1265 – Won’t Stop

Un roman publié en France vend en moyenne 500 exemplaires. Le jeu vidéo Syndicate, lancé par EA au printemps et ayant vendu 100 000 exemplaires et considéré comme un flop cataclysmique. Voilà pour la remise en perspective.

Je vous dis ça parce que ces derniers mois, plusieurs connaissances et amis me disent ne pas comprendre les gens qui écrivent et veulent vendre leurs livres. FibreTigre m’aura dit « j’écris un tweet, il est lu par plusieurs milliers de personnes », le boss de Madmoizelle m’aura dit « techniquement, ton article sur les capotes qu’on a repris chez nous sera plus lu que n’importe lequel des livres que tu publieras jamais ». Et le pire, c’est qu’ils ont raison.

Le mois dernier j’ai rencontré un auteur Gallimard. Il a publié plusieurs romans chez le plus grand éditeur de France (contextualisation). Il m’a confié toucher moins de 2000 euros en moyenne par livre. C’est-à-dire qu’il vend moins de 2000 exemplaires (arrondissement) de chacun de ses textes. Par comparaison à la moyenne des ventes de roman en France c’est très bien puisque c’est quatre fois plus. C’est toujours deux fois moins lu que chacun des tweets de Fibre Tigre. Sauf qu’entre les dix secondes de temps de rédaction d’un tweet et la (les ?) années de rédaction d’un livre, il existe un gouffre. On me dira que c’est moche de comparer des trucs qui n’ont rien à voir. Et pourtant.

Le fait est que le livre est l’objet culturel qui réussit le moins bien. Le cinéma, la musique, les bandes dessinées (si si) sont devant. Pour en vivre il faut idéalement être éditeur (et encore ça se discute) plutôt qu’auteur. D’où l’auteur Gallimard en question qui me confiant que « je fais pas ça pour l’argent, la gloire non plus hein, je suis pas édité en poche, mes livres sont introuvables, morts avant moi ».

Quand FibreTigre m’a demandé pourquoi j’écrivais du coup, j’ai bafouillé un peu avant de mettre le doigt sur la seule bonne réponse qu’on m’ait jamais donné à cette question : « parce qu’on aime bien, qu’on n’arrive pas à arrêter et qu’on se voit pas faire autre chose ». Je crois que c’est l’idée. Et puis l’écriture a l’avantage suprême sur la plupart des autres formes de racontage d’histoire qu’on a quasi besoin de rien pour bosser. Pas besoin d’instruments, de budget effets spéciaux, de réalisateur ou acteurs, on prend Word et basta. Et quand bien même on produit de la merde, on peut la mailer aux copains, la mettre sur Internet ou la publier tout seul sans avancer de fonds.

D’ailleurs les stats à ce sujet sont effrayantes, le nombre de manuscrits qui trainent dans les tiroirs des français est au-delà du million. Publier un roman, même de manière « normale » avec un vrai éditeur, est si peu coûteux (si si), que le marché est inondé, et la moyenne de 500 exemplaires vendus se comprend aisément.

Un épouvantail qui n’arrête définitivement pas grand monde. Puisqu’en vrai, la plupart des écrivains que j’ai pu rencontrer s’en foutaient pas mal de vendre des brouettes de bouquins. De toute façon, ils n’ont pas le choix, c’est pas comme s’ils pouvaient s’arrêter d’écrire.

C’est une histoire de malédiction je pense, un truc de sorcière au-dessus du berceau.

1039 – Unfinished

En ce moment je joue à Enslaved sur Xbox et j’ai pas envie de le finir. Non pas que ce jeu sorti cette automne entre deux autres blockbusters de bâtards ne soit pas bon. Non pas qu’il soit si bon pour autant. Le problème c’est qu’en cumulé Enslaved a vendu en tout et pour tout moins de 500 000 exemplaires. Ce qui, pour une production de cette envergure, est un flop retentissant et une violente perte pour l’éditeur. Une nouvelle licence avec peu de moyens marketings renvoyé se faire suicider juste avant les fêtes. Enslaved n’avait aucune chance, alors qu’il est agréable, très joli et touchant. Un vrai jeu d’aventure sympa comme on en fait pas assez. Si je ne veux pas le finir, c’est que je sais que l’histoire s’achève sur un cliffhanger.

Promesse d’une suite qui n’arrivera jamais, faute de succès.

Je suis quelqu’un de curieux en matière de jeux vidéo, attiré par ce qui est un peu différent, par ce qui ose et qui ambitionne. Enslaved réinvente le mythe du roi-singe dans un univers post apocalyptique mais coloré. Deadly Premonition tente de concurrencer les meilleurs jeux d’horreur avec un budget pathétique mais une tonne d’idées. Advent Rising se voulait fresque space-opéra écrite par le culte Orson Scott Card. Et ainsi de suite. Parfois ces jeux survivent, comme Mirror’s Edge il y a deux ans qui, malgré des ventes vraiment faibles, est à priori sauvé par son éditeur qui pense pouvoir sauver la licence. Bien trop souvent, ces jeux se vautrent, par manque de moyens, de reconnaissances ou quelques défauts trop prononcés. Le pire étant quand ils se voulaient début de trilogie ou saga, abandonnées pour toujours.

C’est le moment ou jamais de reparler de Shenmue, l’un des meilleurs jeux de l’univers. Souvent j’entends dire qu’on est allé plus loin en termes de narration, de monde ouvert de mécaniques de jeu depuis 1999. Peut-être, mais jamais cela n’aura été au service d’un jeu se déroulant dans « la vraie vie », avec un héros qui doit aller dormir, travailler, peut jouer à des petits jeux non pas dans un univers de far west ou de mafieux, mais de vrai monde. Parce qu’aucun jeu ne s’est jamais autant rapproché de notre vraie vie, Shenmue restera pour moi une gifle inégalée. Qui s’est achevée sur un cliffhanger de fils de pute. Qui ne sera vraisemblablement jamais résolu. Parce que c’est trop cher et que ça ne rapporte pas assez. Tristesse et mélancolie depuis presque dix ans. Il faut l’avoir vécu jusqu’au bout pour le comprendre je crois.

Je n’ai pas envie de finir Enslaved, parce que dans une moindre mesure, ça me fera pareil. Peste soit les marketeux de Namco-Bandai, peste soit la majorité des gamers neuneus incapables de voir plus loin que le bout de la lunette de leur fusil virtuel.
La fin d’Enslaved approche, la gifle aussi. Mais j’ai apprécié le voyage, et rien pour ça, merci à ceux qui ont osé prendre le risque d’essayer autre chose.

LAUNCH TRAILER STAGE !!!