301 – Necromancer

Nous sommes le lundi 26 janvier 2009, une heure du matin. Le sujet est un roman de race autofictionnelle, mort il y a quelques semaines. Il mesure 32 000 mots et pèse un an de travail. La cause probable du décès est la connerie et le manque de jugement des éditeurs germanopratins. Néanmoins il a été requis une autopsie afin de s’assurer que la mort n’est pas due à un manque de maturité artistique. Je m’apprête à pratiquer la première incision sur la poitrine. Après avoir forcé un peu le faire pénétrer, le scalpel s’enfonce dans les tissus nécrosés. Mes doigts gantés de latex écartent l’ouverture, afin que je puisse accéder aux tripes. Ayant chaussé mes lunettes grossissantes, je balaie les organes du faisceu de ma petite lampe torche.

- Le plus gros problème de ce roman. C’est qu’il a été écrit avec les codes du scénario. Sans connaissance du média littéraire j’ai appliqué mes instincts de scripteur. Il en découle une écriture très visuelle et efficace, mais qui survole un peu trop l’action. Après avoir lu une quarantaine de romans principalement contemporains, je réalise que mon approche est incomplète. Je devrais plus exploiter les spécificités du littéraire, dans les descriptions, l’approche des sentiments des personnages.

- La grosse erreur du noob : ne pas avoir réussi à suffisamment différencier les voix des personnages. Ils ont tous des backgrounds différents et devraient avoir des manières de s’exprimer plus uniques. Y’a un travail de linguistique à faire pour rajouter cette couche d’épaisseur qui fait encore défaut au taf’ actuel. Le côté positif, c’est que c’est quelque chose que peu d’auteurs prennent la peine de faire. Du coup peu sont ceux qui s’en sont rendu compte. Huhuhu !!!

- Quand même, en tant que scénariste j’ai un peu honte de quelques raccourcis scénaristiques qui ont lieu dans le second tiers du bouquin. Ca aurait pu être un peu plus fouillé. Faudrait que je défloute pas mal de notions aussi, où j’ai voulu jouer le mystère par flemme de faire des recherches. A trop mettre de flou on y voit plus que dalle. Sans parler du premier chapitre qui tout en gardant la même idée pourrait être plus accrocheur, retenir l’attention jusqu’au reveal final. Je pourrais être plus clinique, plus hardcore aussi. Je me suis complètement auto-censuré par pudeur. J’aurais pas toujours dû.

C’est alors que sous les yeux médusés du légiste, le visage toujours plongé dans les entrailles gluantes, le roman bougea un doigt. C’était impossible ! Il était mort, carbonisé par neuf refus ! Et pourtant ses phalanges frissonnaient dans des craquements d’os. A cet instant la porte de la morgue vola en éclat.

- Par Crom ! Ecartez vous de ce roman !
- Mais qui êtes-vous ?!
- Moi ? Je suis Le Reilly ! Et je vais sauver ce texte, même si je dois passer des nuits entières à le réparer !

Bon, en gros, avec mes dizaines de lectures de ces derniers mois, les commentaires parfois avisés de mes camarades, je crois avoir mis le doigt sur les défauts de jeunesse de cette version 2. Ceux qui me gènent vraiment je veux dire, ceux auxquels je peux remédier. Vous avez donc compris que je vais m’y remettre, le cœur brisé mais gonflé d’espoir. Je sais que je peux faire mieux. J’en suis certain. Non pas que je renie cette première version. Mais avec l’expérience acquise ces six derniers mois j’ai beaucoup de mal à regarder la V2 sans être déprimé. Ce qui du coup me retourne le ventre quand des fois on me propose de faire passer le texte à des gens plus ou moins influens. Dans ces moments là je me dis que putain, je devrais l’upgrader tout de suite ! Je n’oublie pas cependant mon second texte, qui doit continuer à vivre. La semaine pro c’est les vacances, le moment ou jamais de reprendre de bonnes résolutions niveau écriture.

Demain, on parlera espagnol. Enfin on parlera pas en espagnol, mais d’espagnol. Ca y est je m’embrouille déjà.