945 – Book Review 157

C’est marrant une couverture. Un titre simple, Room, écrit au crayon de couleur sur un fond blanc, avec une femme derrière Word. Je sais pas, ça me semblait « Girly », ou tire-larme. Un truc pour les meufs quoi. Puis l’histoire d’une mère séquestrée avec son fils ça fait trop bouquin tiré d’un fait divers pour moi. Vous savez, LA technique de débutant quand t’as pas idée. Le prof d’écriture te conseille d’ouvrir un journal et de broder sur une affaire intéressante. C’est un peu la mort de l’imaginaire, la solution de facilité. Sauf qu’à force de lire des avis sur Amazon et face au manque d’attrait du reste de ma liste de lecture, j’ai fini par plongé pour le dernier roman de Emma Donoghue. Une écrivain à succès qui semble un peu le pendant féminin de Nicholas Sparks. Enfin c’est ce que je me suis dit en regardant les couvertures de ses autres bouquins, après mon achat. Mais twist : j’ai complètement surkiffé. Oops.

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Jack. Jack vient d’avoir cinq ans dans Pièce. Sa mère s’est débrouillée pour le dessiner pendant que le garçon était Eteint dans Armoire. Jack n’a connu que Piece. C’est son univers depuis sa naissance. Au dehors il n’y a rien. Tout ce que sa mère l’autorise à regarder à la Tv n’est que Tv, ça n’existe pas vraiment. C’est Tv. Le garçon ne s’ennuie jamais, il a plein de jeux avec sa mère, comme courir le plus vite possible autour de Lit ou relire la dizaine de livres dont ils disposent. Tous les dimanches Il vient. Vieux Nick leur amène de quoi manger pour la semaine à travers Porte, fermée par un verrou à code. Sauf que pour ses cinq ans, la mère de Jack a décidé de lui DéMentir. Elle lui avoue que Pièce n’est qu’un minuscule morceau du monde, que le temps leur est peut-être compté. Et surtout qu’il faut partir, maintenant, avant qu’il soit trop tard. Jack n’a que cinq ans, et Pièce est toute sa vie. Pourquoi il voudrait partir ? Seulement c’est sur lui que tout repose, il est le seul à pouvoir les sauver.

Room est narrativement en pilotage automatique. L’auteur prend son fait divers de base « Une adolescente est séquestrée et violée pendant sept ans » et brode autour de ça le plus logiquement possible. C’est-à-dire qu’elle se contente de répondre à une série de questions : comment a-t-elle été kidnappée ? Pourquoi elle ne s’échappe pas ? D’où vient le gosse ? Et ainsi de suite. Voilà ce que je disais au départ, sur les histoires basées sur des faits divers. C’est facile à faire. C’est TRES facile. Heureusement le parti pris d’Emma Donoghue vient élever le matériau d’origine. En choisissant d’adopter le point de vue d’un enfant de cinq ans, elle donne une dimension inattendue à l’intrigue. L’exercice de faire parler et penser un petit garçon est super casse-gueule, entre le risque de l’écrire trop intelligent ou trop bête. Ici on touche au juste milieu, ce qui force mon respect.

Le seul risque pour le lecteur de Room, c’est d’avoir l’impression qu’on le manipule dans un récit trop bien construit. C’est tour à tout émouvant, tragique ou sinistre. Durant toute la seconde partie du livre je n’ai pas pu décrocher et juste quand je pensais être tiré d’affaire le roman t’en remet une ou deux dans la gueule. Un cynique trouvera ça trop millimétré. Perso, j’ai adhéré à fond. Beaucoup plus que prévu. Ne serait-ce que pour la maitrise du point de vue enfantin et la foule d’idées que ça implique.

Très recommandé.

BUY STAGE !!!

Book Depository VO : 14,14€ FdpIn

(Soit 7.75$ d’économie pour moua en Kindle, faudrait vraiment que je calcule le total là)

868 – Book Review 144

J’avais jamais lu de Virginies Despentes. Sans raison particulière, comme ça. J’en avais entendu parler et j’avais failli un acheter un, un jour, mais non. Dans quelques semaines sort son nouveau bouquin, assez globalement descendu dans les critiques déjà disponibles (okay donc là je me fais engueuler sur Gtalk). On m’a du coup fortement conseillé de pas le lire, tu peux pas découvrir Despentes comme ça. Lis King Kong Théorie à la place, saymieux ! Bon. Okay. Soit. Cinq euros plus tard je repartais avec le tout petit bouquin, qui est une sorte de thèse féministe mais sous l’angle du témoignage. Despentes articule une réflexion sur les sexes autour de différentes thématiques (le viol, le porno, la prostitution, le mariage) et saupoudre d’expériences perso. C’est aussi très sourcé, avec une bibliographie à la fin, tout en restant plaisant à lire parce que phrases courtes et langage souvent parlé. On dirait un mémoire universitaire, mais en pas chiant (et en fini). Pourtant, étrangement, je me suis senti à côté de la plaque tout le long de la lecture.

Mes parents ne sont pas mariés, je ne compte pas me marier à priori. Je conçois la prostitution comme une activité à intégrer socialement, avec maisons et structures. La pornographie ne me gêne pas et en bonne compagnie je peux avouer mes goûts particuliers en la matière. Tout comme je ne pense pas avoir d’à prioris méprisants sur les actrices (y’en a même une ou deux que j’admire, hors caméra, pour ce quelles font à côté). Une des toutes premières petite amie que j’ai eue a été victime d’inceste. Dernièrement j’ai couru après une fille même après qu’elle m’ait avoué s’être « laissé faire » de peur qu’un homme lui fasse du mal. Quand on m’a dit non, j’ai toujours compris non. Je suis aussi sorti avec une nana sans maquillage, habillée en mec et plus virile que moi. Et c’était super bien. Tout comme j’ai continué à dormir dans le même pieu que mon meilleur ami gay même après qu’il m’ait avoué son homosexualité alors que la plupart de mes potes se moquaient et avaient peur pour mon derrière. Ce que je veux dire, c’est que King Kong Théorie, je ne suis pas la cible. Pas. Du tout.

Bien sûr j’ai conscience que pas grand monde ne va se vanter d’être sexiste, ou bourré de préjugés crades. On est tous persuadé d’être meilleur que l’on n’est réellement. Sauf que là, je suis relativement certain d’être loin de la colère de Despentes dans son livre. Je suis d’accord avec ses thèses (pas toutes) et la majorité de ses réflexions, soit je les ai lues ailleurs, soit je les ai eu tout seul comme un grand. J’ai grandi avec une mère féministe un peu vénère, enfin pas nazillonne genre Chiennes de garde mais concernée par la problématique, pédagogue et avec des réflexions sur le sujet. Entre mon éducation et mon obsession parfois absurde d’être « noble » et « juste » dans la mesure de mon possible, je ne reconnais pas le portrait de l’homme tel que décrit par King Kong Théorie. Je sais qu’il existe, je sais que je ne suis pas parfait, que culturellement/socialement, je suis sclérosé de préjugés et automatismes, mais ce mec là, ce n’est pas moi.

Si j’autocentre cette note à ce point c’est que j’ai lu la colère de l’auteur comme une agression envers mon sexe d’homme. Le livre est une thèse, pas un débat et encore moins une discussion. C’est donc normal qu’il soit orienté. Plusieurs fois je rageais derrière le livre à cause d’un raccourci un peu trop facile, ou d’un détail occulté pour mieux faire valoir le propos. Ce bouquin est bon, les réflexions sont bonnes. Mais le sexisme et l’identité de la femme et de l’homme en général est un sujet avec deux camps. Donc deux versions. Despentes s’exclame vers la fin qu’il est bien dommage qu’aucun texte masculin récent ne vienne tenter de définir la virilité, ou ce que c’est que d’être un homme, dans ses contradictions, ses points communs et sa différence vis-à-vis de la femme. Depuis dix pages j’avais juste envie d’en écrire un, de faire valoir un autre point de vue, non pas par rejet de King Kong Théorie, mais par envie de dialogue, et surtout de compléter une vision forcément parcellaire d’un tout.

J’ai moins appris que ce qu’on voulait me faire croire, mais le processus de réflexion, le point de vue et les références valent le coup. Le livre est court, facile à lire et à le mérite de poser des questions claires. J’irai pas réclamer mes cinq euros du coup. Et je vous conseille de cramer un petit billet à l’occasion.

737 – Book Review 123

Un des avantages de la littérature sur le cinéma, c’est que je peux encaisser des scènes beaucoup plus dures à partir du moment où l’image n’est pas là pour me mettre mal à l’aise. Dans cette optique ça me semble logique d’être attiré par des œuvres complètement abominables, par curiosité malsaine. Ainsi, en repoussant les limites de ce que mes tripes sont capables d’encaisser, la littérature m’ouvre tout une surcouche d’histoires que j’aurais été incapable d’appréhender au cinéma. The End Of Alice fait partie de ces textes. A l’origine c’est Boounz qui lisait ça, avec son goût pour la perversion. Il m’a convaincu de jeter un œil au truc. Ma curiosité (toujours elle), aura fait le reste. The End Of Alice n’est peut-être pas le livre le plus connu en France de A.M. Homes, mais outre atlantique c’est celui qui aura le plus choqué et outré. Particulièrement venu d’une femme.

Cela fait vingt trois ans que ce pédophile croupit en prison pour le viol, le meurtre et la décapitation de la toute jeune Alice. Une jeune fille de dix-neuf ans dont on ignorera tout autant le prénom se met à lui écrire. Elle a envie du jeune Matthew, douze ans, fils de ses voisins, mais ne sait pas comment l’aborder ni comment gérer se désir malsain. Entre les deux correspondants va se nouer une relation mi méprisante, mi amoureuse. Au fil des lettres la jeune fille s’engaillardis et part à l’assaut de l’innocence de sa proie. Pendant ce temps le vieux pédophile semble recouvrer la force de se défendre contre les viols quasi quotidiens dont il est la victime. Alors que l’étaux se resserre sur Matthew, le prisonnier commence à reconstituer le puzzle qu’est son psyché fracturé, du traumatisme qui a marqué son enfance jusqu’à, plus de vingt ans de ça, la fin d’Alice.

The End Of Alice est un roman plutôt compliqué à suivre. La narration se fait à la première personne et l’esprit de notre quinqua est quelque peu décousu. Les lettres de la jeune fille sont résumées à la troisième personne. Niveau contenu c’est clairement fucked up. On a de l’inceste, beaucoup de pédophilie, une bonne dose de BDSM, du viol un peu et pour finir un zeste de cannibalisme. Que demande le peuple ? Là où l’écriture est vicieuse, au sens premier, c’est que racontés par le prisme du pédophile, toute les scènes de sexe avec des enfants sont rédigées de manière érotique. Vous avez dit perturbant ? A peine plus que de réaliser que mine de rien les deux adultes de l’histoire sont désespérément humains, avec leurs émotions et leur tristesse. L’exercice est fascinant et j’ai dévoré The End Of Alice malgré les soucis de structure éclatée qui m’ont posé problème à plusieurs reprises (le narrateur alterne présent et flashback sans prévenir à de nombreuses reprises, parfois dans le même paragraphe).

The End Of Alice est un très bon livre. Et j’ose espérer qu’Actes Sud, qui a publié le dernier roman de A.M. Homes, se penche sur la question et nous livre une traduction digne de ce nom. Parfois rude à la lecture, mais toujours fascinant, voilà le genre d’œuvre qui fait cogiter bien des jours après avoir achevé la dernière page.

Demain on parlera vraisemblablement ciné, sans plus de précision.

BONUS STAGE !!!

Si vous aviez échappé à ce fascinant article sur le viol par une femme, je vous le linke.