Le truc super relou : être persuadé d’entendre son téléphone vibrer. Tu as beau savoir que tu as imaginé le « brrr » du vibreur, tu vas quand même vérifier, au cas où. C’est Pavlovien. Le son de vibration est associé à la récompense du texto, du message, dont personne ne doute qu’il va changer ta journée (« Hé viens on va boire un verre ») ou ta vie (« hé viens on part baiser et se marier à Las Vegas »). Ca me le fait aussi avec les jeux vidéo. Par exemple ce petit bruit caractéristique quand tu débloques un succès sur Xbox, le « plop », qui vient gonfler ton égo et faire frétiller tes oreilles, bah je l’entends tout le temps. Je joue peinard et là, PLOP, sauf que c’est dans ma tête. Parce que je suis un malade mental. Et ça les gens qui font des jeux de fitness l’ont bien compris, vu qu’ils usent et abusent des récompenses sonores.
Non vous ne rêvez pas, je suis tellement taré que je vais vous faire un benchmark des sons pavloviens dans les jeux vidéo de fitness. Du plus soft au plus lobotomiste.

On commence par YourShape. Le jeu te demande d’être en rythme avec le coach et d’effectuer les bons mouvements. Quand tu rentres en synchro avec le jeu, un léger son de clochette te fait entendre. Si tu perds le rythme, un autre léger son plus grave retentit. On a donc deux signaux : bien/pas bien. Qui ne se répètent que quand on rentre en/perd la synchro.
Ça se complique dans EA Sports Active. Le jeu te demande de faire les mouvements requis à chaque exercice et ne va pas s’arrêter tant que tu n’as pas complété tes répétitions. Pas de rythme, pas de signal sonore lié. MAIS, dès que tu fais une portion de mouvement correcte, un ding de récompense se fait entendre. Tu lèves ton haltère, ding, tu baisses ton haltère, ding. Ca en devient un facteur de motivation. Une sonnerie signifie une micro-réussite. Plein de sonneries, plein de réussites.
Le système est poussé jusqu’au bout dans UFC Personnal Trainer. Le (seul) jeu de fitness ciblé pour les hommes te demande de faire les mouvements requis à chaque exercice mais s’arrête au bout d’un temps donné. Le facteur temps devient important. Ici encore chaque portion de mouvement correcte déclenche un son approbateur. Sauf qu’en plus on a un son qui prévient qu’on doit bouger juste avant. En gros « ding » pour te dire qu’il faut donner un coup de poing et « blip » quand tu donnes correctement le coup de poing.
On a donc un jeu qui t’ordonne une action avec toujours le même bruit et qui te récompenses si tu l’exécute avec un autre bruit. Félicitations, tu es à présent lobotomisé.
Quand dans UFC tu accélères le rythme de tes enchainements de coups, c’est autant pour suer que pour te shooter les neurones avec la cascade de ding/blips que ça entraine. Ces sons sont associés à des récompenses et c’est ton cerveau reptilien qui se vautre dans la cocaïne sonore. D’où colère est frustration quand le jeu ne capte pas bien ton mouvement, ou si tu le fais mal et qu’il ne compte pas. Tu te fous du nombre de calories perdues, tu veux ton putain de susucre !
Là où ça devient encore plus pervers, c’est qu’UFC Personnal Trainer utilise une gamme sonore dépréciative avec la même efficacité. Si tu n’effectues pas le mouvement dans les temps (parce que tu t’es effondré comme une merde au bout de 16 pompes sur 20), tu reçois un son grave connoté négativement : « bom ». Si tu vas trop vite ou de travers, le son positif devient négatif avec un « blop ». Ces bruitages deviennent rapidement associés à une punition dans l’esprit : tu as raté, tu es puni. Non seulement tu n’as pas ton susucre sonore, mais tu as une gifle à la place. On obtient donc rapidement l’effet désiré : que le joueur fasse tout pour éviter les mauvais sons. Ce qui inclue aussi le chronomètre qui, dans les dix dernières secondes, se lance dans des sonneries stridentes.
A titre personnel je me demande si la horde de sonneries d’UFC Personnal Trainer n’est pas liée à la cible masculine du jeu, à priori beaucoup plus motivée par des « engueulades » qu’une fille moins habituée à des mécaniques de scores et de punitions. D’ailleurs dans YourShape les rares exercices de boxe déclenchent un son à chaque coup lorsque les exercices de cardio/aérobique ne signalent que le bon rythme.
Les humains sont des animaux stupides, à peine plus évolués que le chien de Pavlov. Certes on est capable d’aller bosser pour s’acheter une Xbox et un jeu. Mais les game designers ont bien compris qu’avec trois bruitages basiques ils nous tiennent par les neurones. La lobotomie n’est pas très loin.
La bonne nouvelle c’est que ça fait (peut-être) mincir.

