui lui ressemblent, et qui le valident. Qui nous valident. Il, je, nous, ne sommes pas seul. A vingt-quatre ou trente piges, on rêve encore.