1125 – The Man Of Tomorrow

Tout ce dont j’avais besoin de savoir pour tomber amoureux de cette fille était cadré sur sa photo de profil Facebook : ses lèvres et un pendentif Superman autour du cou. Quand bien même après coup j’ai vu le reste de son visage et découvert qu’elle était cool. J’y peux rien, dès que je vois un type avec un tee shirt Superman, une gourmette Superman ou n’importe quoi avec le fameux S, je pars du principe que c’est un type cool. De la même façon que, quand je porte mon tee Superboy (que j’ai bien galéré à trouver), j’ai tendance à tenir plus longtemps la porte de sortie du métro, laisser un pourboire plus généreux à la fin du resteau ou simplement passer un coup de fil à quelqu’un que j’avais oublié. Le S est mon signe ostentatoire d’appartenance religieuse à moi.

Si je vous en parle c’est qu’il y a deux semaines est sorti le 900ème numéro d’Action Comics, la bande dessinée dans laquelle est née Superman. Coup de vieux : j’ai le numéro 800 dans un carton de ma chambre lyonnaise.

En gros ça fait dix ans que je lis Superman, depuis l’époque où on ne traduisait même plus les comics DC en France. Et force est de constater que je m’emmerde royalement à lire les aventures de l’homme d’acier. Les années 90 étaient celles du fun, où Superman était cool et content de pouvoir balancer des lasers avec ses yeux. Luthor était président des US of A et lui menait la vie rude. Mais c’était fun, les méchants étaient colorés et on ne s’autorisait que de temps en temps des histoires plus sombres (comme ce super arc sur Clark et Lana qui deviennent amnésiques et tombent amoureux de nouveau). L’année dernière, Superman a décidé de traverser à pied les Etats-Unis pour discuter des problèmes des vrais gens. Bienvenue dans les années 2000, où Clark Kent est encore plus émo que dans Smallville et où tous les dessinateurs le caricaturent en feu Christopher Reeves.

L’industrie des comics est cyclique ET nostalgique. DC a ressuscité tous ses héros des années 80 pour capter le public des trentenaires. Ce qui rend illisible pour moi les titres comme Green Lantern et Flash qui mettent en avant d’anciens personnages dont je me contrefous. Tout comme la fascination malsaine des créatifs US pour le film Superman me donne des envies de pendaison. Ça m’est déjà particulièrement pénible de lire un Superman avec le visage de Christopher Reeves en 2011. Le reste de la super-actualité n’est plus brillante. Quand on voit que Fox News est en boucle sur Superman qui renonce à sa citoyenneté américaine parce qu’il défend toute la Terre, alors que le personnage est un extra-terrestre, y’a des facepalms qui se perdent. La prochaine adaptation ciné s’annonce donc également hyper mal, avec un scénario qui va ENCORE raconter les origines de Clark Kent et ENCORE le faire se battre contre d’autres kryptonniens. Yay…

Action Comics 900 avait quelques bons moments. L’histoire principale avec Lex Luthor tournait un peu à vide mais m’a offert quelques bonnes punchlines. C’est finalement un récit court, de quelques pages, sur le scientifique chargé de construire le vaisseau qui s’échappera de Krypton pour le compte de Jor-El, qui m’a tiré une larme.

On n’est clairement pas au niveau d’Action Comics 775, peut-être le meilleur one-shot que j’ai pu lire de Superman. Celui qui me reste en tête dix ans après et qui fait que le S a un sens pour moi. Assez pour avoir le cœur qui bondit face à une fille qui le porte, assez pour avoir claqué 35$ sur eBay la semaine dernière pour un recueil introuvable (Emperor Joker) et assez pour m’assurer de toujours avoir un tee Superman dans mes placards.

En attendant que le comic reprenne une direction plus à mon goût. Avec un peu de chance d’ici l’Action Comics 1000.

1120 – Superpolitics

Avouez-le, on s’est tous demandé ce qu’on ferait si jamais on avait des super-pouvoirs. Bien sûr on s’en servirait pour impressionner les filles et se venger du connard qui nous piquait nos frites au MacDo en primaire. Mais au-delà de ça ? On commence par sauver des mecs pris dans des catastrophes naturelles, puis on va récupérer des otages au moyen orient et bim, on se retrouve à foutre la merde dans la géopolitique et la finance ! ON SAUVE LE MONDE PUTAIN !

Ce qui nous ramène aux vrais superhéros, enfin les faux, de papier. Ils passent leurs temps à se foutre sur la tronche avec des braqueurs de banque ou des tyrans galactiques. Mais où est le juste milieu ? Personne ne va botter le cul des banquiers, des politiques, des terroristes. Parce qu’on est dans un BD et parce qu’on ne change pas le monde dans une BD.

Oh, wait.

Coup d’Etat était un crossover de tous les héros Wildstorm durant lequel l’équipe de The Authority décidait de prendre le pouvoir aux Etats-Unis. Le gouvernement corrompu et incapable étant trop stupide pour protéger la planète et respecter ses citoyens, les super-héros prenaient d’assaut la maison blanche et devenaient le gouvernement. Fuck yeah. Forcément ça devenait rapidement le bordel entre l’armée US qui ne se laissait pas faire et les autres héros de l’univers Wildstorm qui trouvaient The Authority un peu fasciste sur les bords. Tout le monde n’est pas fan du despotisme éclairé. Je ne vous dis pas commet tout ça se résout, mais le status quo finit par reprendre ses droits. Les US of A sont démocratiques à nouveau. Mais pendant quelques mois, ce comic a tenté un truc, celui de jouer la carte du réalisme. Parce que ouais, si les super-héros existaient, ils feraient VRAIMENT le ménage.

Sauf si on les en empêche.

Le label Marvel Knights regroupe les héros un peu plus matures de l’écurie Marvel tels que le Punisher ou Daredevil. En 2006 débute Marvel Knight Spider-Man, une maxi série en douze épisode où Peter en prend plein la tronche. C’était très bien (Mark « kick-ass, authority » Millar au scénario, le couple Dodson au dessin) et étrangement ça a tenté d’expliquer le mystère de l’inaction politique de Spider-Man. A la fin de la série, on apprenait que le Bouffon Vert avait créé la plupart des ennemis de Spider-Man en leur conférant des pouvoirs pour le compte de groupuscules polito-financiers. Le but : occuper l’homme araignée, créer une diversion permanente pour que jamais il n’aille fourrer son nez dans les intérêts des puissants. D’ailleurs, c’est pour/comme ça que les trois quarts des super-vilains sont nés. Le concept était séduisant, mais trop ambitieux, trop voué à finir la tronche dans le mur. Alors deux mois plus tard, Millar quittait le titre.

On n’en reparla jamais plus.

Alors à défaut de s’attaquer à des cibles réelles, les héros de comics s’épanouissent dans la métaphore. Dans Authoritative Action, les quatre fantastiques renversent le tyran d’un petit pays des balkans et deviennent le gouvernement, s’opposant à l’ONU. C’est en Latvérie. Ca n’existe pas la Latvérie. C’est comme l’île de Genosha, paradis pour immigrés mutants chassés par leurs pays respectifs, offerte par les Nations Unies au peuple mutant. Isreal much ? Oui mais ça s’appelle Génosha. Lex Luthor se présente comme candidat aux élections présidentielles et bien que ce soit un sale connard les gens l’élisent. Oui mais Luthor est du parti heu… Luthorien. On va pas prendre le risque de se mettre à dos la moitié du lectorat. L’idée est là, dessous, ça compte ?

Oui, ça compte un peu. Les allégories sont assez transparentes pour être comprises. Et on ne s’attaque pas à des structures réelles, on arrête de justifier l’inaction des super héros, on tourne autour du pot. Ou alors on fait ça hors de DC et Marvel, là où on ne vend pas de figurines Batman articulées ou de boîtes à goûter Wolverine.

Sauf quand parfois, ça déborde un peu, comme dans un vieux numéro de Spider-Man oublié. Et au fond, ça me rassure un peu, de savoir que si Spider-Man ne nous sauve pas des politiques, des banquiers et de toute la raclure sans super pouvoirs, c’est simplement parce qu’on l’en empêche.

920 – Comic Review 06

J’étais persuadé de vous avoir déjà parlé de It’s A Bird, un roman graphique Vertigo par Steven T Seagle et Teddy Kristiansen en 2004. Mais en fait non. Je crois que la raison principale était que le comic était pas du tout disponible en France et que ça aurait été plus frustrant qu’autre chose. Sauf que cette semaine, en trainant dans une librairie BD j’ai découvert que la traduction était enfin disponible, six ans plus tard. A l’époque j’avais acheté ça à cause du scénariste. Steven T Seagle avait bossé sur Superman pour une série de numéros que j’avais pas trouvés particulièrement bons. Débarque alors It’s A Bird (en référence à une des phrases cultes de Superman), BD autobiographique où l’auteur nous racontent comment il s’est vu proposer le job de scénariste d’Action Comics et pourquoi ce job en or était si difficile à appréhender. J’ai eu raison puisque ce bouquin est un des meilleurs comics que j’ai pu lire.

Steven T Seagle a touché le jackpot. DC Comics le courtise pour qu’il scénarise Action Comics, le plus vieux comic du monde, celui qui a vu naitre Superman et qui raconte ses aventures depuis soixante ans. Malheureusement Steven est circonspect. Il a du mal à voir ce qui rend Superman intéressant. Il peine à trouver des accroches, des idées suffisantes pour en tirer un script. L’éditeur décide d’accorde une faveur à Seagle, il lui donne quelques jours avant d’appeler quelqu’un d’autre. Le scénariste met ce temps à profit pour essayer de comprendre ce qui coince, il questionne le mythe de Superman, le masque Clark Kent et toutes les notions de superpouvoirs. Car Steven a un secret, son père est atteint de la maladie d’Huntington, qui paralyse les muscles avant de provoquer une démence au stade final. La maladie est génétique, Steven sait qu’il est peut-être condamné. Alors qu’il reste au chevet de son père sombrant dans la folie, le scénariste se demande, c’est quoi être Superman ?

J’ai une histoire compliquée avec la maladie en général, mais je ne pense pas que ce soit nécessaire pour appréhender It’s A Bird. Le récit est suffisament humain et sincère pour que l’on se sente sincèrement touché par cette histoire vraie et ces tiraillements d’adultes. Ou comment nos proches et notre travail influent sur notre façon de voir et d’être. A un niveau plus comics, le bouquin est intéressant car on reproche beaucoup à Superman d’être fade, inutile, trop figé dans une iconographie pour qu’on puisse en faire quoi que ce soit. A titre personnel je ne suis pas d’accord mais la question est posée et Steven Seagle essaie d’y répondre du mieux qu’il peut. Son run sur Action Comics ne sera pas resté dans les anales, mais il a essayé, et il s’est posé de vraies questions. Le comic est peint dans un style très doux, les dessins faisant beaucoup d’économies de traits. Le récit n’en est que plus touchant et on se laisse porter d’un bout à l’autre, une petite larme à la fin.

Si vous aimez les vraies tranches de vie, les comics, le processus de création ou Superman, foncez. Je sais que la traduction n’est pas donnée, mais à défaut ça peut vraiment faire un beau cadeau. Un indispensable couronné d’un Eisner Award pour ses dessins, It’s A Bird me hante encore six ans après.

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