Petit plaisir bonus de l’eReader : commander un livre en avance et se réveiller le jour de sa sortie avec le bouquin téléchargé automatiquement sur l’appareil. Ou comment prendre le métro avec le sourire. Il faut dire que je l’attendais, le troisième roman de Chad Kultgen. Le type avait écrit les deux livres les plus misogynes que j’avais pu lire de toute ma vie. The Average American Male et The Lie, au-delà d’être odieux envers les femmes, étaient très très bons. Et drôles. D’où mon attente fébrile du troisième livre, Men, Women And Children, sorti mardi dernier. Même si légère déception vis-à-vis du titre. A l’origine le roman devait s’appeler Children of Adults, ce qui est un plus complexe mais surtout plus évocateur. Tant pis. Ca ne m’a pas empêché de le lire en trois jours chrono.

Tim a quitté l’équipe de foot du collègue suite au divorce de ses parents et passe son temps à jouer à World Of Warcraft. Jusqu’à ce qu’il découvre que son ancien crush de l’année dernière, Brandy, anime un mypsace gothique et SM. Pendant ce temps Danny reste le seul espoir de l’équipe de gagner le championnat inter-école, mais le fait que sa petite copine le presse pour aller sexuellement plus loin l’angoisse. Car pour […], il en va de son honneur d’être aussi expérimentée que Hannah, la salope de l’école. Sauf que Hannah ment sur ses prouesses au lit, étant donné que Chris, son copain, n’est capable d’avoir une érection que dans des scénarios de domination féminine extrême. Autant de relations chaotiques qu’ignorent chacun de leurs parents. Car entre la tentation de l’infidélité, le rebond post rupture et autres, les adultes ont leur lot de problème sentimentaux-sexuels.
Tellement de personnages, si peu de pages. Voilà ce qui se passe quand on s’essaie au roman choral sans avoir de thème clair. Le seul qui se dégage est le pathétisme. L’intégralité de la grosse douzaine de personnages qui composent Men, Women And Children sont pathétiques. Kultgen s’est arrangé pour que tous les personnages soient bouffés par leurs névroses au point de ne plus avoir l’air vivants. Quand tu as dix ados et qu’aucun d’eux ne ressent la moindre pulsion sexuelle basique, c’est de la mauvaise foi. Toute cette bande veut baiser, mais aucun d’entre eux ne le veut pour simplement baiser. Surtout les filles. L’anorexique ex-grosse veut qu’on la trouve belle. La pétasse de service veut pouvoir s’en vanter. La pompom girl veut être la première. Autant le machisme primaire était drôle dans les précédents livres de l’auteur, autant là le sous-texte est un peu glauque.
Passons sur le fait que les personnages sont censés avoir 13 ans et que je connais peu de mômes de treize piges qui fonctionnent de la sorte. Au niveau des adultes ça ne casse pas trois pattes à un canard mutant non plus. Toutes les trames sont vues, revues et redondantes. Sachant que l’auteur se paie le luxe de ne pas boucler toutes ses pistes narratives. Il doit être persuadé d’avoir dressé un panorama de la misère sentimentale et sexuelle de l’Amérique, avec des vrais morceaux de sexting, world of warcraft, gode ceinture et site de rencontre extraconjugales pour faire MODERNE.
Le problème quand on veut tout dire c’est qu’on se retrouve à ne rien dire du tout. L’humour a disparu au profit d’une psychologie bon marché et toutes les phases perverses et extrêmes qui étaient si drôles deviennent à présent gênantes. A quelques bonnes répliques près, le livre est vide.
Je m’étais demandé comment Kultgen allait rebondir après deux excellents bouquins immatures. Men, Women And Children a les yeux plus gros que le ventre et se plante de bout en bout. Sadface.
SAD FUCKING FACE.
(pitié faites que le prochain soit trop bien, de nouveau)





