Grimm Twitter Tales

Hier, c’était un nouveau grand soir sur Twitter, où un maximum de personnes s’étaient réunies à l’affut des premières estimations des résultats du premier tour des élections. C’était l’occasion, encore, des faire des vannes plus ou moins bonnes, de partager des infos ou en tout cas de se faire remarquer. En gros, on était contents d’être là.

Deux soirs plus tôt je buvais du Coca Light en double galante compagnie. Entre gens des internets, on débatait de Twitter en général. Tous les trois largement présents et occupés sur/par le réseau, on s’est mis d’accord sur quelque chose : quand une de nos connaissances s’intéresse à Twitter, on fait notre maximum pour le décourager de mettre un pied dessus. Crois moi (ami), tu veux pas faire ça, reste dans ton monde de la vraie vie. C’est super mieux.

Oui, on a admis très vite qu’il s’agissait d’une réaction prodigieusement hypocrite de notre part, dans la mesure où nous ne sommes pas prêts à suicider notre compte, devenus dépendants.

L’avantage de Twitter, c’est qu’il s’agit encore chez nous d’un petit écosystème. Si tout le monde se bat pour exister, il n’y en a pas tant que ça qui émergent. On pourrait d’ailleurs facilement cartographier les sphères d’influences, les groupes et leurs leaders. Ainsi se dégage en une demi-douzaine d’années d’existence toute une mythologie du réseau.

A la manière d’un conte de Grimm, on pourrait raconter des histoires de monstres poilus, d’enfants trop naïfs, de royaumes assiégés, de rivalités insolubles. On peut également tracer une frise temporelle, et y placer les gros évènements comme l’arrivée d’une star, ou d’un débat qui a fait rage, un trolling qui est allé trop loin. De tous les bouquins prétentieux sur l’explication du net 2.0 qui sortent chaque année, aucun ne s’intéresse à l’histoire de l’intérieur, aux héros et vilains de Twitter. Il y a là assez de matériaux pour écrire une version digitale et un tantinet plus pathétique de Game Of Thrones.
Ca ferait un livre d’histoire fascinant.

Accessoirement ça permettrait de mieux expliquer aux gens normaux pourquoi, en vrai, faut pas venir.

Surtout que plus le temps passe et plus cette fameuse histoire se dilue dans les mémoires. Twitter va si vite qu’il est facile de tout réécrire. On efface des comptes, on change de pseudo, on se divise en un compte officiel et un fake. Des ordures de compétitions se rachêtent une vertu sur le dos des nouveaux arrivants, qui ne savent pas, au même moment que les exploits des héros du passé ne sont plus chantés. A part au détour d’un follow friday à clef.

Je crois que si on déconseille aux gens de venir s’inscrire sur Twitter, c’est parce qu’il est impossible de leur expliquer réellement à quoi ils s’exposent, s’ils restent, s’ils existent un peu fort.

On dit que les dealers ne prennent jamais ce qu’ils vendent. Mes amis et mois sommes des camés qui jouons aux épouvantails. Parce qu’on sait.

Et parfois, quand on bois assez de Coca, on raconte les légendes du passés, les histoires qui font flipper les gens de la vraie vie. Autour d’un écran de portable, porté sous notre menton pour accentuer le drame du récit, nous transmettons ce que nous savons. Chair de poule 2.0.

En attendant que quelqu’un planche sur un vrai livre d’histoire, un jour. Ou un roman, sur une des nombreuses dates, batailles ou coups d’enfoiré du réseau. Les petits contes de Twitter.

(pun intented)

1266 – Book Review 219

A la fin des années 90, que je m’éveillais à la pop-culture, Kevin Smith était une icône. Le réalisateur fauché du génial Clerks en 1994 était devenu une des premières rock stars geek. J’avais commandé en import (avant internet) son nouveau film, Jay & Silent Bob Strikes Back, tandis que je suivais avec avidité ses scripts de comics sur Daredevil. Puis Smith a enchaîné les déconvenues au cinéma avec Jersey Girl, Zack & Mirri Make A Porno et le très faible Cop Out. Pendant ce temps-là, il foutait en l’air le personnage de la chatte noire pour toujours (en réécrivant qu’elle était ultra féministe et fatale parce que violée dans son enfance) sans pour autant terminer sa mini-série sur Bullseye. Depuis le début des années 2000, le public et les critiques se sont radicalisés. Les fans sont devenus des fanboys, les détracteurs des haters.

Avec son nouveau livre, Tough Sh*t, Smith nous livre sa version des faits, son plaidoyer, et autres morceaux choisis de sa vie ces 20 dernières années.

La première moitié du livre est consacrée à sa carrière cinématographique. Il y raconte, par ordre chronologique, sa découverte du cinéma, de la geek culture, le tournage de Clerks, sa rencontre avec la Miramax, Tarantino, ses films suivants, ses réussites et ses échecs. Le tout culminant sur le récit de la création de son dernier film autoproduit et autodistribué : Red State. Du petit lait pour moi qui avait principalement suivi l’histoire du point de vue des critiques, pas toujours tendres avec Smith, qui a la qualité (ou le défaut), de beaucoup l’ouvrir.

Car Smith est une des premières cyber-stars, à avoir compris l’intérêt d’internet, des forums, des podcasts et autres réseaux sociaux. Cette prime à l’ancienneté, et au talent bien sûr, a permis à Smith de gagner des centaines de milliers de fans purs et durs. Mais en s’exposant il a fatalement récupéré au moins autant de trolls et autres détracteurs un peu trop virulents. Pour survivre à ça, Smith a du se blinder de manière extraordinaire. Ce qui implique de sur-croire en soi-même, afin de traverser le champ de mines des critiques et d’internet. Forcément, sa version des faits est donc à son avantage, ce qui confortera ses fans et ses haters dans leurs propres convictions. En ce sens, Tough Sh*t prêchera forcément aux convaincus des deux bords et changera peu d’avis.

Le curieux d’Hollywood y trouvera tout de même des tonnes d’anecdotes sur la grande époque de la Miramax, sur le caractère de diva insupportable de Bruce Willis et sur les process de l’industrie cinématographique en général. Rien que pour ça, le bouquin vaut le coup.

Malheureusement, la seconde partie du livre est plus bordélique. Smith parle de ses activités de podcasteur, de son amour pour le stand up, de sa haine des compagnies aériennes ou encore de la rencontre avec sa femme. C’est le bordel, pour rester le poli. Peu construite, partant dans tous les sens, cette partie est beaucoup plus faible et n’intéressera guère que les fans du bonhomme. A titre personnel je regrette très fort qu’il manque tout une partie sur ses activités de scénariste de comics. Mais on ne peut pas tout avoir.

Tough Sh*t est à l’image de la carrière de Smith, mi-génial et mi-foiré à la fois. Dans tous les cas, je ne regrette pas ma lecture, puisque j’ai dévoré le truc en à peine trois jours. J’ai beau être moins fan qu’à une époque et moins hater qu’à une autre, c’était bien quand même.

BUY STAGE !!!

Bon, c’est quand même 19€.

1253 – Friends Of Friends

Je crois que mon premier rassemblement en vrai de gens d’Internet date de plusieurs années, de l’époque où je trainais (trop) sur le forum du site d’art graphique Café Salé. A un moment, quelqu’un a lancé l’idée que ça serait pas mal de se retrouver dans un bar pour savoir à qui/quoi on ressemble, parler de nos projets, de nos rêves, tout en buvant des trucs avec des bulles et/ou de l’alcool dedans. Ça se passait aux Furieux, un bar punk/goth rue de la Roquette. C’était bien. On se comprenait et on pouvait débattre jusqu’au dernier RER. J’y ai rencontré des amis d’un soir qui sont à présent des amis de longue date, que je peux voir ailleurs, à notre convenance. C’est bien.

Après, il y a eu Twitter, et là encore à un moment il a bien fallu qu’on se rencontre. On voulait mettre des visages sous les pseudos, des histoires derrière les tweets. Il y avait l’Apéritweet, un truc un peu bizarre où l’orga zélée imposait le port de petit sticker avec son pseudo sur la poitrine. Les soirées étaient un mélange de hipsters, entrepreneurs du web, gros geeks et gens paumés. Le grand écart des gens de la vraie vie. L’avantage c’était qu’on pouvait se croire amis avec des personnes très différentes. Le problème est que là, à part notre utilisation d’un outil de réseau social, nous n’étions pas unis par grand chose, quand à l’époque du café nous existions ensemble autour d’une passion, et non un outil.

Et si j’ai rencontré des gens qui sont restés mes amis, j’ai aussi fait la découverte des potes qui déçoivent, que l’on déçoit, qui disparaissent ou deviennent ennemis. Le problème quand rien ne nous lie au départ. C’était un peu triste.

Samedi soir, c’était la 36ème et dernière Unrelated mensuelle. L’idée, comme le nom l’indique, était de ramener un pote inconnu avec soi, pour rencontrer plus de gens. Le principe était celui de l’ami d’ami, l’ami de mon ami étant potentiellement mon ami. C’est parti de twittos issus du jeu vidéo, ce qui offrait un socle thématique à l’évènement. Puis, de mois en mois, le cercle s’est élargi, avec plein d’autres personnes autour. C’est devenu ma soirée préférée, parce qu’elle était devenue le point de ralliement de personnalités qui me correspondaient. C’était le moyen pour moi de revoir des gens que je n’osais pas voir en dehors d’un évènement, ceux qui me plaisent, me touchent, m’impressionnent et à qui je n’ose pas proposer de se revoir à côté.

Avec le succès de la soirée, ça a été également l’occasion de voir de gros poissons arriver, ainsi que quelques connards. C’était le moyen de sympathiser avec la haute de la branlette 2.0, de faire face à des ennemis, de changer d’avis sur des gens pour le mieux, de faire des câlins avec ceux vis-à-vis desquels on s’y attendait le moins. C’était une piqure de rappel de la vraie vie.

La Unrelated s’arrête parce qu’elle a dépassé son principe de base : tout le monde se connait à peu près. Elle est devenue boursouflée, et il est temps de laisser place à autre chose. Mais pendant un moment, elle était mon point de ralliement régulier avec cette communauté qui partage des petits bouts de vie avec moi. C’était top. Et je ne doute pas que la fin d’un cycle annonce le début d’un autre. Il y aura un nouveau concept, un nouveau rendez-vous, un endroit où j’irai pour rencontrer, échanger, voler un baiser, avant de rentrer, contenté.

Ça sera bien. J’irai. Avec toi ? (classic)