1068 – Trailer Stage

Cette semaine est (enfin) sorti le très bon 127 Heures de Danny Boyle. Autour de moi les débats vont bon train, allant de « c’est extraordinaire » jusqu’à « j’ai eu la nausée, n’y va pas » en passant par tout le reste, y compris « Lolbof je vois pas l’intérêt ».

Plutôt que de vous parler du film, j’aimerais qu’on dissèque ce que, je trouve, aura été une des meilleures bandes annonces de l’année 2010. Magnéto youtube !

Qu’on récapitule. La bande annonce met bout à bout des scènes chronologiquement linéaires. Franco part en vadrouille dans les montagnes, rencontre deux filles avec qui il fait un bout de chemin, se retrouve seul à nouveau et finit par se viander dans un ravin. En une minute et quelques on sait du héros qu’il : est casse-cou, aventurier, individualiste, charmeur. Tout est posé en quelques plans et répliques.

Là où la bande annonce est intéressante, c’est qu’au lieu de présenter un montage du film, un best of réarangé pour montrer les meilleurs passages, elle est en fait un condensé du premier acte. Présentation des personnages, situation intiale et élément déclencheur. Tout est là mais on ne va pas plus loin. La gros morceaux du film (la survie sous un rocher) n’est pas du tout montré, seulement suggérée. Une excellent façon de garder des cartouches pour le film.

L’autre truc qui m’épate dans cette bande annonce, c’est qu’elle est construite de manière à expliquer le titre. Les deux affiches du film ne permettent pas à elles seules de comprendre de quoi parle 127 Heures. Soit l’on a un close up de James Franco, soit une silhouette au-dessus d’un ravin. Alors que le trailer nous explique « voilà James Franco, voilà qui il est, voilà ce qu’il fait, et un jour il se retrouve piégé sans possibilité d’être secouru, 127 heures ». BIM. Illumination et storytelling.

Sauf que ça, c’est la bande annonce française.

Aux US of A, le trailer final est monté plus ou moins pareil sauf qu’il inclue une minute en rab’ sur une musique émouvante (The Funeral, souillée à jamais par la bande annonce des petits mouchoirs) de montage du personnage qui lutte contre les élements, pleure, soliloque etc…

Bref, le reste du film.

Je comprends la logique de montrer aux gens pourquoi il faut aller voir le film. Mais je trouve le choix de bande annonce courte beaucoup plus courageux et intéressant. Elle est un exercice de narration, raconte une vraie petite histoire en accéléré, explique le titre du film comme on répond à une devinette : avec une démonstration.

Peu importe la qualité du film, à mes yeux la bande annonce est déjà un objet qui, pris seul, est réussi.

935 – There’s A Bit More

Vendredi j’ai reçu dans ma boîte aux lettres un exemplaire du double blu-ray collector de Funny People. J’étais heureux d’une parce que j’aime beaucoup ce film, de deux parce qu’à cause de ses piètres résultats au box office ce film n’est jamais sorti en haute définition chez nous et que je suis donc désormais en possession d’un objet rare. Retour de karma oblige, je suis sans connexion internet correcte depuis vendredi soir. J’ai donc profité du sursaut de temps libre pour regarder Funny People avec ma meilleure amie. On n’est pas allé au bout, la faute à mon frangin qui a débarqué pour jouer à Sonic 4. Ma coupine s’est exclamée que c’était pas bien grave, que le film était de toute façon quasiment fini. J’ai du rétorquer que non, en fait, non seulement le film n’était pas fini, mais nous n’en étions qu’à la moitié.

C’est, à mon sens la raison principale qui fait que Funny People rebute : il y a le 1 et le 2 d’affilée. Dans le premier film, Georges Simmons est une star de la comédie qui est devenu un connard et aprend à devenir un mec bien à cause d’une leucémie qui le force à réévaluer sa vie. Dans le second film Georges est guéri miraculeusement du cancer et redevient un connard. Du coup il doit avoir une véritable épiphanie, sans la pression de la mort, pour devenir un VRAI mec bien. Je trouve ça très bon comme scénario perso, mais c’est en deux parties. Des personnages jusqu’aux lieux, tout donne l’impression de voir deux films d’affilée, sur 2h20. Sauf que c’est nécessaire : les deux parties ne sont pas assez bonnes pour être séparées. Nous sommes dans un cas un peu étrange de « y’en a un peu plus, je vous le mets quand même ». Ce qui arrive quand on ne respecte pas une structure narrative en trois parties.

La théorie est simple. Tu as la mise en place du conflit, les péripéties et la résolution du conflit. C’est ce qui fonctionne, c’est ce qui est le mieux assimilé par un public. C’est la norme. Bien sûr, comme toute règle elle peut être violée. C’est le cas avec Funny People qui est par conséquent à la fois intéressant et bancal. C’est aussi le cas avec Bad Boys II, avec plus de bonheur. Will et Martin découvrent le mode opératoire du méchant, ont assez pour le coffrer et lancent un assaut frontal sur son QG. C’est un bouquet final, ça explose de partout, le réseau de trafic de drogue est démantelé. Basta, le film est fini, ça fait 1h50, on remballe. Sauf que non, le méchant s’est enfui, a kidnappé la copine de Will et s’est réfugié à Cuba. Nouveau conflit, nouveau lieu, nouveaux enjeux. Si vous voulez mon avis, Bad Boys III existe déjà, c’est la dernière demi-heure de Bad Boys II, un quatrième acte complètement gratuit, une suite express.

Je développerai un jour. Avant la note 1000 c’est certain. Toujours est-il que j’éprouve une admiration mêlée de curiosité pour les films qui osent briser le moule, qui tentent des choses qu’on ne devrait pas essayer. Avec plus ou moins de bonheur.
Bon, par contre j’ai beaucoup plus de mal avec les films auxquels il manque un troisième acte. I’M LOOKING AT YOU PREDATORS !!!

859 – MacGuffed

L’autre soir je repensais au Seigneur des anneaux, les films mais aussi les bouquins. Je décortiquais mentalement la structure du truc, par exercice intellectuel. Puis ça m’a frappé que malgré toute la géopolitique de l’univers, les détails des races, la minutie des détails, au final c’est juste l’histoire d’un anneau que tout le monde veut. Pendant trois bouquins et une prequel. Y’a un anneau, il est super fort, c’est comme ça, c’est acquis et tout le monde le veut. Basta. Enfin, avec plein de viande autour de beaucoup de travail of course. Ce qui m’a ramené à Indiana Jones et la dernière croisade. Vous savez l’histoire d’un professeur en archéologie, son père et plein de nazis qui veulent tous le Saint Graal. Oui, je mets Indiana Jones et Lord Of The Rings sur un pied d’égalité. D’une parce que Harrison Ford, de deux parce que ce sont deux œuvres qui ont une structure basée sur un MacGuffin.

Le terme n’est pas de moi, mais de ce bon vieux Alfred Hitchcock, qui est un type sympa. Par exemple il théorisait en 1939 sur le MacGuffin (terme qu’il aurait inventé avec ses équipes). Il s’agit d’un truc de narration. Un MacGuffin est un objet ou un but commun à tous les protagonistes qui permet de faire avancer le récit. La définition peut être élargie si vous êtes moins puristes, mais dans l’idée c’est ça. Exemple TV : dans Alias tout le monde court après la machine de Rambaldi. Sincèrement personne ne sait à quoi elle ressemble ni à quoi elle sert vraiment. Même une fois la série bouclée, plein de spectateurs n’avaient rien compris. Mais c’est pas grave, le MacGuffin est là, tout le monde avance dans la même direction et plein de conflits sont créés. Magique. Autres exemples connus : la malette dans Pulp Fiction, Rosebud dans Citizen Kane ou bien simplement la Triforce dans tous les Zeldas.

Si je vous raconte ça, c’est à la fois pour votre culture perso et aussi parce que j’aime les MacGuffins. Dans un sens c’est un peu l’arme ultime du scénariste en panique. Tu prends un tas de personnages, tu leurs donnes un truc pour lequel se battre et le reste s’écrit quasiment tout seul. Au point qu’il est possible de s’amuser avec le concept. Prenez Mission Impossible III. Tout le long Tom et ses potes cherchent La patte de lapin. Ce filou de scénariste/réalisateur qu’est JJ Abrahms ne dévoilera jamais ce qu’est cette fameuse patte de lapin. Parce qu’au final on s’en contrefout. Si le reste est assez construit et crédible, le MacGuffin n’a aucun intérêt. Il est interchangeable. A la manière d’un twist, le MacGuffin est structurant, on peut construire tout le reste autour. On peut avoir un microfilm perdu, un crâne en cristal ou le secret d’un tour de magie, le MacGuffin transcende les genres et devient une figure de style.

J’avais essayé un peu de jouer avec des MacGuffins quand je faisais de la BD. Que ce soit une météorite à atteindre, ou retrouver le cadavre d’une déesse, c’est une notion qui me plait. Le concept exerce une certaine fascination pour moi et je supporte pas mal de films de merde pour savoir qui va le récupérer et comment. Faudrait que je tente quelque chose en prose autour de ça.

Until next time.

FUN FACT STAGE !!!

Un super bon MacGuffin, c’est Mary, dans Mary à tout prix. Dans le genre centre de l’intrigue, objet de convoitise commun à tous les protagonistes, elle se pose là. Car oui, un MacGuffin, des fois, c’est une bonnasse.