1061 – Jurassic Plot Point

Quand j’ai vu Jurassic Park, j’avais six ans (la dernière fois, j’en avais 23). Et forcément j’ai hurlé de traumatisme infantile à plusieurs reprises le long du film. La scène qui m’a le plus stressé (ce pendant des années après) est celle où l’informaticien obèse Nedry se fait prendre en embuscade dans la nuit, sous la pluie, par des dinosaures fictifs cracheurs de venin (en vrai ils crachent pas et ils frétillent pas des oreilles). La tension du passage, l’ambiance et les sons d’horreurs ont marqué mon cerveau au fer rouge. Mais moins que le plan juste d’après. Vous savez, celui où Nedry lâche les embryons qu’il a volé et qui ont tout déclenché et que ceux-ci se retrouvent enfouis sous une coulée de boue. Le plan est super long, comme s’il nous disait « Hé ! Regardez ! Des œufs de dinosaures ! Là ! Ca va être important ! ».

Sauf que non.

Les embryons ne réapparaissent ni dans le II (qui se passe sur une autre île), ni dans le III (qui se passe sur la même île mais plus tard). C’est comme si les mecs avaient foutu ça là dans le but de s’en resservir pour une suite (oh noes des mercenaires ont récupéré les embryons et ont fait… des trucs !) avant de finalement décider que non. En fait c’est un peu comme dans A la poursuite d’octobre rouge, où tu as un plan super long du cuisiner qui passe sa tête par la porte avec un air étrange genre « tin tin tin ! » et où finalement ça ne sert à rien (en réalité c’est une sous intrigue du bouquin qui a été tronquée en route dans le film). Je vous avais déjà parlé du pistolet de Tchekov. Le concept étant que si un coup de feu est tiré, on doit avoir vu le pistolet avant pour que ça ne sorte pas de nulle part.

Là c’est un peu le contraire. On vous montre un flingue, mais personne ne tire avec.

A moins que, presque vingt ans plus tard, quelqu’un de traumatisé par ce putain de plan de canette d’embryons sous la boue décidé qu’IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE !!! Telltale Games développe un nouveau jeu tiré de Jurassic Park. Ca a l’air globalement très moyen est visuellement très moche. Mais le pitch est que tu joues un mercenaire qui doit aller récupérer les embryons volés par Nedry ! Fuck yeah putain ! Rien que pour ça je vais leur filer mon fric. Parce que ce sera une expérience cathartique. Je vais pouvoir évacuer pas loin de vingt ans de frustration cinéphilique. Enfin, ces quelques secondes de Jurassic Park vont prendre un sens, vont servir à un truc.

Dès lors, chaque fois que je reverrai le film, quand Nedry se fait vomir au visage par les dinos avant de se faire bouffer, j’aurais un petit sourire. Je saurais que le plan qui suit est UTILE.

Maintenant, il faudrait un remake d’A la poursuite d’Octobre Rouge pour s’occuper de la storyline du cuistot.

Puis on s’occupera de tous les autres !

TRAILER STAGE !!!

La bande annonce du jeu qui vient de réparer une névrose de vingt ans.

887 – Hispanophobia

Je déteste l’Espagne parce que je déteste l’espagnol. Quand j’ai choisi anglais au lieu d’allemand au collège c’est que, putain, j’avais envie de savoir parler anglais, pour un tas de raisons. Au moment de choisir une seconde langue, j’avais envie de rien. J’ai choisi par défaut. Et sincèrement, c’est pas la meilleure des raisons. Loin de là. Arriva ce qui devait failer : les cours pénibles, la découverte de l’absence totale de verbes réguliers, que je suis incapable de rouler un R pour sauver ma vie et compagnie. D’où l’échec dans la matière, les mauvaises notes, la honte en public, les lacunes qui se creusent, l’apathie qui devient peur, puis phobie, puis haine. Chaque fois que je mets un pied en cours, où que je dois cracher quelques mots en espagnol, je somatise, je me sens mal, je sue, je bégaye. Je déteste ça. L’espanol. La haine et la phobie se sont étendues à tout ce qui est de près ou de loin hispanique.

Je déteste Barcelone parce que je déteste les Poupées Russes. A cause des cheveux courts de Cécile de France déjà. C’est moche. Meurs. Ensuite parce que je peux pas blairer Duris, sa voix, ses poils, le mythe des pouffiasses autour de lui (l’ex femme de ma vie la première). Il est peut-être super sympa mais j’y peux rien, c’est physique. Surtout, les Poupées Russes c’est le MEME film que l’Auberge Espagnol. C’est pas la suite, c’est un putain de remake avec juste le décor qui change. Je m’y suis emmerdé comme pas permis. Vraiment. Le mélange de tout ça m’a fait détester l’Auberge Espagnole par ricochet. Je peux plus voir ce film en peinture. Au point de détester Barcelone, dommage collatéral. Alors ouais, y’a bien eu Vicky Christina Barcelona entre temps. Ca c’était très bien : filles aux cheveux longs, et pas de Romain Duris. Mais le latin lover qui saute l’oie blanche, ça m’angoisse dans mon cœur de mec pas sûr de lui.

Je déteste aussi l’Espagne parce qu’il fait chaud, et que je crains ça à mort. Parce que leur politique intérieure ne m’excite pas et que ça joue un peu pour moi. Parce que quand le lis un livre en espagnol par-dessus l’épaule d’une nana dans le métro parisien ça me renvoie à la gueule autant mon échec que ma honte quand je dois admettre que je ne pige rien. Parce que malgré tout ça je me retrouve souvent à kiffer/sortir/coucher/tomber amoureux d’hispaniques. Cruelle ironie karmique.
Je déteste aussi Barcelone parce que je déteste les séparatistes. Qu’en tant que fédéraliste psychopathe j’en veux à tous ceux qui veulent faire sécession de ralentir la naissance de la Fédération Européenne puis Terrienne (faut bien niquer les aliens à un moment). Aussi parce que tout le monde me dit qu’on va me racketter mon NEX dans une ruelle sombre. Puis, enfin, parce que ça me rappelle Estelle au lycée, qui voulait pas sortir avec moi ET qui était nationaliste catalane. TOUTELIE !!!

Tout ça pour dire qu’en début d’aprem’ je prends l’avion pour Barcelone, où je resterai jusqu’à vendredi. Vous allez rire, mais mes vacances cet été, c’est ça. Pour fêter mon mémoire, je vais en Espagne. C’était le moins cher pour voir la mer mais, surtout, je sais que dans quelques semaines je vais reprendre les cours, y compris ceux d’espagnol.
C’est ma dernière chance d’exorciser une des pires névroses de ma vie. Baptême par le feu. Si ça ne marche pas, j’aurais essayé. Je suis mort de trouille, je regrette mes billets d’avion, j’angoisse à mort, j’ai eu des vertiges et des nausées toute la journée de dimanche. Si je ne reviens pas, sachez que j’aurais essayé.

717 – Cine Club 92

Je vous avais parlé de l’autre film que je ne pouvais pas revoir pour cause de traumatisme. Voici donc son copain, j’ai nommé Small Soldiers. On tient là la version tout public des Gremlins, par leur cultissime réalisateur Joe Dante. A titre personnel je le considère à mi chemin entre le remake et la suite spirituelle. Je me souviens qu’à l’époque j’avais surkiffé comme rarement. Pensez donc, le dernier film où Kirsten Dunst n’était pas insupportable. En 1998 je l’avais même trouvée plutôt jolie. Mais j’étais puceau, j’aurais trouvé une tombe de prison (private joke Moundir) excitante. Ceci expliquant cela. Enfin, et avant de continuer à parler du film, l’anecdote. Si d’aventure vous devez vous éclipser de la chambre dans laquelle vous regardez un DVD avec votre ex, vérifiez bien que rien dans vos papiers en vrac sur le bureau ne trahit l’existence de votre nouvelle petite amie. Encore une belle leçon de vie.

Lorsque la mégacorporation Globotech s’offre un fabricant de jouet, c’est pour fabriquer les figurines les plus réalistes jamais conçues. Des soldats de plastiques sont programmés pour combattre la racaille Gorgonite, des monstres plutôt sympas mais pas vraiment doués en baston. Lorsqu’Alan, le fils d’un vendeur de jouets bien old school a l’occasion de mettre la main sur des Small Soldiers une semaine avant leur commercialisation, il ne se fait pas prier. Pendant que l’ado fait connaissance dans sa chambre avec Archer, chef des Gorgonites, le commande d’élite s’active dans le magasin et se met en chasse. Le problème c’est que leur processeur trop puissant leur permet autant d’évoluer que de mettre en danger la vie des infâmes « civils » qui se mettent sur leur chemin. La guerre des figurines est en marche, et si rien ne les arrête il se pourrait bien que quelques humains de chair et de sang y passent aussi.

Dès le générique ultra classieux avec une musique pleine de win, on sent que le film va transcender son pitch. Car oui, Small Soldiers a un main thème musical qui résonne encore dans mes oreilles plus de dix ans après. La principale force du film c’est ça réalisation toute en marionnettes subtilement articulées. Pas d’images de synthèse, quasiment pas de triche, mais des animateurs et des maquettes qui ont dû couter une blinde. Le rendu est impeccable et permet de vendre l’idée d’action figures tueuses. Comme on est dans un film pour les gosses les dégâts humains restent soft. Mais Joe Dante a réussi à planquer des scènes proprement flippantes, comme certaines morts bien crades de poupées ou la très flippante séquence de lobotomie des barbies. Tout ça pour cumuler sur un final, heu, Dantesque (désolé) où tout part en couille complet et ça c’est glorieux.

Sinon si t’es un môme t’as plein de message sur les rêves (méta avec les espoirs des Gorgonites). Quand t’es ado t’as le nerd qui chope la voisine canon. Et pour les adultes on a un savoir faire de cinéma qui se pose là dans le genre film réussi. A voir et revoir, mais pas avec une ex dans une chambre on a laissé la carte de St Valentin de sa nouvelle copine secrète.

Demain on parlera presque musique, mais non en fait.

TRAILER STAGE !!!

Bordayl on voit pas les Gorgonites et on n’entends pas le thème musical !