La littérature générale française actuelle manque de coups de poing dans la tronche.

Je ne veux pas dire que les auteurs doivent se coller des bourre-pif au salon du livre, non (quoi que…), je parle des textes en eux-mêmes. Ça manque sévère de bastons dans les textes de chaque rentrée littéraire. Après, c’est en effet compliqué d’intégrer un duel à mains nues dans la chronique de son histoire familiale, ou un bouquin sur un poète dépressif, ou dans un roman d’amour. Puis les héros littéraires ont aussi tendance à être des lopettes, ils se retrouvent très vite assommés, ou s’enfuient. C’est dommage. Très.
Si le Fight Club de Palahniuk nous a appris quelque chose, c’est que le combat est cathartique et fait partie de la vie. L’extérioriser fait du bien à tout le monde, même aux schyzos au fond d’une cave. L’écrivain se fait plaisir, l’histoire prend des couleurs et le lecteur voit son pouls remonter un peu.
Surtout, la littérature a son propre langage et son propre espace d’expression. Une baston écrite n’est pas une baston filmée et inversement. La règle d’or est toujours la même (rendre l’action aussi claire et lisible que possible), mais les outils sont différents. On peut être beaucoup plus précis dans la description des coups, leur vitesse, angle ou puissance d’impact. On peut se permettre un budget effet spéciaux à la House en décrivant ce qui se passe à l’intérieur des corps sous les chocs. On peut offrir des anecdotes purement médicales, sa vautrer dans un vocabulaire technique et truffer le récit de fun facts biologiques. Tant de choses sont possibles que cela me dépasse que la plupart des auteurs n’en viennent pas se frotter à la bagarre, ne serait-ce que pour s’amuser avec la littérature.
Et puis, ce n’est pas si compliqué de mettre du conflit dans son texte. C’est alors que le mari cocu débarque avec la rage aux poings ! Quand soudain le type chelou de la station-service essaie de voler la voiture du road héros ! Cette nuit-là, Tiphaine rêve un cat fight contre sa meilleure amie ! Au pire il suffit de faire boire un peu trop les personnages. Avec un peu d’astuce, on peut s’offrir quelques paragraphes de manchettes dans la nuque, coups de pied dans les tibias et autre fulguropoing dans les tripes.
A L’ANCIENNE QUOI !
Surtout, en vérité, on a envie de lire des grandes scènes de bagarre avec du style dedans, de la poésie, des bons mots. On veut rêver, lire un combat sous la plume de Jauffret, Jaenada et leurs potes qui font des livres bien écrits. A nous de prendre une baffe, littéraire, qui ne pourrait pas exister autrement. Un peu comme dans le Bastard Battle de Céline Minard, mais compréhensible par les gens normaux de la vraie vie.
Si on ne peut pas parler du Fight club, on peut à défaut l’écrire. Pourquoi se priver ?



