986 – Externing

Le truc plutôt cool avec l’Ecole, c’est qu’une bonne partie des profs distribue des stages. Intervenants professionnels, ils ont une boîte à faire tourner, et ne se gênent pas pour proposer des offres pour nous autres étudiants. Ils auraient tort de se gêner, et nous aussi. Parfois, on assiste à des situations un peu cocasses. Comme ce prof, plutôt jeune, avec un beau poste et un beau salaire. Il a mit une petite annonce sur le site de l’Ecole mais n’a reçu que des CV émanant d’élèves qui ne l’ont pas. Il s’étonne que nous, sa classe, n’ayons pas postulé. Puis il rentre chez lui, sans faire le reste du cheminement intellectuel qui devrait lui faire se poser la question de pourquoi plus les élèves ont passé d’heures avec lui moins ils lui envoient de CV. C’était drôle d’aveuglement. Si je vous dis ça, c’est que cette année je cherche un stage, et je suis paralysé à l’idée de postuler à n’importe quoi.

A l’heure où je blogue ces lignes, je n’ai postulé en tout et pour tout qu’à une seule offre. Y’a deux semaines. Et j’ai pas eu de réponse. On pourrait croire que je passe mon temps à gigoter sur Kinect au lieu de chercher. Sauf que non. Facilement un soir sur deux, je suis sur les internets, à rafraichir des sites d’annonces, à éplucher les pages emploi des grosses entreprises. J’ai agi méthodiquement j’ai fait le tour des marques qui habillent mon appartement, qui m’habillent moi, et j’ai suivi cette liste, consciencieusement. Puis je suis allé voir ailleurs aussi, vers le moins évident. Je note des bouts d’idées. Je mets en favoris des offres qui me font penser que, ouais, pourquoi pas. Aussi je demande aux amis, s’ils entendent parler de trucs. On se propose de me briefer sur des jobs auxquels je ne connais rien pour feinter, on me parle d’un vague poste qui va en se libérant.

Une fois de plus je suis prisonnier de mon attentisme et de mes doutes. Chaque fois que je crois savoir à peu près ce que je veux, comme intitulé de taf’, comme boîte, le lendemain je change d’avis. Enfin, sauf pour le truc auquel j’ai postulé. Et là c’est une autre forme de cirque qui commence. Par exemple je suis beaucoup plus sensible aux requêtes qui mènent à mon blog. Un jour sur deux quelqu’un va arriver ici en tapant « Matthias Jambon-Puillet » ou avoisinant. Le plus flippant étant quand je vois une recherche composée de mon nom plus le nom d’une ancienne boîte pour laquelle j’ai pu bosser. Dans ces moments là je retourne me planquer sous la couette. Même si je sais bien que là, même si j’ai encore un poil de temps, va falloir que je me remue assez vite. En route pour le dernier stage de ma vie, en route pour la fin des études, le diplôme, tous ces trucs.

Par contre, je ne sais pas si c’est l’énergie du désespoir, mais je me demande pourquoi je check toujours les offres de stage à quatre heure du matin une veille de cours. Systématiquement. Ca commence à devenir problématique.

465 – Going Nowhere Fast

Aujourd’hui j’ai pas eu des masses de temps pour cogiter à un super sujet. Faut dire que là, je suis normalement la tronche dans les valises, à me magner pour ne pas louper mon train pour Paris. Visiblement je ne suis pas à un aller-retour près. En temps normal j’aurais mon mémoire à présenter cette semaine, mais vu que je l’ai malencontreusement pas rendu pour cause de blocage bête et méchant face à Word, se concluant par la collision répétée de mon front ensanglanté contre le clavier, pas de soutenance. Non, si je rentre, ce n’est pas non plus pour me faire déboîter les rotules au pied de biche par mon école, c’est pour voir les gens avant la grande pénurie. D’ici à peu près une semaine tous les provinciaux auront fui la capitale tandis que les vrais parisiens vont s’amuser à prendre des vacances, si possible très loin.

C’est ma dernière chance de courir après des gens que je ne reverrai pas avant la rentrée, quand ils ne se seront pas tiré dans une autre école ou partis faire un stage à l’étranger. A travers le début de canicule je vais donc faire plusieurs fois le tour de la capitale pour gratter de dernières bises et de derniers checks (wesh wesh gros !). Puis ce sera le dernier retour, celui où en plus des fringues, il faudra que je rapatrie la Xbox, les rollers et plein d’autres saloperies qui vous plombent les valises. Ce sera le temps de la paranoïa, oh mon dieu ais-je fermés les volets ? Vais-je retrouver ma TV HD en septembre ? Un voisin va-t-il foutre le feu à ma boîte aux lettres ? Ca sent les vacances saines et insouciantes sur Lyon. Enfin, quand je dis vacances, je veux bien sûr dire rattrapage de mémoire. Rien que d’en parler, la blessure de mon front s’est rouverte.

Depuis le temps que je souligne l’importance de mes éventuelles dernières vacances d’été ever (qui prendront ensuite le nom de chômage d’été), je me retrouve fort dépourvu. J’ai bien quelques perspectives d’échappatoires, mon pire ennemi restera cette putain de routine. Le risque maximum à force de rien foutre, c’est de se retrouver comme un con en septembre, à se demander où sont passées mes vacances. Certes, ma seule copine à posséder une piscine privée continue à me faire la gueule, donc ça, c’est mort. Il ne faut pas que je me laisse abattre, que je motive les gens à se faire des BBQ burgers dans leurs jardins, que je file à plein de soirées où je ne suis pas invité, que le long de ma gorge coule le coca et à ma peau collent les bisous.

Bon, c’est pas tout ça mais j’ai une semaine à rusher dans l’étouffante chaleur parisienne. Comme je suis pas un bâtard je n’ai pas baclé ma critique de demain, d’un bouquin français. Tout arrive.

325 – PayCheck Part Two

Dans l’épisode précédent de y’a deux jours, je péchotais un entretient de stage pour un taf’ de conception rédaction chez BDDP Unlimited. Une heure avant le rendez-vous, j’étais dans un Virgin Megastore en train d’acheter Battlefield : Bad Company. Des fois que ça se passe mal, autant prévoir un remonteur de moral pour après. Remarque ça pourrait tout autant être un Battlefield de la victoire ! Sauf qu’une demi-heure avant l’heure dite, je le sentais toujours mal. En fait, j’avais psychotté ma race sur cette histoire de book que j’avais pas, d’absence totale d’expérience. J’aurais pu faire un maxi best of de mes photoshopages de blog. La lose un peu quand même. C’est avec quinze minutes d’avance, des sapes correctes, le trac et la soudaine réalisation que j’avais oublié de me raser, que j’ai pénétré dans l’agence. La secrétaire, avec toute l’avance d’une secrétaire, m’invita à patienter.

Débarqua un trentenaire avec au moins deux semaine de barbe, un t-shirt et une main gauche tendue vers moi. Pas la droite, parce qu’il se l’était foulé lors d’une chute de scooter. Fuck, j’espérais un truc plus beau gosse genre chute de snowboard, mais je ferais avec. Une fois assis autour du table, il me demandait qu’elle était mon expérience. Rien. Bon, qu’est-ce que j’avais comme pubs faites tout seul dans mon coin à lui montrer. Rien. Sinon, s’il voulait, j’avais un CV. L’homme me lole au visage. Qu’est-ce que j’en ai à foutre que tu parles espagnol, me lança t’il dans un second lol. Cet homme est peut être mon futur patron, et c’est un homme de goût ! Enfin homme de goût ou pas, jusque là c’était un peu l’entretient made in fail. C’est là qu’il me dit que de toute façon c’est pas grave, il a entendu suffisamment de bien de moi. Il enchaîna en me demandant quand je veux commencer.

Un peu plus tard je sortais de l’agence, direction mon chez moi et mon Battlefield de la win. Je réalisais que tout ce que j’avais sué sous mon shirt manche longue des grands jours n’avait servi à rien. Je suis du Celsa, je suis recommandé par le boss, l’interview était une blague. J’ai eu l’impression d’avoir affaire à un type encore moins mature que moi, mais la vérité c’est qu’une fois acquis que je n’étais pas profondément stupide c’était dans la poche. Je commence quand je veux, je finis quand je veux, les horaires sont souples et tant que je rends mon taf’ à temps, je peux même envisager de faire chier les commerciaux à l’étage. En plus c’est bien payé, un poil plus que chez Ubi. Le souci c’est que ça sent le piège. Il y a toujours des règles, même chez les branleurs de créatifs. Comme elles sont tacites je risque de morfler un peu pour les apprendre. Puis y’a surtout le fait que j’y connaisse absolument rien, enfin que je n’aie pas d’expérience.

Ceci étant dit, quand j’ai choisi d’aller en Info-Com y’a maintenant quatre ans, c’était dans le but de finir dans la chaise du mec qui pond les idées pour les pubs. Et même si plein d’autres rêves ont germés dans ma petite tête depuis, je réalise que c’est pas tout le monde qui finit par atterrir très exactement là où il le voulait. Que ce soit super bandant ou un cauchemar, ça commence le deux mars et je ne manquerai pas de vous dire comment ça se passe !
Demain, un texte un peu spé, mais que j’aime beaucoup.