1224 – Book Review 208

L’homme en noir fuyait à travers le désert, et le pistolero le poursuivait.

Je me souviens quand Stephen King s’est fait renverser par une voiture. C’était en 1999 et de ce que j’en entendais dans les médias, c’était grave. Pendant ce temps, les fans de King commençaient à prendre peur qu’ils ne puissent jamais lire la fin du Grand Œuvre de l’auteur : La tour sombre. J’ai appris à lire des livres « pour les grands » avec Stephen King, alors j’écoutais, et c’était la première fois que j’entendais parler de The Dark Tower. Depuis, j’ai vu passer l’adaptation en comic par Marvel, les rumeurs de saga cinéma avec Javier Bardem. Forcément, ça agite la curiosité. Après s’être rétabli, Stephen King a écrit et publié les derniers volumes de la saga. En 2003 il a revu et corrigé les premiers épisodes, par soucis d’homogénéité. Et ce mois-ci, sorti de 1000 pages de 1Q84, j’ai entamé les 250 du Pistolero, le premier volume de la Tour sombre. Pour souffler.

Une très chouette vieille édition. :3

Le Pistolero est donc à la poursuite de l’homme en noir à travers le désert. Il marche chaque jour un peu plus sous le soleil de plomb, accompagné de sa mule et de sa volonté qui lui permet d’avancer. Sur sa route il croisera une ville d’illuminés, une femme trop curieuse, un fermier bavard, un enfant d’un autre monde et des mutants des cavernes. Entre autre. Au fur et à mesure de son voyage, il parlera ou repensera à ses jeunes années, sa formation de pistolero et sa famille. De l’homme en noir nous n’apprendrons pas grand-chose, si ce n’est qu’il détient quelques clefs concernant la mystérieuse Tour Sombre.

The Gunslinger est un prologue, une longue introduction. 250 pages plus loin et je ne peux pas dire que l’histoire ait réellement commencé. C’est un peu comme le pré générique du premier épisode d’une série TV. Ce que je retire du Pistolero, c’est l’ambiance de cet univers, quelques une de ses règles et une poignée de personnages principaux. Roland Deschain est le Pistolero, peut-être le dernier, et ce premier volume est en grande partie son histoire. Le style est à la fois contemplatif et « cool », dans le sens où King aime ses westerns et utilise tout ce qu’il peut pour donner un ton épique et viril à son récit. Ce qui pourrait passer pour prétentieux est au final complètement dans l’esprit du genre, cet espèce de mélange entre western et fantasy. L’auteur avoue en introduction avoir voulu faire un mash-up du Seigneur des anneaux et des westerns spaghettis. C’est tout à fait ça, en réussi et captivant.

Notons que The Gunslinger a d’abord été publié dans un journal littéraire, sous forme de feuilleton, où chaque chapitre était accompagné d’une superbe illustration couleur, reproduite jusque dans l’édition poche française (et tristement en basse résolution noir et blanc sur mon Kindle). C’est COOL. Et rustique.

King a commencé à rédiger The Dark Tower avant ses 20 ans, pour achever son écriture près de quarante an plus tard. Pour trainer dans un coin de ma tête un western post-apocalyptique en six volumes depuis mon époque BD, à 20 piges, je comprends. Sauf que je doute que mon truc puisse scotcher autant que cette introduction à la Tour Sombre.

Oui, je mords à l’hameçon. On dit que j’essaie le second volume. Allez.

BUY STAGE !!!

Pas cher en VF.

734 – Book Review 122

Lorsque Joe Hill sort son premier bouquin il y a trois ans, les médias ne comprennent pas trop qui est ce type trop secret sur lequel on ne sait rien. Surtout que son roman, une histoire de fantômes, se vend vraiment bien chez un gros éditeur. Il faudra quelques mois à la presse spécialisée et l’interweb pour éventer la supercherie. Hill est le fils de Stephen King qui, a l’instar de son père à une époque, aura choisi de publier sous pseudonyme, principalement pour éviter de profiter de son nom. Sur le principe, ça se respecte. Mais quand j’ai découvert ça quelques mois plus tôt, j’ai passé précommande son second roman Horns, avec un pitch bien alléchant. Et comme je suis un nazi de la couverture, j’ai préféré l’édition anglaise avec son miroir intégré pour se regarder avec des cornes de Satan directement sur le bouquin. Marketing genius !

Ig s’est payé une bonne cuite. Il faut dire qu’un an plus tôt sa petite amie était retrouvée assassinée et violée dans les bois. Principal suspect, Ig ne doit sa liberté qu’à un incendie du commissariat qui aura détruit toutes les preuves. Le lendemain de l’anniversaire de la tragédie, le jeune homme se réveille avec une foutue gueule de bois et deux protubérances osseuses sur son front, des cornes. Très vite Ig s’aperçoit que ses nouveaux appendices lui confèrent d’étranges pouvoirs, comme faire confesser à ses interlocuteurs leurs pires pulsions ou bien visualiser les souvenirs d’une personne au moindre contact. D’abord paniqué, Ig finit par se demander si cette étrange malédiction ne pourrait pas l’aider à résoudre le viol et meurtre de sa petite amie, et lui permettre ainsi de se venger.

La première page de Horns est magistrale. Courte, bien menée et ultra stylée, elle donne le ton d’entrée de jeu. Les cinquante suivantes sont extraordinaires, vous prennent aux tripes comme un top model qui a décidé arbitrairement de vous chevaucher sans prévenir. Puis d’un coup elle se retire, vous laissant le désarroi à l’air, et décide de vous raconter l’histoire de sa vie avant de finir de baiser. C’est complètement dégouté que j’abordais le gros morceau du bouquin, un gigantesque flashback de la rencontre entre Ig et Merrin, sa promise. On suit leur adolescence, leur amitié avec Lee, le mec à la cool, et Terry, le grand frère d’Ig. C’était comme dans rentrer dans un second bouquin, sans fantastique ni dialogues bien vénères. Mais je me suis attaché à cette storyline, et j’ai eu le cœur vrillé dans les derniers instants du jeune couple, tellement les scènes et caractères ont su toucher juste.

La seconde moitié réserve bien d’autres surprises que le simple « kikilatué ». Toutes les interrogations se rejoignent avant la fin et j’en suis ressorti plus que contenté. Horns est étonnamment propre et bien construit, loin des délires parfois foutraques du papa King. Ce sont les personnages qui m’auront le plus soufflé, à me faire adopter leur point de vue ou à me convaincre qu’untel ou unetelle est une véritable ordure alors que non. Et inversement. Bien joué Joe Hill. Ca valait vraiment le coup.

Demain on parlera névrose du tee shirt.

608 – Joke City Police District

Je suis un type plutôt naïf. Ca doit être la faute à mon optimisme forcené, mais on peut me faire gober quasi n’importe quoi. Prenez ce pote de collège, qui un jour à eu l’excellente idée de m’appeler au milieu de l’aprem’ un mercredi en se faisant passer pour une radio locale, me tenant la jambe quinze bonnes minutes à me faire jouer à un jeu débile pour me faire gagner des CD. Je n’avais pas reconnu sa voix, ni celles de ses copines de chez qui il téléphonait. La blague s’acheva sur une explosion de rire généralisée et des vannes dans la cour de récré pendant une bonne semaine. Ah ah qu’on l’a bien eu ce jeune Le Reilly. Or s’il y a bien un truc que je hais sur cette planète de merde, c’est les canulars. Dix ans plus tard, je l’ai retrouvé sur Paris (preuve s’il en fallait qu’ils prennent vraiment n’importe qui au Celsa). Et après toutes ces années, j’avais toujours un début d’envie de lui coller mon poing dans la gueule.

Je suis un type plutôt marrant. J’ai vide adopté la maxime comme quoi fille qui rit, à moitié dans ton lit. Fun fact, ça fonctionne. Mais dans l’humour comme dans le reste, il y a des crimes. En ce qui me concerne, j’ai un très faible niveau de tolérance au canular. Dans les faits, c’est fomenter et créer le malheur ou l’humiliation de l’un pour faire rire l’autre. Ce n’est donc pas se moquer de quelqu’un qui glisse sur une banane, c’est mettre la banane sous ses pieds. S’il existait une police de l’humour, le canular serait répréhensible, considéré comme le crime qu’il est. Je dis ça sans une once d’hypocrisie. De toute ma vie je n’ai jamais appuyé sur un interphone au pif, je n’ai jamais composé un numéro dans l’annuaire pour faire une farce, je n’ai jamais orchestré la chute de quelqu’un pour m’en moquer. Je dois être un kikoo lol, trop préoccupé à me mettre à la place de la victime pour esquisser le moindre sourire.

Je suis un type plutôt sérieux. Dimanche quelqu’un à trouvé le moyen d’accéder à mon Twitter pour poster une connerie : « LeReilly se demande le prix d’une escort-girl aux States ». Lolilaule. J’ai pas ri. Je crois que personne à ri en fait. A part le crétin congénital auteur anonyme. Une personne qui ne connait pas l’adage comme quoi les blagues les plus courtes sont les meilleures en refusant de revendiquer son minable tag’ à la face du web. Attention point Godwin : Ben Laden revendique ses attentats lui au moins. Sauf que je suis sérieux. Et quelqu’un qui s’amuse à infiltrer mes comptes, non seulement ça me fait pas rire, mais ça me met en rogne. Sérieusement. Imaginez que vous rentriez chez vous pour voir une bite dessinée au marqueur sur le mur du salon. Qui à les clefs de chez moi ? Comment il les a eues ? Ce serait dans la vraie vie, la police, ça la ferait pas rire non plus. Ah oui mais on est sur le net, un endroit magique et bucolique où rien n’a d’importance.

Je suis un type plutôt geek. Sur le net j’ai mes mails, mes réservation d’avion, ma carte bleue, pas mal de mon boulot. L’usurpation d’identité, le hack ou whatever, ça va nettement plus loin que la simple blague. C’est un beau motif de poing dans la gueule. A fortiorri quand on ne vient pas avouer, rassurer, faire amende honorable à la victime sur le dos de qui on s’est bien marré. Alors j’ai passé deux jours à tout sécuriser un gros coup, faire des déductions, pris de nouvelles habitudes. Et la confiance que je pouvais accorder en tous mes amis/connaissances/contacts vient de baisser d’un cran. Un ninja UMP n’aurait pas été plus efficace. C’est dans ces moments là que j’aurais aimé qu’existe une police des mauvaises blagues, constituées de clowns de Stephen King, pour rappeler à certaines personnes ce qu’ils sont. Pas. Drôles. (et lâches accessoirement)

Allez, rendez-vous demain pour une note bittersweet.