La semaine dernière, j’étais dans le tram le long du périphérique parisien. En allant chez mon frangin depuis le bureau, je suis passé devant un hôtel dans lequel j’avais séjourné il y a presque dix ans. C’était lors de mon premier voyage à Paris, de ma vie entière. Quand mes parents ont décidé que la migration d’été aura lieu dans la capitale, parce que c’est important pour jeune moi et jeune bro de venir voir à quoi ça ressemble. Peut-être un de mes pires souvenir de vacances d’été de toute ma vie. J’exagère à peine. Déjà, c’était l’été de la canicule (2003). Et passer une semaine au bord du périphérique à Paris cette année là, c’était mourir. A petit feu, mais à feu quand même. Puis j’en avais rien à foutre moi, de la capitale, je voulais rentrer à Lyon pour embrasser ma nouvelle copine.
Paris et moi c’était donc pas gagné du tout. J’ai fait hurler la haute autorité familiale en voulant rester dans la chambre d’hôtel, attaché au climatiseur au lieu de, au hasard, visiter des trucs morts et ou en cailloux. Un soir sur deux j’allais mettre des pièces dans la cabine téléphonique au bas de la rue dans l’espoir de joindre la fille du livre. Sans grand succès. A défaut je lui écrivais des lettres que j’avais prévu de lui donner en mains propres dès mon retour, pour lui prouver que je pensais à elle tous les jours. Pour ce que ça a marché. Anyway. J’ai subi cette semaine parisienne avec toute la puissance de mon mépris adolescent. Bref, j’étais un sale petit con. Mais j’avais le droit. Et puis putain, soyons honnêtes, Paris c’est de la merde un peu quand même.
Et me revoilà dans mon tram, le nez dans mon Kindle à bouloter le livre dont je vous parlerai la semaine prochaine. J’ai relevé la tête au hasard du chemin, pour me retrouver face à cet hôtel dans lequel j’ai rongé mon frein huit ans plus tôt. Maintenant j’ai une carte de transports en commun, un appart’, une école, un boulot. A Paris. La fille de l’époque a pulvérisé au laser orbital tout ce qui pouvait me lier à elle. Si j’avais su à l’époque que c’est elle qui disparaitrait et Paris qui serait mon quotidien. J’aimerais pouvoir vous dire qu’en grandissant j’ai mûri et changé d’avis. Conneries. Paris me les brise toujours. Au point que je n’avais jamais autant pensé à aller voir ailleurs si j’y suis que ces derniers temps.
Non, du coup, je préfère tirer de tout ça que dans la vie, on a pas toujours ce qu’on veut. Oh et que l’univers à un sale sens de l’humour, mais ça c’est pas neuf.
Mes projets de bouquins sont exactement dans l’état dans lequel j’espérais ne jamais les voir : un gigantesque foutoir. Niveau trucs finis j’ai un manuscrit quasi bouclé dans un tiroir, un manuscrit multi refusé à réécrire, un manuscrit qui refuse de se vendre. Niveau trucs pas finis j’ai quinze pages écrites il y a deux ans, une vingtaine de pages d’un recueil nouvelles et une autre vingtaine de pages de Perfect Ten. Mais c’est la foire aux incipits ! C’est SUPAYR ! Ca m’avance vachement ! Oh et niveau trucs que j’aimerais écrire j’ai deux synopsis plus ou moins détaillés dans les cartons. Je vous dis pas la tête que fait mon arborescence de dossiers et fichiers de prose. Je commence déjà à paumer des trucs. Entre les notes d’idées et les débuts de nouvelles abandonnés, il m’arrive de passer un bon moment à tout retrier régulièrement. Une accumulation qui me fatigue au plus haut point.
Je suis une usine sans clients. Je continue à fabriquer des trucs, parce que je suis fait pour ça, parce que même quand j’essaie d’arrêter je fonctionne toujours au moins au ralenti. Mon stock se remplit d’un tas de feuilles, de mots, d’encre numérique de partout. Et comme rien ne part, faut pas s’étonner si l’inventaire se complique. Un peu comme mes soucis. On m’a demandé quand est-ce que je réécris mon premier bouquin et que je le signe et qu’on pourra le lire ? GOOD QUESTION ! J’ai l’impression d’être un disque rayé, de radoter, seulement je suis obligé d’admettre (encore) que j’ai besoin d’avancer pour regarder en arrière. Si jamais je signais, je saurais que ayé, c’est bon, je suis au niveau pour réécrire le vieux, puisque le neuf est vendu. Rebosser mes anciens projets alors que je fais pas valider les plus récents, ce serait piétiner. Sur place.
L’année se termine. Je n’ai pas pondu un bouquin. Mais j’ai pondu un tas de pages d’un tas de trucs. Maintenant ça serait pas mal de libérer un peu d’espace dans mon petit entrepôt mental. Ca n’aura pas été pour 2010. On verra en janvier.

