Quand tu es Parisien et que veux paraître blasé/profond, tu tripotes le haut de ton verre en terrasse, tu soupires et tu dis que, putain, il faudrait vraiment que tu te tires à New York, loin de toute cette merde. Wanna be a part of it. En vrai tu le feras jamais parce que tu n’es qu’un couard. Mais tu aimes à le dire, et les autres aiment à faire semblant de te croire. C’est un peu une sorte de cliché du cliché. Au point qu’en réalité, tu ne sais même pas vraiment pourquoi tu dis que tu veux vivre là bas. Connard de touriste va. La plupart du temps on te survend New York avec des arguments d’autorité. Parce que c’est la capitale du monde, parce qu’il s’y passe plein de trucs, parce que y’a les super-héros Marvel et Burger King (alors qu’en vrai Wendy’s c’est mieux).
Puis, tu tombes sur un truc qui te rappelle pourquoi, enfin les vraies raisons de ton envie de paribeauf. Tu retombes sur le scénariste Brian Wood.

En 2006, DC Comics lance le label MINX, des romans graphiques en noir et blanc, au format A5, destiné à un public jeune et féminin. Deux ans plus tard, DC euthanasie l’initiative, qui bien que rencontrant un succès critique, se heurte à l’inexistence du marché des jeunes filles de 15 ans lectrices de comics. En 2011, Vertigo, le label mature de DC sort The New York Five, un comic de Brian Wood et Ryan Kelly. En noir et blanc. Avec des personnages principaux féminins. Et des critiques dithyrambiques. Quelques requêtes Google plus tard et je découvre The New York Four, un des graphic novel publié par Minx en 2008, des mêmes auteurs. Décidant de commencer par le début, je commande un vieil exemplaire de l’histoire originale.
Riley est à la fac de NYU. Parce que sa grande sœur a mené la vie dure à ses parents avant de disparaitre, Riley a grandi surprotégée. Timide, elle peine à se faire de nouveaux amis sur Manhattan. Jusqu’à qu’elle entende trois autres étudiantes discuter d’un projet de collocation. Bossté par ses retrouvailles avec sa grande sœur exhubérante, Riley s’immisce dans la conversation et fais son premier pas vers la nouvelle version d’elle. Une adolescente qui sort, s’amuse, reçoit des textos anonymes d’un mystérieux jeune homme et essaie simplement d’avancer.

Brian Wood est l’auteur d’un tas de comics très bons que vous devriez être en train de lire à la place de cet article. C’est lui qui scénariste l’extraordinaire DMZ par exemple, ou le culte Demo (sinon on peut aussi citer Local et Northlanders, mangez-en). New Yorkais pur jus, son amour de la ville transpire dans nombre de ses projets. Chaque scène de The New York Four se déroule dans un quartier, un lieu bien précis. Ces choix ne sont pas anodins et souvent justifiés par une petite note de l’auteur. Quand il prévient que quoi qu’on tente de vous vendre la nuit à Washington Square Park, c’est pas une bonne idée d’accepter, je me rappelle du mec en capuche à deux heures du matin qui m’a suivi en crachant « Good weed ! Good weed ! ». Ceux qui sont déjà venus ne cesseront de sourire, ceux qui qui ne sont pas encore venu en auront l’envie. C’est comme ça qu’on fait un bouquin qui se passe à New York, en traitant la ville comme un personnage, et pas comme une carte postale.
Le dessinateur Ryan Kelly est un véritable tueur. Chaque personnage est craquant et vrai à la fois. Les filles ressemblent à des vraies filles et sont habillées avec un constant souci du détail. Les décors ne sont pas en reste avec des arrières plans qui fourmillent, des immeubles reconnaissables aux maisons toutes uniques. C’est à la fois un crime et une bénédiction que Ryan Kelly refuse de travailler sur des séries dont il ne possède pas les droits.

Oh, et j’oubliais presque de vous dire que l’histoire est bien. Personne ne sauve le monde, mais ces tranches de vie de jeunes filles sont crédibles et touchantes. Pas simple avec deux auteurs masculins aux commandes. J’ai trimballé The New York Four dans mon sac un samedi, lisant quelques dizaines de pages entre chaque rendez-vous de mon aprem’, au fond du métro. Lu en une journée tellement c’était léger et bien. Maintenant j’attends le recueil de The New York Five prévu pour septembre. Je ne vous en reparlerai pas pour la simple et bonne raison que je sais que ça sera encore mieux.
D’ici là, à défaut de vous offrir ce graphic novel, offrez le à un de vos potes (parisien ou pas) qui n’arrête pas de couiner qu’il veut partir à New York. Si 180 pages plus loin il n’a pas fait sa valise, c’est qu’il bluffait.
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