1193 – Round Two

Trois ans plus tôt, je voyais pour de vrai mon premier eReader. Une camarade de classe bossait pour SFR qui, à l’époque, envisageait de sortir un lecteur de livres numériques (vendu en boutique, avec abonnement 3G etc…). Elle faisait partie de l’équipe pilote de test du projet et m’a permis de faire joujou avec l’appareil. SFR a finalement abandonné l’idée. Trois ans plus tard, c’est Orange qui se lance sur le marché du livre numérique, avec une des rares initiatives qui implique les libraires (pour le plus grand bonheur de leur syndicat). A partir de l’année prochaine, n’importe qui pourra aller en librairie physique se faire conseiller un bouquin et choisir de l’acheter en papier ou en kilobits sur place, avec Orange. Il retrouverait l’ouvrage sur n’importe quel appareil, brandé Orange ou pas. A voir, mais l’approche a le mérite d’être originale.

Il faut dire que l’arrivée du Kindle 4 à 99€ en France et d’un catalogue de livres français sur Amazon la semaine dernière à foutu un bon coup de pied au cul d’un marché qui refusait d’exister.

Piquée au vif, la FNAC a annoncé dans la foulée (la semaine dernière, donc), une refonte totale de son offre de livres numériques. Adieu le lecteur propriétaire hors de prix (179€) dont le fabricant à fait faillite, bonjour Kobo. Kobo, c’est une boîte canadienne qui fabrique de très bon eReaders et qui qui possède un riche catalogue de titres en langue anglaise. En signant un partenariat avec eux, la FNAC va pouvoir s’enorgueillir d’avoir l’offre de livres la plus large tout en s’épargnant la logistique de devoir concevoir et produire ses propres appareils de lecture. Avec un prix d’appel qu’on prédit autour des 100€, la FNAC va enfin devenir un adversaire crédible face au géant Amazon qui a encore tout à prouver dans l’Hexagone mais compte bien mettre le paquet.

De mon côté j’ai cédé, commandé et reçu mon Kindle 4 depuis deux bonnes semaines. Mais je refuse de basculer mon compte Kindle d’USA à France.

Niveau matériel, le Kindle 4 fait tout moins bien que son grand frère : il n’a plus de clavier, plus de prise jack pour écouter de la musique ou des audiobooks et deux fois moins de mémoire. Par contre il possède LE truc qui fait toute la différence : il rentre dans mes poches. Toutes mes poches. En pompant allégrement les readers de Sony (les plus beaux), le Kindle 4 perd 18% de surface et 30% de poids, et se promène peinard dans la poche de ma veste ou mon jean. On en revient à la promesse du livre de poche : nous débarrasser du sac en bandoulière. Donc oui, je suis amoureux, encore. Par contre j’ai choisi de ne pas accéder au catalogue Français. Parce que 10 à 20% des livres américains restent zonés, bloqués par région. Et que je préfère accéder à toute la littérature anglo saxonne tout de suite, quand je peux tranquillement (le samedi) aller acheter la production française en bas de chez moi.

Le livre numérique, c’est un peu comme les DVD, ou les cartouches de Nintendo 3DS : le refus partiel de l’explosion des frontières.

Toujours est-il qu’entre Amazon qui débarque, la FNAC qui se réveille et Orange qui se mouille, le marché du livre numérique arrive dans sa seconde phase en France : celle où ça commence à devenir bien, intéressant et accessible. Bon potentiel de cadeaux de Noël tout ça. En attendant l’année prochaine, la troisième phase. Ce sera celle de la baisse de la TVA de 19.6 à 5.5 sur les eBooks, et donc l’année de la baisse des prix. C’est bien.

On progresse.

558 – Big Deals In Little China

Il existe dans Paris des rues de non droit, des avenues dans lesquelles la justice n’existe plus. La police n’ose plus y faire des descentes, alors même que pullule le grand banditisme dans les beaux quartiers. A côté de chez moi, il y a le boulevard Voltaire, très connu des geeks de tout poils. Loin des RNAC, Game ou autre Micrognagna, ce sont une bonne douzaine de boutiques indépendantes de jeux vidéo qui sont installées dans ce que les gamers nomment la principauté de République. Là bas il est possible de faire l’acquisition d’une console pucée ou modée pour s’adonner avec joie au piratage. Des potes y ont déjà déposé leur Xbox ou autre pour la récupérer corrompue quelques heures plus tard. A côté de ça ces échoppes proposent aussi des jeux parfois dix jours avant leur sortie officielle, pour un prix contremodique, à savoir de l’ordre de 80€ le FIFA pour une semaine d’avance.

Aujourd’hui je voulais vous parler d’une autre de ces rues, une qui possède même sa propre motherfucking page Wikipédia, la rue Montgallet. En 1995 s’y ouvre un Surcouf, boutique informatique pour beauf. Rapidement des vendeurs d’origine asiatiques achètent des petits locaux autour et vendent du matos pour beaucoup moins cher, que ce soit en rognant sur leur marge ou en important illégalement des produits sans s’acquitter de la TVA. Quinze ans plus tard, le Surcouf a vu sa clientèle s’envoler et la rue Montgallet héberge près de cinquante boutiques. Mon frangin a acheté son ordinateur en kit là bas le mois dernier, pour la simple et bonne raison qu’il gratte environ une dizaine d’euros par pièce. Au bout d’une tour complète, ça commence à faire pas mal d’économies. Régulièrement la répression des fraudes effectue des descentes rue Montgallet, arrive à épingler quelques magasins négligents. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que là bas c’est la mafia des geeks.

Les prix de sont pas fixes, et changent parfois plusieurs fois par jour. Les devantures des échoppes sont recouvertes de pochettes plastiques où sont intervertis les prix en fonction de la micro-économie de la rue. Les commerçants s’étendent en effet entre eux et il n’est pas rare de voir un vendeur aller acheter une pièce manquante chez le voisin pour satisfaire un client. Un comparateur de prix online a même été monté, mais il peine lui aussi a refléter les fluctuations des prix. Je suis d’ailleurs a peu près certain qu’il est possible de faire de la spéculation en passant sa journée à Montgallet. Le fait est que quand j’ai voulu me pécho mon clavier de luxe lundi. J’ai vu que sur Amazon je pouvais le toper à 70€, meilleur prix sur le net. Un détour chez les trafiquants chinois (qui ne parlent d’ailleurs quasiment pas français) et je repartais avec mon Logitech DiNovo pour 45€. Pour une fois que ça sert a quelque chose d’être parisien.

C’était ma première fois dans le coin, à découvrir les intérieurs mal éclairés, les vendeurs glauques qui luttent pour satisfaire la demande, les clients affluant, crise oblige. Encore une principauté, un territoire économique autonome, bien connu des gars du coin. Quelque chose me dit que je risque d’y remettre les pieds. Pendant ce temps, je suis en train de boucler cette note avec mon nouveau clavier. La barre espace a beau n’être pas hyper silencieuse, c’est un pur bonheur au bout des doigts. A se demander comment j’ai bien pu vivre sans jusqu’ici.

Demain on fouinera dans des carnets de jeune fille.