1033 – Cine Club 111

James Franco était sûrement le meilleur truc à être sorti de la trilogie Spider-Man : Bon acteur, beau gosse et bon dans son rôle. Maintenant il a un bon début de calvitie et joue dans des films que personne ne va voir (je ne peux pas citer celui auquel je pense parce que c’est spoiler) ou que personne ne connaît. Mesdames et messieurs du jury, j’appelle à la barre mon témoin : Howl, un long métrage à mi-chemin entre le documentaire et l’œuvre d’art sorti cet automne. Pas chez nous. James Franco y joue le rôle-titre, celui de Allen Ginsberg, l’auteur du poème Howl. Voilà voilà. Je vais pas faire le malin j’avais aucune idée de ce qu’était Howl (un long poème écrit dans les années 50), qui était Allen Ginsberg (un jeune auteur juif homosexuel new-yorkais) et encore moins ce qu’est la beat génération (une bande d’auteurs US des années 50 marqués par leurs expérimentations avec la drogue et leurs pratiques sexuelles alternatives). Mais j’ai regardé le film quand même.

Howl est découpé en plusieurs parties entremêlées. Le (très) long poème est lu par Allen Ginsberg à une assemblée dans ce qui semble être un bar. Simultanément le texte est montré sous la forme de séquences d’animations, mêlant dessin traditionnel et 3D pour créer des mouvements vertigineux. L’autre gros morceau du film met en scène le procès de l’éditeur de Howl, pour avoir imprimé un texte jugé obscène. Des professeurs de littérature se succèdent à la barre et jugent de la qualité littéraire du poème, cuisinés par l’avocat de la défense joué par le toujours impeccable John « Don Draper » Hamm. Enfin Allen Ginsberg est interviewé chez lui par une personne en vue subjective et donne son point de vue sur Howl, le procès, sa vie, la beat génération, ses amants. Le tout étant proposé de manière entremêlée, proche d’un patchwork arty.

Le film demeure un documentaire dans la mesure où le script est construit entièrement à base du texte intégral de Howl, des comptes rendus du procès et d’extraits d’interviews. Il n’y a donc en théorie pas une seule ligne qui relève de la fiction. L’exercice est donc particulièrement intéressant, l’objet filmique unique. Howl, le film, est à la fois une adaptation du poème en animation, une lecture du texte, une biographie d’un des plus grands poètes contemporains américains et un documentaire sur la pudibonderie et la valeur littéraire. Le sujet dépasse la poésie pour parler de la société Us de l’époque, de l’homosexualité et de la vie des poètes dans une société post industrielle. La Beat Generation est aussi abordée, avec la présence de Kerouac, ami et amant (si j’ai bien compris) de Ginsberg. De quoi me motiver à creuser le sujet.Si le film a un défaut c’est qu’il est dense. Howl est formidablement écrit mais difficile à percer en version originale (et comme le film ne sortira pas chez nous…). Ca m’a un peu piqué le cerveau et j’ai dû louper pas mal de trucs. C’est clairement pas le truc qu’on regarde pour se détendre un samedi soir.
Mais je ne regrette pas, ça valait carrément le coup. Oh et James Franco y est très bon. Donc si vous aimez la poésie, la littérature, ce genre de trucs, GO FOR IT.

TRAILER STAGE !!!

921 – The Right One In

Mercredi sort chez nous Laisse-moi entrer, qui est le remake américain de Let The Right One In, qui était sorti l’année dernière chez nous sous le titre Morse. Ca va vous suivez ? Je vous la refait. Un bouquin est sorti en Suède qui raconte l’étrange amitié entre un très jeune garçon et une vampire dans une banlieue enneigée. Une adaptation ciné en a été tirée et le long-métrage a fait le tour des festivals aux US avant de sortir chez nous dans les salles, puis en DVD. Seulement aux US tu peux pas vraiment montrer du suédois sous-titré au public lambda. Y’a que les hipsters prétentieux qui lisent des sous-titres chez l’oncle sam. Du coup les mecs se sont dit que le plus simple, c’était encore de le remaker. On va prendre un film sorti il y a moins de deux ans et le refaire en anglais en bidouillant un ou deux trucs mais en gardant quasiment plan par plan l’orignal en dessous. TROP LOGIQUE !

Si seulement, ça aurait pu être drôle au moins.

J’ai pas envie d’aller voir Let Me In. J’ai vu Let The Right One In et devinez quoi ? C’était très bien ! Genre c’était giga bien, bourré d’idées et avec un charme nordique assez indescriptible. Bien sûr que sur le papier je trouve ça cool de prendre la gamine de kick ass et la filmer en train de décapiter des gens. C’est cool je comprends. Mais on ne m’ôtera pas de l’idée que ce film est le produit d’un ethnocentrisme bien puant. Je ne suis pas un anti remake. Quand James Cameron prend le pitch de La Totale pour faire True Lies, j’applaudis des deux mains. Reprendre une idée ou une œuvre et y ajouter sa touche, je peux comprendre, je peux même respecter la démarche. Mais là on à simplement affaire à une sorte de doublage extrême. On gomme tout ce qui est suédois mais on garde quasi tout le reste (on pourrait jouer aux jeux des différences mais à part l’ambigüité sexuelle estompée et la fin moins ambiguë chez les ricains, c’est la même chose).

D’habitude j’aime bien prendre la défense des ricains. L’anti-américanisme primaire me dégoute plus qu’autre chose. Mais là quelque part ça me file un peu la nausée comme process. Si le film original dormait depuis dix ans, pourquoi pas ? Si l’adaptation changeait autre chose que la langue parlée et le lieu de l’action, pourquoi pas ? J’ai été étonné de voir à quelle vitesse les médias spécialisés US ont retourné leur veste passant d’un dénigrement du film pour le principe jusqu’à finalement saluer le film de permettre aux gens normaux d’apprécier une histoire de qualité. What the fuck people ? Tout ceci est bouffi d’ethnocentrisme, de nombrilisme culturel, de l’impossibilité du ricain moyen de s’ouvrir à autre chose, de s’intéresser à autre chose. Le pire c’est que ça n’est qu’une forme d’assimilation. Non seulement l’extérieur n’existe pas, mais on s’approprie leur bien. Pour la plupart des ricains, quand ils penseront à Let Me In, dans leur esprit, le film sera bien de chez eux.

Ce qui me pose question, c’est comment Matt Reeves, le talentueux réalisateur d’un film original (Cloverfield), à pu se dire que ce projet était une bonne idée. Comment a-t-il pu penser qu’un copier coller serait intéressant ? Comment à t’il pu se dire que ça valait le coup de mettre des années de sa vie à bosser là-dessus ? Ca me dépasse prodigieusement. Tout comme je suis déjà dégouté que David Fincher soit en route pour réaliser un remake de Millenium, l’adaptation ciné d’il y a deux ans des bouquins à succès. Vu les premières tronches du casting, on s’engage aussi dans un copier coller. Même schéma que pour Let Me In : un bouquin nordique, un film nordique, un remake ricain moins de deux ans après. Qu’un des dix meilleurs réalisateurs de sa génération, un mec qui ne réalise pas tant de films que ça, gâchent plusieurs années de carrière pour réaliser ce truc, ça me dépite prodigieusement. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi, de leur point de vue. Je ne comprends pas.

Alors non, j’irai pas voir Let Me In. Je me demande si le fait que l’original s’appelle Let The Right One In n’est pas un signe de l’univers. Je ne peux pas cautionner un truc qui me débecte autant, peu importe la qualité du film. Si je veux le voir, je choperai l’original.

GOOD NEWS STAGE !!!

La bonne nouvelle, c’est que Let Me In s’est fait oblitérer la gueule au Box Office US vendredi, et risque d’être un flop majeur. Bien fait.

907 – Unpredicted Package Stealing

Lorsque Marc retourna au travail ce samedi, le colis était toujours là. Sentant la jalousie monter, il détourna le regard. Arrivé hier à Roissy, scanné dans la foulée, il devait partir chez un certain Matthias Jambon dès lundi matin. C’est ça de faire confiance à des transporteurs privés, ils ne livrent pas le samedi. Marc essaya de ne pas penser au contenu du paquet, déballé plus tôt dans le cadre d’un contrôle de routine aléatoire. Employé des douanes en aéroport, quel job de merde. D’une, il faut passer la journée à Roissy. Déjà que les voyageurs deviennent fou au bout de quelques heures, imaginez ceux qui y travaillent quarante heures par semaine. Toutes les semaines. Ensuite, chaque jour défilent des colis tous plus alléchants les uns que les autres. La valeur des paquets scannés en une demi-heure dépasse allègrement le salaire mensuel des employés. Pour Marc, la torture avait assez durée. Au bout de huit ans de bons et loyaux services, il était sur le point de craquer. Il le sentait. Il le savait.

Le trentenaire n’avait jamais pensé finir sa carrière dans un petit bureau des douanes. Il aurait du prévoir qu’un master d’anglais littéraire n’était pas le meilleur tremplin vers une vie pleine de rebondissements et d’aventures. Puis il y a eu le bébé, le besoin de trouver un toit, de quoi payer le beurre à mettre dans les pates premier prix. Ses rêves à la poubelle, il s’était retrouvé à scanner et biper les petits bonheurs des autres à longueur de journée. Ses collègues, le cuir endurci par une vie de travail absurde, se faisaientt plaisir une ou deux fois par semaine. Un colis « malencontreusement » tombé des rails automatiques, un autre refusé pour des raisons plus ou moins claires, voilà qui arrondissait les fins de moi autant que les sourires. Jusqu’ici Marc avait été réglo, persuadé que sa situation n’était que temporaire, que s’abaisser à dérober le bien d’autrui scellerait son destin, le transformerait à jamais en pire version de lui-même.

Dans la nuit de samedi à dimanche, l’homme avait profité du sommeil de sa compagne pour googler le propriétaire du colis. Sait-on jamais, peut-être que découvrir sur Facebook la photo d’un type à l’air sympa le dissuaderait. Ce qu’il trouva eu l’effet inverse. Le blog quotidien d’un graphomane bouffi par la condescendance, le mépris et étrangement la certitude d’être drôle. Quel connard. Un petit étudiant qui jette l’argent de ses parents par la fenêtre pour s’acheter des gadgets hors de prix. Marc bouillonnait. Lui aussi méritait de se faire plaisir, lui aussi méritait un peu d’équipement high tech, lui aussi était capable d’apprécier les choses de l’intellect. Il ne dormit pas. Tournant et retournant, il pensait aux éventuelles conséquences. S’emparer d’un colis avec un numéro de suivi était problématique. Les transporteurs ne laissaient rien passer. De plus, les archives indiqueraient qu’il était le dernier à avoir eu le paquet entre les mains. Si jamais cela remontait jusqu’à son superviseur ? Il serait renvoyé. Faute grave.

Dimanche après-midi, Marc grillait sa première cigarette depuis la naissance du bébé sur le tarmac. Le ballet des décollages d’avion lui semblait une métaphore de son destin. Un nouveau départ. Qu’importe le licenciement, qu’importe le transporteur, la tumeur de l’insatisfaction avait pris possession de son esprit. Au bout de sa cigarette il irait dans le local, s’emparerait du colis du petit con d’étudiant et renterait avec chez lui. Pour ce qu’il en savait, c’était peut-être la plus meilleure idée de sa vie. C’était autant son plaisir qu’un moyen de bousculer le statut quo.

Revigoré par l’intense sensation d’être vivant à nouveau, Marc écrasa le mégot sous la semelle de ses chaussures trop portées et se mit en route en direction du dépôt.