911 – Happimp Birthday

Une dizaine de jours plus tôt, c’était le fêtage de l’anniversaire de pimp. Trois dizaines, ça se célèbre au restaurant, avec une très grande table et des filles bien habillées. Pour compenser le fait que j’étais en tee, j’ai mangé une salade pour faire plus adulte. Les gens ont bu (parfois trop) et discuté. Good times. Sur le chemin du retour, Pimp remarquait à voix haute que peu importe l’âge des invités en présence, chacun avait encore quelque ambition plus ou moins artistique. On a le chanteur qui va sortir un album, celui qui devrait en pondre un, le musicien qui cherche un groupe, la chef de projet qui veut tout plaquer pour un job avec plus de sens etc… Autour de la table on a échangé nos idées et envies à plus ou moins long terme. En vrai, dans nos petits cœurs, on y croyait un peu tous.

Souvent je demande aux gens ce qu’ils voulaient faire quand ils étaient mômes. C’est ces individus qui ne savent pas trop quoi te raconter sur eux. Tu essais de faire connaissance et ils se résument en quelques mots. Genre j’ai pas de passion, pas de tics, pas de truc qui me fait vibrer au fond. C’est encore plus pénible quand il s’agit d’une jolie fille à qui tu essaies de trouver une jolie personnalité. Alors je pose la question, à l’époque où tout n’était que rêves lointains, tu voulais faire quoi ? Ce qui m’étonne le plus, ce n’est pas tant la réponse que parfois l’absence de réponse. Pas que les gens aient oublié, juste, c’est si difficile pour eux d’aller déterrer ce bout d’ambition abandonnée, ce plaisir simple disparu. Ça en est désespérant. Il arrive même qu’il n’y ait plus rien à faire. Plus rien à en tirer.

Je me souviens de l’appartement d’une amie à Lyon. Elle avait encadrée une variation de cette phrase débile : Il est important d’avoir des rêves grands, pour ne pas les perdre de vue. Aussi cliché que ça puisse paraître, je restais bloqué en face, souvent, à réfléchir intensément à la question. Tout comme j’ai pu cogiter en lisant moult articles de blogs sur comment atteindre ses rêves (les découper en une suite de petits rêves pour permettre d’atteindre régulièrement des buts par exemple) ou qu’est-ce qui différencie ceux qui réussissent des autres (en gros, ils y croyaient plus que tout). En ce moment je suis en cours avec plein de gens que je ne connais pas. J’ignore tout de leurs rêves, leurs ambitions, s’ils en nourrissent des plus complexes que bosser dans le market et être très riche avec des responsabilités. Au moins, à l’anniversaire de Pimp, on en parlait tous librement, des aspirations et d’où on en était.

Bien sûr, ces moments là servent avant tout à se rassurer. Je dis que j’écris des bouquins et que je veux en sortir plein pas pour impressionner la personne en face avec mon CV artistique minable d’écrivaillon. Mais j’énonce à voix haute ce à quoi j’aspire. Je fais exister mes espoirs ailleurs que dans mon cerveau. Et en échange j’écoute ceux des autres.
Quand Pimp à pointé du doigt que l’assemblée entière avait des projets artistiques, il le disait sur un ton de fierté. Peu être de penser qu’à trente balais nous sommes encore des work in progress au lieu de simplement grimper un organigramme prédéterminé dans une boîte inhumaine. Ou simplement d’être entouré de personnes qui lui ressemblent, et qui le valident. Qui nous valident. Il, je, nous, ne sommes pas seul. A vingt-quatre ou trente piges, on rêve encore.

354 – Book Review 50

J’ai pas vu Entre Les Murs. Déjà parce que j’avais l’impression que ça enfonçait un peu des portes ouvertes, genre la version lycée d’Etre et Avoir. Ensuite j’ai vachement de mal avec les films tournés en mode « c’est moche mais c’est fait exprès ». La caméra tremblante, des décors et des couleurs dégueux, est-ce vraiment indispensable pour faire un long métrage qui paraisse réaliste ? Peut-on être dans une recherche du beau et faire passer un message ? Une minute, je viens de réaliser que c’est pas du tout ça dont je veux parler aujourd’hui ! Nan en fait je veux faire la chronique du dernier bouquin de François Bégaudeau, Vers la douceur. En étant honnête avec moi même je dois admettre que sans le battage autour d’Entre les Murs, du même Bégaudeau, je n’aurais pas du tout regarder ce nouveau roman. Bien que les couvertures des éditions Verticales soient toujours très belles.

C’est l’histoire de Jules, un trentenaire en déroute affective, et de sa bande de potes aux noms bigarrés, de Bulle à Vanille, en passant par Gilles et Flup. Tout ce petit monde est plus ou moins en lose sentimentale et erre dans Paris à la recherche de l’âme sœur.
J’ai pris Vers la douceur parce que je suis un gros fanboy de tout ce qui est presque adulte qui veut être aimé. J’y peux rien, c’est ma came. J’avais pas pigé que ça n’ira pas plus loin que ça. Jules parla a la première personne, mais ce n’est pas forcément lui le héros. Le récit propose d’autres chapitres sur le mode du narrateur omniscient, ce qui est d’ailleurs légèrement perturbant. Pas autant que la construction, avec une histoire dans le désordre avec trop peu de points de repères. C’est connu que je déteste être paumé en plein milieu d’un bouquin.

Après il reste le style. Ancien prof de lettres, le Bégaudeau se lâche à ce niveau, parfois avec une certaine classe, parfois moins. Beaucoup de répétitions faites exprès (Palahniuk staïle), des métaphores qui partent en sucette, c’est pas toujours heureux. Trop d’esbrouffe et pas assez de substance à mon goût, j’ai l’impression que le sujet a été survolé, mettant en scène une tripotée de situations typiques et autres clichés, mais sans réel génie. En sortant de ma lecture il n’y aura pas de passages ou de personnages qui m’auront réellement marqué. Notons la présence à la fin du livre d’une chronologie des évènements, qui résume les deux cent pages précédentes. Sa seule présence est la preuve du bordel temporel dans lequel se sont perdus les différents chapitres. De là à déclarer que Vers la douceur est un mauvais livre, c’est un grand écart que je ne me permettrais pas. J’ai pris du plaisir à la lecture même s’il ne m’en reste pas grand chose. Disons qu’il est juste très moyen, avec quelques fulgurances dissimulées ça et là.

Voilà pour les critiques de la semaine. Demain je retourne explorer des questions métaphysiques à propos des femmes. Sinon à 14h y’aura une note Bis où je parlerai un peu de mon stage.