Ultimate Peter Parker était dessiné portant une chemise par-dessus un tee dans le premier numéro d’Ultimate Spider-Man. C’était en l’an 2000, j’avais 14 ans. Et personne auparavant ne m’avait dit qu’on pouvait faire ça, vestimentairement parlant. J’ai tanné ma mère pour qu’elle me chope deux chemises pas chères chez Jules et, dès la semaine suivante, j’étais le roi du pétrole au collège. Quel beau gosse ce Matthias ! Premier mec de la promo à débarquer en chemise ! Avec un tee dessous en plus tellement il est décontracté ! Une fois encore Spider-Man avait sauvé ma vie. Forcément, ce fut la boulimie de chemises dès le lycée, à cumuler les modèles à fleur, rayures, motifs. Quiksilver, Rip Curl et O’Neil étaient mes planques. J’étais cool, j’étais beau, j’étais PETER PARKER LEWIS !
Puis le drame. Déjà les poils qui dépassent du col. Des poils bordel ! Saleté de puberté et d’héritage paternel. Un col de chemise ça ne cache rien à ce niveau-là. Puis le réchauffement climatique a commencé à poser problème. Au printemps on a le tee en dessous, mais l’été c’est le drame. Enfin, la prise de motherfucking poids. Dix kilos en rab’ plus tard, et je n’osais plus m’afficher en chemise. Jamais. Mes fiertés passées se sont faites bouffer par les mites et la poussière. Emergence de ma personnalité tee, pleine de collectors threadless et éditions limitées teefury. Le top de ma classe c’est de mettre un tee manches longues un peu sobre à rayures. Ca vous donne une idée de la résistance aux railleries que j’ai du développer. En décembre 2009 j’ai acheté une chemise à carreaux à New York. J’ai du la mettre trois fois dans l’année. Max.
Seulement il a fallu chercher un stage, aller en soirée un peu classe, séduire. Et ces dernières semaines/mois, j’ai fait des efforts, j’ai acheté de quoi paraitre un minimum bien. A ma grande surprise je l’ai pas si mal vécu. Faut dire que j’ai perdu la moitié des kilos que j’ai pris depuis la fac. Work in progress, on en reparlera au bout du tunnel. Je vis mieux mes poils aussi, parce qu’une ou deux filles les ont agrippés au pieu en disant « j’aime ton côté ours » avant de me faire des trucs bizarres de type sexuel. Et que je suis viril so fuck you. Enfin depuis que je fais du cardio, mon cœur bat moins vite, il en faut un peu plus pour me faire suer. Bref j’ai mis des chemises et c’était cool dans le miroir. Ou en tout cas moins catastrophique que prévu.
Alors que j’achetais un pantalon sobre et une chemise un peu classe la semaine dernière pendant les soldes, j’ai eu un coup de flip. Je grandis. Certes pas tant que ça c’était du Volcom et du Quiksilver. Mais tout de même. Le cercle de la chemise a bouclée la boucle. Je fais des efforts en prévision de mon entrée dans du vrai travail, je change.
J’ai peur.


