813 – No Mail For You

Hier c’était mon anniversaire. Obviously, si vous avez oublié de me le souhaiter, c’est un peu tard. Enfin vous avez rien loupé de toute façon, je me suis fait un truc réglo en famille avec du gâteau et des sourires. C’est toujours un truc un peu spécial les anniversaires pour moi. Principalement parce que j’ai un mal de chien à retenir ceux des autres. Genre il m’a fallu 20 ans pour arriver à intégrer celui de ma mère. Mon bro j’ai toujours du mal. Le reste de la famille on en parle même pas. Paradoxalement, ceux pour qui je retiens le plus facilement la date de naissance, c’est les gens qui me détestent. Prenez mon ex meilleur ami gay (ex meilleur ami, toujours gay) du lycée (qui mériterait sa propre série de notes, y’a du matos pour un mois entier, easy). Pendant des années après notre torpillage de ponts, j’ai continué à lui envoyer un texto par an.

Voilà le truc : quand je m’engueule avec quelqu’un (ou inversement), c’est chaud d’aller ensuite leur parler, quand bien même ils vous manquent. Tel est le pouvoir de l’indifférence. Seulement, deux fois par an j’ai une excellente excuse pour leur envoyer un texto : Noel et leur anniversaire. Généralement je fais un petit message propre, presque neutre à un ou deux mots gentils et customisés près. Dans mon esprit, c’est un appel du pied, un moyen comme un autre de dire « hey mec/meuf, je pense encore à toi ». C’est pas intrusif, et l’évènement justifie le message sans que ça fasse trop étrange. Si jamais il ou elle veut reprendre contact, c’est pas bien difficile, il suffit de répondre. Seulement, cette année, j’ai réalisé que j’ai loupé un anniversaire en début de mois. J’ai oublié d’envoyer un texto à la fille du livre.

Ca fait quoi, sept ans que je la connais ? C’est la première fois que j’oublie. Un signe de plus que j’ai lâché l’affaire. Que j’ai juste été gavé de la voir sombrer dans le grotesque à chaque mise à jour de sa photo de profil Facebook. C’est peut-être un détail pour vous, mais cet oubli de message pour moi ça veut dire beaucoup. Après mon ex-meilleur gay, je crois qu’elle termine tout doucement sa longue descente dans le cimetière de mes espoirs de réconciliation. Un signe révélateur de plus dans l’espèce de tourbillon merdique des relations humaines. Peut-être pour ça que j’envoie plein de textos débiles, pour tout et n’importe quoi (ou pour les annivs, quand j’ose pas le reste du temps), pour pas finir comme ça, à me dire que j’ai manqué un rendez-vous. La fille du livre, dans trois jours c’est notre anniversaire de rencontre. L’année dernière j’avais déjà sciemment oublié de lui rappeler. Extinction des feux.

Forcément ce système fonctionne aussi à l’envers. J’ai dans une des poches intérieures de mon cerveau, une petite liste de personnes (principalement des filles) de la part de qui j’espérais un texto hier, pour mon anniv’. Juste un signe de. Déception programmée.

482 – Will You Remember The Time ?

Cette semaine Coldplay à sorti son dernier clip, Strawberry Swing. L’autre fois, je vous parlais de ma mémoire musicale. Et là ça a été le fulguro-poing dans la gueule. Si on était dans un film avec du pognon, vous me verriez en train de chuter en arrière avec mon fauteuil premier prix Ikea, et disparaître dans un sol obscur pour atterrir en plein milieu de Saint-Germain, lors d’une nuit de l’automne dernier. Ce soir là, j’expliquais à une fille morte de froid que non, on n’allait pas boire un coup au Flore, parce que si j’y entrais sans être publié, ce serait un aveu d’échec. L’un dans l’autre, c’était sûrement la meilleure soirée que j’aurais passée avec elle, et ça m’avait complètement échappé. Enfin, je veux dire que c’est un souvenir qui s’était fait la malle, aussi récent et aussi bon qu’il puisse être.

Pourtant tout avait si bien commencé. D’ailleurs j’en avais parlé à demi mot plusieurs fois sur le blog (rêvez pas, j’ai dit demi-mot, alors pas liens, démerdez-vous). Ces dizaines de textos par jour, des MMS de moi face caméra en train de faire un bizou dans le vide, la totale du gluant. Des détails glauques comme ça, j’en ai plein, mais motus ! Anyway, le fait est que ça ne s’est pas fait. La négociation du virage post euphorie m’aura fait finir dans le ravin. Au fond du gouffre, tu relativises la beauté, tu relativises l’intérêt intellectuel. Finalement à force de relativiser, on ne se parle plus, on se fout que l’autre se fasse baiser. Le retour du grand-huit affectif, cette fois-ci à l’arrêt. Nous voilà revenus au point de départ, le silence. Le vrai problème, c’est pas tant qu’on ne se parle plus, c’est que j’en ai rien à foutre.

Bon, okay, j’en ai pas cent pour cent rien à foutre, sinon j’écrirais pas cette note. Bien sûr que ça me fais un peu de peine de même plus avoir la motive de m’intéresser à quelqu’un. Non, en fait, le vrai problème, c’est que ça me laisse totalement indifférent. A peu près autant que cette nana très grande et un peu gauche que j’avais embrassée histoire de pas finir ma soirée seul chez un pote de lycée. Dans le fond, l’une comme l’autre me demandent un effort de mémoire pour me souvenir de leur existence. Alors que j’ai vécu des trucs presque forts avec la seconde. Y’a de grandes chances de son côté, elle s’en branle pas mal non plus. Peut-être qu’à la faveur d’une prochaine phase de célibat, elle se fera le même shoot nostalgique d’une époque où ça y était presque. Ou bien pas du tout.

Ca reste toujours moins prise de tête qu’une fille avec qui on ne parle plus mais dont on espère un message un jour. S’agit d’un tout autre problème, beaucoup moins soluble en l’occurrence.
Demain, triple note top 3 d’un invité.