1022 – Book Review 166

Certains disent que je ne vous écoute pas. C’est faux. La preuve, j’ai lu Playing For Keeps de Mur Lafferty. Ce bouquin m’avait été conseillé par l’un de mes lecteurs qui se reconnaîtra sur Formspring. Le livre était disponible à trois fois rien en Kindle, soit cinq dollars. Du coup j’ai plongé. Les plus radins d’entre vous peuvent aussi l’écouter en audiobook gratuitement, de bout en bout, mais en anglais. Le faible tarif de ce roman est en partie dû au fait qu’il a été écrit par une geek, podcasteuse et maitre de jeu à Donjon & Dragons. Le genre d’auteurs qui accepte de rogner sa marge et partager son petit délire. L’adjectif n’est pas anodin, car Playing For Keeps est un beau foutoir.

Dans un monde où les super héros sont adulés, Keepsie a la malchance d’avoir un pouvoir complètement inutile en combat : on ne peut rien lui voler. Moquée par les héros, Keepsie a créé un bar pour les gens comme elle et accueille régulièrement Peter, capable de lire dans les odeurs, Colette, qui sait cuisiner à la perfection en fonction de chacun ou Ian, qui peut tirer des jets d’excréments du bout des doigts. Mais lorsque le super vilain Doodad confie à Keepsie une étrange boule de métal, celle-ci décide de faire jouer son pouvoir et de ne pas la donner à l’académie des super-héros. Ce qu’elle ignore c’est que sa première occasion de se venger de ceux qui la méprisent depuis des années risque de mettre la ville à feu et à sang.

Bon, c’est clairement n’importe quoi. Le bouquin avance sans aucun temps mort et enchaîne les péripéties à toute vitesse, de nouvel ennemi en nouvelle capture des héros. On a des gens qui volent, des robots géants, des mondes parallèles avec des monstres visqueux. Une sorte de melting pop total de tout ce qui se fait en comics. Comme Playing For Keeps ne se prend pas au sérieux, ça passe. Mais le manque de consistance dans l’intrigue et les personnages empêche le roman de développer une réelle dimension littéraire. Au final on a un objet qui se rapproche plus d’une fan fiction que d’un véritable roman avec R majuscule. Et c’est pas grave. Puisque c’est fun et que ça se lit bien.

Mur Lafferty s’est éclatée et ça se sent. Pour peu qu’on ferme les yeux sur les défauts de livre, c’est plus qu’honnête et généreux.

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13€ chez Amazon.fr

910 – Book Review 150

En fait, un éditeur de recueil de nouvelles à plusieurs mains, c’est un peu comme le chef d’une bande de super héros. C’est le professeur Xavier, derrière son bureau, qui va réunir une équipe d’élite, assemblés dans des circonstances extraordinaires, séparés de leurs projets personnels pour se mettre au service d’une mission de la plus haute importance. Je vois Lou Anders un peu comme ça. Éditeur chez plusieurs grandes maisons de livres de genre aux US, nominé des tonnes de fois pour son taf’, il s’est mis en tête de réunir les meilleurs pour une anthologie autour des super-héros. Masked réunit quinze nouvelles sur pas loin de quatre cent pages. Un recueil avec des gens super classes à l’intérieur du genre Bill Willingham (Fables), Mike Carey (Hellblazer), Peter David (Hulk), Gail Simone (Wonder Woman) et plein d’autres. Ces scénaristes de comics, dont certain s’essayent pour la première fois à la prose sont rejoins par une brochette d’auteurs de science-fiction/fantasy.

Les trames couvrent une bonne partie du spectre super-héroïque. On a une nouvelle sur un héros vieillissant et son alter égo maléfique. Une autre explore une copie de Superman qui est gay au quotidien mais devient hétéro quand il se transforme et les problèmes de couple que cela engendre. Plusieurs histoires se passent du point de vue des super vilains, entre le braquage foireux et la naissance d’un ennemi mortel. Quelques nouvelles sont clairement un cran en dessous, comme cette variation sur le thème « je veux être un héros mais la vraie vie c’est crade et tuer des gens en fait c’est traumatisant ». Après Kick Ass ça manque de punch. Deux histoires plus internationales sur un héros mexicain et une guerrière asiatique passent un peu à côté. Mais au final je n’ai rien lu de vraiment affreux, qui m’aie poussé à sauter quelques pages pour passer directement à l’histoire d’après.

Ceci dit, force était de constater que chaque auteur n’a pas produit ce à quoi je m’attendais. Un scénariste de comics trop kewl aura écrit un truc chiant alors qu’un mec qui n’a jamais écrit de super-héros m’a époustouflé. Le recueil est forcément un peu inégal, c’est le problème avec toutes les anthologies, mais le niveau global reste bon. Chaque nouvelle est introduite par une petite bio écrite par l’éditeur qui nous raconte la vie et l’œuvre de l’auteur. Une petite idée assez cool qui permettra aux plus curieux d’aller lire ailleurs s’ils y sont. Quant aux longueurs, elles sont variable, allant d’une dizaine de pages à cinquante (dans le cas de la baston épique en 26 parties de Bill Willingham qui clôt le recueil). Plus qu’à espérer une traduction française éventuelle. Vu le pédigrée des auteurs rassemblés sous Masked, ça ne serait pas du luxe.

Initiative sexy, avec des hauts et des bas, Masked est une anthologie de nouvelles qui malgré quelques boulets parvient tout de même à proposer des centaines de pages de kif. Much appreciated. Pour les fans de super héros, de nouvelles, et les autres.

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Amazon.fr – 11€63 (pas mieux ailleurs)

714 – Cycles

C’était notre routine du mercredi aprem’. Nico, Charles et moi, on chaussait nos rollers et on filait en ville. A l’époque on avait pas la thune pour la carte de bus, ce qui impliquait des missions, en mode vénère quand il fallait remonter les pentes de la croix-rousse. On allait en ville, chaque semaine, pour choper nos comics. L’arrivage se faisait le lundi dans le meilleur des cas, et le mercredi en cas de problèmes du transport aérien. Au moins on était certains d’avoir nos livraisons. Puis on prenait le temps de souffler autour d’un coca acheté à l’épicerie du coin. On bavassait sur tel ou tel super héros tout en se demandant ce que nous devions commander pour dans deux mois. Franchement c’était cool, assez pour supporter de suer sur le chemin du retour, nos sacs remplis de comics. On m’a demandé pourquoi je ne parlais pas plus de comics sur ce blog. Les raisons sont multiples, à commencer par le fait que j’en lise nettement moins.

Je risque de faire vieux con mais quand j’ai commencé les comics, ça coûtait 2$25 le numéro. A présent la plupart des titres sont à 4$. C’est violent comme augmentation, et trop pour mon budget (j’ai une carte UGC à payer les kids). Puis de toute façon il reste le problème de la place physique. Ma maison Lyonnaise déborde de comics, du grenier jusqu’au sol de ma chambre. C’est juste intenable. Et déjà que sur Paris je manque d’étagères pour mes livres, je ne vois même pas où je pourrai mettre des comics. Alors la dernière fois je vous avais avoué un peu penaud que je téléchargeais des scans, que je ne gardais pas, ne serait-ce que pour suivre les aventures de mes héros préférés. Même ça j’ai fini par arrêter. C’est à se demander si mes parents n’avaient pas raison, si je n’allais pas finir par me lasser. La vérité est proche. C’est surtout que je ne me reconnais plus dans ce que je lis.

L’industrie du comic fonctionne en cycles et les scénaristes travaillent sur l’illusion de la progression. Peter Parker n’est plus à la fac mais il n’est pas un adulte non plus, Batman ne tuera jamais le Joker et quand Captain America passe l’arme à gauche c’est pour mieux ressusciter deux ans plus tard. Les films, les figurines, les jeux-vidéos sont là d’où provient l’argent et il ne faut pas bousculer les comics. Pas trop en tout cas. Alors à intervalles réguliers, on ressuscite, on reboote, on appuie sur le bouton reset, surtout si ça peut ramener des vieux lecteurs. Alors Peter Parker se retrouve célibataire, Barry Allen reprend sa place de Flash originel au dépend de Wally West qui se retrouve relégué en seconde zone et on rebidouille les origines de Superman, la calvitie de Lex Luthor. Au final je décroche.

J’aime toujours autant mes personnages préférés, mais je les ai connu dans un cycle, qui s’est achevé pour laisser place à un autre. Je me contrefous que Hal Jordan soit le Green Lantern originel, moi je veux mon Kyle Rainer de ma génération. Tout comme j’en ai marre que Parker redevienne le plan cul de la Black Cat. Je me retrouve dans l’entre deux. Trop vieux pour faire partie de cette nouvelle génération de lecteurs qui découvre les comics. Trop jeune pour me réjouir d’un retour à une époque que je n’ai pas connue. Puis les auteurs qui m’avaient attiré à l’origine ne sont plus là. Niveau dessin Michael Turner est décédé, Ramos ne bosse plus sur ses propres projets, Madureira est parti dans le jeu vidéo tandis que Bachalo et Campbell ne font quasi plus rien. Au scénar’ Loeb et Claremont sont devenus mauvais tandis que David, Kelly et Lobdell sont sous-utilisés.

Jeph Loeb signe un scénario vulgaire et minable pendant que Joe Madureira cachetonne entre deux jeux avec une BD à la bourre, raccourcie et sans décors.

Les super-héros entraînent les titres indépendants, que je n’ai plus la motivation de suivre par effet d’entraînement. Cependant je continue quotidiennement à lire les sites d’informations, à lire des résumés et parfois m’offrir un numéro ou deux. Parce que l’avantage avec les cycles, c’est qu’ils vont et viennent. Et que ma passion n’attend que ça pour se raviver.

Demain il sera question d’une grande question.