1267 – It’s Tricky

A mon sens, la randonnée en montagne est peut-être l’expérience divertissante la plus opposée au jeu vidéo.

Dans mon esprit, la console de jeu, c’est la technologie, les circuits imprimés, le plastique, les usines, les fermes de serveurs, le béton, les immeubles, la ville, tous ces trucs. Son opposé est donc la nature, les champs à perte de vue, l’absence de construction ou intervention humaine. Ce qui explique sans doute ma fascination pour toute reproduction de nature dans le contexte d’un jeu vidéo. Souvent j’explique qu’il suffit à un jeu de posséder un niveau de jungle, un de glace et un de lave pour me satisfaire. Parce c’est de la nature, mais dans la technologie. Malheureusement, même dans Far Cry, il y a des jeeps, des villages, des bateaux. Et dans Colin Mc Rae rallye, les paysages sublimes sont séparés en deux par une route bien humaine.

Pour moi, le genre de jeu qui laisse la plus grande place possible à la nature est les jeux de snowboard.

Prenez le dernier SSX : à part les rails disséminés çà et là le long des parcours, AUCUN autre élément du décor n’est de « nature » humaine, ou alors pas du tout en état de marche puisque les télésièges sont détruits, les pipelines à moitiés ensevelies. A part le « héros », sa planche et éventuellement son accessoire, rien d’autre ne vient troubler la montagne, majestueuse. Forcément, ça me titille les yeux. Surtout quand je vois des gouffres de lave dans certains niveaux avancés du jeu (je jouissa, manquait plus que de la jungle). Et quelque part, je pense que le jeu vidéo en général à besoin des jeux de snowboard, ne serait-ce que parce qu’ils sont les seuls à prendre la peine de modéliser de manière aussi extensive des environnements montagneux. Je suis pour l’exhaustivité des représentations. Dans un monde parfait un faudrait au moins un bon jeu de tout.

Au-delà de ça, SSX c’est aussi particulièrement fun, dans l’excès (de vitesse, de figures, de bande son), avec un tas de trucs à faire avant d’en parvenir à bout. D’ailleurs c’est bien simple, je crois que je n’avais pas passé autant d’heures sur le même jeu depuis plus d’un an. Le truc est simplement inépuisable en ce qui me concerne. Je le lance dès que je dois passer un long coup de fil, pour le simple plaisir de dévaler des descentes improbables, gigantesques, où rien ne vient me rappeler la ville, le béton, les combats modernes et autres joyeusetés habituelles. Tout comme je peux rager pendant une heure pour battre le meilleur score de ma liste d’amis. Parce qu’il me détend autant qu’il me stresse, SSX me fait du bien dans mon corps.

PUIS LA MONTAGNE BORDEL.

Sinon l’autre jeu 9000% nature qui me vient à l’esprit c’est Ecco The Dolphin, que j’ai retourné dans tous les sens sur Dreamcast (après avoir éclaté les versions Megadrive). Mais Ecco perd les points bonus nature qu’il avait gagné en ne mettant aucun humain à cause des derniers niveaux dans des vaisseaux spaciaux aliens. True story.

1261 – Arm Length

Des fois, pas souvent hein, genre quand tu as de la chance, tu reçois des photos de filles que tu connais un peu ou beaucoup déshabillées.

Quand ton cœur s’accélère, il se passe plein de chose à l’intérieur de ton organisme. Mais, principalement, tu consommes plus d’énergie. Le muscle cardiaque se bâfre de calories, fait un feu de joie dans tes cellules. Pour peu qu’en plus tu commences à avoir chaud, produire un tas d’hormones parce que tu es chamboulé, c’est un festival Burning Man à taille humaine.

On peut, dès lors, se demander si une photo de connaissance un peu dénudée peut constituer une forme de régime. Après tout, c’est vis-à-vis des filles que l’on connait que le cœur bat le plus vite. Pour peu que tu passes plusieurs longues minutes, les yeux fixés sur ton écran de téléphone ou d’ordinateur, à battre silencieusement la chamade, c’est un bon entrainement.

La photo reçue par MMS ou mail ou lien internet, c’est mine de rien un petit bout de confiance. Parce que c’était toi et pas un autre, tu as eu accès à quelque chose qui n’est pas sur son Facebook, pas dans ses Twitpics, pas dans son Flickr, même les galeries protégées par mot de passe. Alors c’est un peu spécial, c’est ça qui fait battre ton cœur et pas juste ton entrejambe, c’est toute la valeur symbolique que tu n’auras jamais sur des Tumblr de porn.

Bon, ça implique que tu fasses un peu d’effort. Par exemple tu dois oublier le fait qu’il y a de grande chance que tu ne sois ni le premier ni le dernier à recevoir cette photo. Tu dois oublier qu’elle a peut-être été prise par un mec qui a couché avec la fille, lui, par opposition à toi. Tu dois oublier le fait qu’il y a de grandes chances que, non, tu ne coucheras pas avec elle, toi. Car il ne faut pas se leurrer, s’il devait se passer quelque chose, ça serait déjà fait. Un rencard est si vite organisé. Si tu arrives à faire l’impasse sur tout ça, alors oui, ton cœur il va faire boum.

Et tu perdras du poids.

Mais si ça se trouve, tu es le seul à recevoir cette photo, qui a été prise pour toi et dans l’intention de te motiver à coucher avec elle. Et là… Là, niveau zone d’entrainement cardiaque, c’est niveau tournoi.

Dans tous les cas, n’oublie jamais de dire merci, du fond du cœur, parce que c’est avant tout là que ça se passe.

1160 – Trick And Treat

Le truc super relou : être persuadé d’entendre son téléphone vibrer. Tu as beau savoir que tu as imaginé le « brrr » du vibreur, tu vas quand même vérifier, au cas où. C’est Pavlovien. Le son de vibration est associé à la récompense du texto, du message, dont personne ne doute qu’il va changer ta journée (« Hé viens on va boire un verre ») ou ta vie (« hé viens on part baiser et se marier à Las Vegas »). Ca me le fait aussi avec les jeux vidéo. Par exemple ce petit bruit caractéristique quand tu débloques un succès sur Xbox, le « plop », qui vient gonfler ton égo et faire frétiller tes oreilles, bah je l’entends tout le temps. Je joue peinard et là, PLOP, sauf que c’est dans ma tête. Parce que je suis un malade mental. Et ça les gens qui font des jeux de fitness l’ont bien compris, vu qu’ils usent et abusent des récompenses sonores.

Non vous ne rêvez pas, je suis tellement taré que je vais vous faire un benchmark des sons pavloviens dans les jeux vidéo de fitness. Du plus soft au plus lobotomiste.

On commence par YourShape. Le jeu te demande d’être en rythme avec le coach et d’effectuer les bons mouvements. Quand tu rentres en synchro avec le jeu, un léger son de clochette te fait entendre. Si tu perds le rythme, un autre léger son plus grave retentit. On a donc deux signaux : bien/pas bien. Qui ne se répètent que quand on rentre en/perd la synchro.
Ça se complique dans EA Sports Active. Le jeu te demande de faire les mouvements requis à chaque exercice et ne va pas s’arrêter tant que tu n’as pas complété tes répétitions. Pas de rythme, pas de signal sonore lié. MAIS, dès que tu fais une portion de mouvement correcte, un ding de récompense se fait entendre. Tu lèves ton haltère, ding, tu baisses ton haltère, ding. Ca en devient un facteur de motivation. Une sonnerie signifie une micro-réussite. Plein de sonneries, plein de réussites.
Le système est poussé jusqu’au bout dans UFC Personnal Trainer. Le (seul) jeu de fitness ciblé pour les hommes te demande de faire les mouvements requis à chaque exercice mais s’arrête au bout d’un temps donné. Le facteur temps devient important. Ici encore chaque portion de mouvement correcte déclenche un son approbateur. Sauf qu’en plus on a un son qui prévient qu’on doit bouger juste avant. En gros « ding » pour te dire qu’il faut donner un coup de poing et « blip » quand tu donnes correctement le coup de poing.

On a donc un jeu qui t’ordonne une action avec toujours le même bruit et qui te récompenses si tu l’exécute avec un autre bruit. Félicitations, tu es à présent lobotomisé.

Quand dans UFC tu accélères le rythme de tes enchainements de coups, c’est autant pour suer que pour te shooter les neurones avec la cascade de ding/blips que ça entraine. Ces sons sont associés à des récompenses et c’est ton cerveau reptilien qui se vautre dans la cocaïne sonore. D’où colère est frustration quand le jeu ne capte pas bien ton mouvement, ou si tu le fais mal et qu’il ne compte pas. Tu te fous du nombre de calories perdues, tu veux ton putain de susucre !

Là où ça devient encore plus pervers, c’est qu’UFC Personnal Trainer utilise une gamme sonore dépréciative avec la même efficacité. Si tu n’effectues pas le mouvement dans les temps (parce que tu t’es effondré comme une merde au bout de 16 pompes sur 20), tu reçois un son grave connoté négativement : « bom ». Si tu vas trop vite ou de travers, le son positif devient négatif avec un « blop ». Ces bruitages deviennent rapidement associés à une punition dans l’esprit : tu as raté, tu es puni. Non seulement tu n’as pas ton susucre sonore, mais tu as une gifle à la place. On obtient donc rapidement l’effet désiré : que le joueur fasse tout pour éviter les mauvais sons. Ce qui inclue aussi le chronomètre qui, dans les dix dernières secondes, se lance dans des sonneries stridentes.

A titre personnel je me demande si la horde de sonneries d’UFC Personnal Trainer n’est pas liée à la cible masculine du jeu, à priori beaucoup plus motivée par des « engueulades » qu’une fille moins habituée à des mécaniques de scores et de punitions. D’ailleurs dans YourShape les rares exercices de boxe déclenchent un son à chaque coup lorsque les exercices de cardio/aérobique ne signalent que le bon rythme.

Les humains sont des animaux stupides, à peine plus évolués que le chien de Pavlov. Certes on est capable d’aller bosser pour s’acheter une Xbox et un jeu. Mais les game designers ont bien compris qu’avec trois bruitages basiques ils nous tiennent par les neurones. La lobotomie n’est pas très loin.

La bonne nouvelle c’est que ça fait (peut-être) mincir.